COURSES SUR LA NEVA, I
de l'aufre côté Ju fleuve, ayant l'apparence d'un vallon à demi comblé par les avalanches, les colonnes rostrales de granit rose qui s'élèv-^nt près du classique monument de la Bourse. A la pointe de lile où la Neva se sépare en deux, l'aiguille de la forteresse dressait son audacieuse arête dorée, rendue plus vive par le ton gris du ciel.
Le champ de course, avec ses tribunes de planches et sa piste tracée par des cordes rattachées à des piquets plantés dans la glace et des haies factices en branches de sapin, s'étendait transversalement au fleuve. L'affluence du monde et des voitures était énorme. Les privilégiés occupaient les tribunes , si c'est un priA-ilége que de rester immobile au froid dans une galerie ouverte. Autour du champ de course se pressaient deux ou trois rangs de traîneaux, de troïkas, de calèches et même de simples télègues et autres véhicules plus ou moins primitifs, car aucune restriction ne semble entraver ce plaisir populaire; le lit du fleuve apparlient à tout le monde. Les hommes et les femmes, pour mieux voir, déplaçant les cochers, montaient sur les sièges et les strapontins. Plus près des barrières se tenaient les moujiks aux touloupes de peau de mouton et aux boites de feutre, les soldats en capotes grises, et les autres peisonnes qui n'avaient pas pu trouver de meilleures places. Tout ce monde formait sur le plancher de glace de la Neva un fourmillement noir assez inquiétant, pour nous du moins, car personne ne paraissait songer qu'un fleuve profond, grand à peu près comme la Tamise au pont de Londres, couloit sous celle croûte gelée de deux ou trois pieds d'épaisseur au plus, où pesaient sur le même [joint des milliers de curieux et un nombre considérable de chevaux, sans compter les équipages de toutes séries. Mais l'hiver russe est fidèle, et il ne joua pas le tour à la foule, d'ouvrir sous elle des trappes anglaises pour l'engloutir.
Fn dehors du champ de course, les cochers entraînaient les steppeurs qui n'avaient pas encore concouru, ou promenaie'it, pour les refi oidir graduellement sous leur s
tapis de Perse, les nobles bêtes ayant fourni l'épreuve.
La piste forme une sorte d'ellipse allongée; les traîneaux ne partent pas de front : ils sont placés à des intervalles égaux, que le plus ou moins de vitesse des trotteurs diminue. Ainsi deux traîneaux stationnent en face des tribunes ; deux autres aux extrémités de l'ellipse, atlendaiit le signal du départ. Parfois un homme à cheval galope à côté du trotteur pour l'exciler et lui faire dévelopi er tous ses moyens par l'émulalioti. Le cheval du traîneau m doit que Irolter, mais parfois son allure est si rapide que le clieval au galop a de la peine à le suivre, el, une fois lancé, le boule-en-train l'abandonne à son élan. Beaucoup de cochers, sûrs du fond de leurs bêles, dédaignent d'employer cette ressource et courent seuls. Tout trotteur qui s'emporterait et ferait plus de six foulées au galop serait mis hors de concours.
C'est merveille de voir fder sur la glace unie qui, débbiyée de neige, appaïaît comme une ])ande de verre sombre, ces magnifiques bêtes souvent payées des sommes folles ! La fumée sort à longs jets de leurs naseaux écarlales; un brouillard baigne leurs flancs, et leur queue semble poudrée d une poudre diamantée. Les clous de leurs fers mordent la surface unie el glissanle, et ils dévoient l'espace avec la même sécurité fière (|ue s'ils foulaient l'allée de parc la mieux battue. Les cochers, renversé--; en arrière, tiennent les guides à pleins poings, car des clicvaux de cette vigueur n'ayant à traîner qu'un poids insignifiant, et ne devant pas prendre le galop, ont plus besoin d'être retenus que poussés. Ils trouvent d'ailleuis iaus celte tension un point d'appui qui leur permet de 'abandonner à tout leur train. Quelles prodigieuses foulées font ces steppeurs qui semblent mordie leurs genoux!
Aucune condition particulière d'âge ou de poids ne nous a semblé imposée aux concurrents : on ne leur demande qu'une somme de vitesse dans un temps donné et mesuré au chronomètre : c'est du moins ce qui nous a [jaru. Souvent des troïkas luttent contre des traîneaux