CHAP. III. — BATTAGE
Comme on ne se sert d’aucun instrument pour vanner les grains , et qUe la saison du battage arrive précisément dans le temps des grands calmes atmosphériques , on serait souvent très embarrassé pour nettoyer le blé si la brise périodique de mer, qui arrive vers dix heures du matin, ne soufflait pas dans cette saison brûlante, et né pénétrait pas dans la plupart des régions agricoles. / ‘ *
La pluie, ordinairement désirée avec ardeur pendant presque toute l’année , est alors redoutée à cause des récoltes; car si'elle tombait à cette époque, les gerbes que l’on tient entassées sur lés aires, sans aucun abri-, seraient exposées à de grands dommages.
Après le partage du grain et le paiement de la dîme et des autres redevances, le blé est transporté de l’aire dans les greniers^ les paysans le gardent dans de grands cylindres faits nyec des nattés de rôseailx fendus et entrelacés; on leur donne le nom d'onia, qui paraît une corruption A' ho n-ea : ils sont aussi appelés luxa. Cette méthode de conserver lé. blé qst régardée comme la meilleure ; mais elle ne peut être employée que par les petits propriétaires. * '
La paille , que l’on retire toute brisée ,' est rassemblée à part , elle sert â la nourriture des animaux de labour, surtout à celle des chevaux. On la mêle avec l’orge pour ces derniers , et avec des fèves concassées pour les bœuf<
La culture, de l’orge n’est pas en- Sardaigne d’une moindre importance que celle du froment, puisque cette céréale sert d’aliment à une partie des populations des cantons montagneux, et qu’elle forme la principale nourriture des chevaux.
On la sètneen meme temps que le froment : la récolte sjen fait vers la fin de mai ; mais qn doit bien se garder de la donner trop tût aux chevaux , ou du moins on doit prendre la précaution dé la mouiller .auparavant. Lé véri-
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4( 2 , . LIVRE i — AGRICULTURE,
lablc temps do se-servir de l’orge nouvelle pour la nourriture des animaux domestiques est au bout d’un an. On fauche l’orge et on la fait manger aux chevaux en herbe ; (1 faut alors la semer beaucoup plus épais.
1 » • . Lee paysannes sardes , et surtout celles du CampidanQ,
emploient la paille d’orge à faire des tamis , des paniers à pétrir le pain , et d’autres ustensiles domestiques. J’ai vu de ces sortes de corbeilles qui' ressemblaient -d’une ma- ' nièrc frappante à -celles qui ont été tirées' des tombeaux (f-Égypte, et que l’-op femarque dans différentes colléctions. ■ •, .J . ■ ..." ; ’ < •
Auimpram». Le blé sarrasin et même le maïs ne sont pas encore eu 1*tivés en grand ; la culture de ce «fermer paraît cependant s’étendre journellement dans quelques cantons* surtout .dans les terrains uin peu humides. J’en ai souvent vu dés champs qui annonçaient les plus belles récoltes.
On a fait désossais sur la culture du riz, et principalement de l’esp’èce nommée rit ïec, mais il paraît que jusqu’à présent jls n’ont pas rédSsi. Au- reste, la qualité du blé sarde , qui est excellente , fera toujours préférer la culture du froment à celle des autres grains. '
Il serait fcependànt à désirer que les Sardes fussent bien pénétrés de l’importance de varier’da nature des produits
* • agricoles; mais les avantages qui résultent de cette mé-
thode ne-sont, pojir l'ordinaire, appréciés que' dans les années do disette, et à la première récolte de froment ,
• fût-elle médiocrq, lé fléau qui l’a précédée est oublié.
l>gumtv Parmi les légumes, les fèves sont ceuxàla culture desquels les Sardes attachent le'plqs d’importance , parce que la olasse indigente et les animaux devrait eu font unegrande consommation. Qn les sème ordinairement en novprabre et en décembre^ dans les cantons méridionaux ; mai* (faillies lieux montueirx ce n’est qu’en mars cl mémo plus IqVd.- . ' v -’v . . .
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Comme la fève est la plus préçocef^mcmi-|e*,pH6»tes fettltivées, elle est aussi la plus exposé»; à souffrir, pour peu. que l’hiver se prolonge ; les mauvais temps de février et de mars lui sont très nuisibles-.C’est pourquoi, sur deux récoltés de fèves, il est assez rare d’ea compter une bonne, et souvent les Sardes sont obligés d’en faire venir de<la Sicije et même de l’Égypte. On <.préfèro.,çe pendant celles du pays; les pauvres gens lés mangent bouillie», les cultivateurs et les conducteurs de chatfiots'les cassent omünairement entre deux cailloux, pour les donner à leur» bœufs.
A l’exception des lentilles , qui sont assez communes dans la partie méridionale , les autres légumes sont pat) cultivés. On cultive les haricots à Posada.
' -.La vigne a été pendant quelques- années l’objet d’une vigne, culture étendue ; mais celfe-ci tend déjà à diminuer’ depuis une mesure assez récente , qui a doublé le droit, .d’in* troduction des vins de l’île dans les- étals sardes du continent (1).' * ; «
Les Sardes ont deux manières principales de planter la Mode de n vigne, à la sardisca et à la catalana. '*•
On plante à la sardisca dans les terrains forts et hu* a u mtdùo. mides : on y tient la. vigne à une certaine hauteur par le moyen d’échalas; les ceps sont placés à neuf ou dix pieds de distance l’un de l'autre; les sarments sont fixés aux échalas de différentes façons , distinguées chacune par un nom. Tantôt les vignes forment une espèce de treille carrée , tantôt des allées parallèles ; ailleurs , deux écbalas plantés de chaque, côté du cep sont réunis à leurs extrémités ,-et supportent ainsi la plante en fôrmc de pyramide.
(V) Avant cette mesure , les vins sardes ne payaient d’entrée que le quart des droits qui pèsent sur les vins étrangers ; dans le moment actuel | c’est la moitié, et psrr conséquent le droit fui double.
*1* . LJ VHB V»- — AGRICULTURE.
a b «blanc. La vigne plan|ée à la catalane est au contraire sans support; on u espace alors les ceps que de quatre à cinq pieds, et on laisse croître la plante près du sol , en avant soin pourtant de lui conserver de grosses branches un peu élevées, pour que les raisins ne touchent pas la terre. Ce mode de culture est assez commun, et il convient surtout aux endroits où le 'terrain est sec et léger.
. Les instruments dont on fait usage pour tailler et pour cultiver les vignes .n’offrent rien de particulier- Celui qu'on emploie le plus communément est une espèce de serpe dont on se sert diversement, suivant les différentes formes de ses tranchants; elle parait répondre assez exactement à la faix vinatoria dont parle Columelle (1).
«Mm** d° Voici les noms qu'on donne aux principales races ou variétés de raisins , c’est-à-dire de la vitis vini/era , extrait du premier volume de la Flore Sarde de M. le chevalier Moris. ’ . ,
. Raisins rouges et noirs à grains ronds*. *
Nascu, nuragus, rosa, girô, monica, bovàli, nieddamoddi , cannonàu , niedda-era (ou vera) , zinzillosu , mer- ‘ • • ‘ duiinu. « ' •
( Raisins noirs et rouges à grains oblongs.
Axina de très Mas ( de très bortas ), apesorgia niedda , axina de Gcrusalem.
Raisins blancs à grains oblongs.
Corniôla, cucumerina, cornichon blanc , tita debacca.
(i) Je ne la décrirai pas ici, parce qu’elle s’accorde parfaitement avec la description que M . Mongez a faite d’un semblable instrument , qu’il a représenté sous le n" 4', dans la PI. VU du III* vol. des Mémoires de Ilnstitut, année i-8i8. ,