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UX BAL AU PALAIS D'HIVER

A l'enlrée de la famille impériale cet éclat mobile se fixa, et l'on put démêler les physionomies et les pei sonnes à travers la scintillation apaisée.

En Russie, les bals de la cour s'ouvrent par ce qu'on appelle une polonaise ; ce n'est pas une danse, mais une sorte de défilé, de procession, de marche aux flambeaux, qui a beaucoup de caraciére. Les assistants se séparent de manière à laisser libre au milieu de la salle de bal une sorte d'allée dont ils forment la baie. Quand toul le monde est en place, l'orchestre joue un air d'un rbylhme majestueux et lent, et la promenade commence ; elle est conduite par l'empereur donnant la main à une princesse ou à une dame qu'il veut honorer.

L'empereur Alexandre II portait ce soir-là un élégant costume militaire que faisait valoir sa taille haute, svelte, dégagée. C'était une sorte de veste ou jaquette blanche descendant jusqu'à mi-cuisse, à brandebourgs d'or, bordée en renard bleu de Sibérie au col, aux poignets et sur le pourtour, étoilée au flanc par les plaques des grands ordres. Un pantalon bleu de ciel, collant, moulait les jambes et se terminait à de minces bottines. Les cheveux de l'empereur sont coupés ras et dégagent son front uni, plein et bien formé. Ses traits, d'une régularité parfaite, Si^mblent modelés pour Tor ou le bronze de la médaille; le bleu des yeux prend une valeur particulière des tons bruns de la figure, moiais blanche que le front à cause des voyages et des exercices en plein air. Les contours de la bouche ont une netteté de coupe et d'arête tout à fait grecque et sculpturale; lexpression de la pliysionomie est une fermeté majestueuse et douce qu'éclaire, par moment, un sourire plein de grâce.

A la suite de la famille impériale viennent les hauts of« ficiers de l'armée et du palais, les grands dignitaires donnant chacun la main à une dame.

Ce ne sont qu'uniformes plastronnes d'or, épauleltes étoilées de diamants, brochettes de décorations, plaques d'émaux et de pierreries formant sur l s poitrines des foyers de lumière. Quelques-uns, les plus élevés en faveur

el en grade, ont au col un ordre plus amical encore qu'honorifique, s'il est possible : le portrait de l'empereur entouré de brillants; mais ils sont rares, ceux-là, et on les compte.

L'i cortège marche toujours et se recrute en route : un seigneur se détache de la haie et tend la main à une dame placée en face de lui, et le nouveau couple s'ajoute aux autres et prend rang dans le défilé, rhythmant son pas, le ralentissant, l'accélérant selon l'allure de la tète ; ce ne doit pas être une chose aisée que de marcher ainsi, se tenant par le bout du doigt, sous le feu de mille regards facilement ironiques : la moindre gaucher e de contenance, le plus léger embarras des pieds, la plus imperceptible faute de mesure se remarijuent. Les habitudes militaires sauvent beaucoup d'hommes, mais quelh difficulté pour les femmes ! La plupart s'en tirent admirablement bien, et de plus d'une on peut dire : Et vera incessu patuitdea! Elles passent légères, sous leurs plumes, leurs fleurs, leurs diamants, baissant pudiijuement les yeux ou les laissant errer avec un air de parfaite innocence, manœuvrant d'une inflexion de corps ou d'un petit coup de talon leurs flots de soie et de dentelles, se rafraîchissant d'une palpilation d'éventail, aussi à l'aise que si el'es se promenaient dans l'allée solilaire d'un parc : marcher d'une manière noble, gracieuse et simple, lorsqu'on vous regarde, plus d'une grande actrice ne l'a jamais su !

Ce qui fait l'originalité de la cour de Russie, c'est qu'au cortège se joignaient de temps à autre un jeune prince circassien à taille de guêpe, à poitrine évasée, avec son ïlégant et fastueux costume oriental, un chet des Lesghiens de la garde, ou un officier mongol dont les soldats ont encore pour armes l'arc, le carquois et le bouclier. Sous le gant blanc de la civiUsation se cachait, pour se tendre à la main d'une princesse ou d'une comtesse, la petite main asiatique habituée à manier l'étroit manche du kindjal entre ses duigts bruns et nerveux. Gela ne semblait étonnant à personne; en effet, quoi de plus naturel qu'un prince mingrélien ou niahoraétan, marchant la polonaise

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