‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 174 sur 193 · MIRAGE · texte numérisé non relu

MIRAGE

sion d’une fumée et même de flammes denses (1 ) ; enfin , nous avions devant nos yeux les phénomènes qui s’offrirent à l’armée française dans la mémorable campagne d’Égypte. Lors même que ces illusions nctaicnt pas Complètes , la réfraction était extrême dès que le soleil prenait un peu de force , et que les vapeurs commençaient à s’élever, c’est-à-dire dès huit heures du matin-, tous les objets devenaient alors tremblottants dans le champ de la lunette , et les signaux , même les plus proches, nous paraissaient tantôt tordus , tantôt rapetissés, tantôt tronqués, et souvent même ils étaient totalement invisibles; ils ne reparaissaient dans leur état naturel qu’une demi-heure dvant le coucher du soleil : pendant cet espace de temps, toute mesure de la base nous était interdite, parce qu'il nous était impossible de faire suivre à la direction de nos perches-la ligné des jalons. *

Ayant vu l’impossibilité de poursuivre nos opérations ['roiongemnii dans de semblables circonstances, et nous trouvant arrê- ,U llb***’ tés par le travail de la route , dont on ouvrait l’extrémité occidentale, nous nous déterminâmes à prolonger jusqu’à la Torre-Grande , à l’extrémité de la chaussée , la base de 2603“, 4349, que nous venions de mesurer depuis le pilier E. jusqu’à celui d’O. ; nous nous servîmes pour cela de deux triangles latéràux, ayant leur sommet, le premier au nord sur le toit de l’église de Cabras, et l’autre au sud , tout près A' Oristano , lieu dit Cuccuru. de Santu-Peniu.

Le côté Torre-Grande , pilier E., obtenu par le premier, résulta de ’t . . 4, 350", 5400; et celui

obtenu par le second , de. .• . . . 4, 350", 5310 : ce qui

qous procura une moyenne de. . 4, 350", 5355, que nous b«o «dupi* .

adoptâmes pour la base principale.de notre triangulation.

(i) Ce mirage avec illusion d'inccudic Tut aussi Observe par M. le chevalier Carbonazzi , dans le Campo di Sanl-Anna. (Voyez Vifcorso suite operazioni slradtili, p. io5.)

l'asi!

«le Cagliari.

Opération* vt calcul*.

49Ô OPERATIONS GÉODÉ6IQUES.

L'autre base avait' été mesurée précédemment sur une promenade de la ville de Cagliari, dite Buon-Cartimino(i), aux deux extrémités de laquelle je fis placer deux colonnes qui existent encore actuellement. Cette petite base, mesurée deux fois et réduite au zéro de température , et au niveau de la mer, fut trouvée de 521*, 43477^4 5 nous eûmes par là un moyen de vérifier les résultats de la base d’ Oristano, et de reconnaître également celle mesurée en 1792 par l’abbé Lirelli entre le clocher du village d semini et la cime du Monle-Oladri de Marias tir. '

Les mesures pratiquées par cet ecclésiastique, et consignées dans ses manuscrits, donnent 5212,01 trabucs = 10, 158", 38, pour la longueur de cette base Assemini , Oladri ; tandis que cette mémo distance déduite* de notre petite base de Cagliari nous parut devoir 'résulter de 10, 165", 13 : nofls eûmes un moyen de vérification dans notre base d'Oristano citée ci-dessus. Au reste , eu égard au mode dont l’abbé Lirelli mesura cette très longue base avec des chaînes, à travers les maisons du village d’Assemipi , les haies de cactus et les torrents qui l’environnent, on sera étonné que la différence de 6", 75 quelle présente avec la mesure déduite de nos opérations soit si modique. 1

J’aurais vivement désiré mesurer une troisième base au nord de la Sardaigne, pour donner à nos opérations une plus grande garantie, mais la saison était déjà tropavanoée; nous dûmes y renoncer et nous contenter, pour points de comparaison, des côtés des triangles obtenus par la triangulation de la Corse.

Sans nous étendre au long sur les opérations d’observation et de calcul de .nos triangles (2), nous nous bor-

(1) Au N. -O. du château.

(a) Toutes les pièces , soit des travaux de campagne , soit des

OPÉRATIONS ET CALCCL8. 491

ncrons à dire que l’instrument employé pour la tncsüre des triangles de premier ordre est un théodolite: de dix pouces de diamètre, sortant des ateliers de Munich, pourvu de quatre verniers et donnant 10* (1). Les observations furent faites par séries de dix répétitions; et ces séries dépassèrent presque toujours le nombre de trois ; bien souvent elles furent répétées sept à huit fois: Pour le choix des moyennes, pour les réductions et' pouf lef» corrections dans le calcul , nous suivîmes les méthodes employées au corps royal d’état-major général, et qui sont indiquées par la science dans son étal actuel.

Les grands changements atmosphériques propres aux Difficulté*, îles , les vents souvent furieux et les vapeurs mises en jéu par la chalear, donnaient aux opérations d’pbservâtion une difficulté souvent désolante , qui doubla la fatigup attachée à ce genre de travail, surtout pour les côtés qui traversaient une grande surface d’eau , la réfraction oeéar sionnée par les vapeurs contribuant en grande partie à fausser lés angles (2) ; que l’on ajoute à to'utcela la grand»;

calculs, sont déposés à Turin, aux archives du corps royal d’étain major général ; elles seront soumises aux p»a-sonncs qui désireront en avoir communication.

(i) Ayant eu depuis plusieurs années l’occasion de ms familiariser avec cet instrument , et mes voyages précédents dans l’ile m’ayant mis à meme de bien connaître le pays , je me chargeai de toute la triangulation de premier ordre; M. 'le capitaine de Candia travaillait en carfi pagne 4 celle de second ordre avec un Iran théodolite de moindre dimension, sortant des ateliers de Reicliembach ; mais en revanche il vaqua, on peut «lire tout seul, 4 la longue et pénible besogne des calculs. , , • .

(a) A la station de la tour de la Testa ou de S.-Reparala, je répétai jusqu’à dix fois les dix séries d’un même angle, dont un côte traversait le détroit de Bonifacio, sans obtenir ces accords satisfaisants que le même ipstrument dont je me servais alors me donnait à d’autres stations de l’intérieur, au bout de d'eux simples séries de

192 OPÉRATIONS CÉODÉSiQVKS.

difficulté d’obtenir des signaux fixes dans-un pays où le bétailerre en campagne, ce qui nous mit dans la nécessité de les refaire ou de les réparer, pour ainsi dire, chaque année, et il fallait s’y transporter en personne et en être le principal constructeur (1). Que l’on observe combien le peu

dix répétitions. Là surtout et dans la plaine marécageuse d’Oristane, ie pus me convaincre de l 'existence redit de la. réfraction latérale signaux, que je voyais souvent se transporter à droite ou à gauche ; et même avec du vent ils disparaissaient latéralement du champ de la lunette.

1 1 ) Quand je ne jugeais pas à propos de les faire en maçonnerie , ils étaient presque toujours formes d’une réunion de Jrois à quatre troncs d’arbres de la grosseur du bras oa de la cuisse , choisis bien droits et équarris , .ayant trois ou quatre mètres de hauteur : je les plaçais bien verticalement sur le sol, en ayant grand soin de fixer préalablement un, centre stable; jp les entourais d’un mur circulaire d’un mètre d’épaissèur, ce qui donnait pour le diamètre total dn signal deux mètres, plus la place occupée par les petites poutres: ce mur’ atteignait ordinairement une, élévation de deux ou trois mètres, sans jamais dépasser la cime des troncs qui formaient le centre de mon signal ; de pareils signaux étaient toujours visibles des antres points correspondants ; je les distinguais parfaitement , quelquefois à une distance de cinquante millt ^ mètres : Lorsque je voulais travailler à nne station déjà établie, je démolissais la partie supérieure de mon signal jusqu’à la hauteur de ceinture d’homme , j’enlevais provisoirement les troncs , et je cherchais pour poser mon instrument le centre précis dn signal , que j’avais toujours soin- de déterminer d’avance. L’opération achevée, je remettais les arbres à leur place , ou je les remplaçais par d’autres plus neufs ou plus droits, et en prèsd’nne heure de temps, avec l’aide de quelques hommes, mon signal était rétabli tel, et souvent mieux*«onstruit'qu’auparavant; j’évitais par ce moyen les ennuis et les inconvénients d’uné réduction au centre, et mon instrument toujours4>>en placé sous ce rapport l’était également sous celui de l’immobilité. 1 -,

Ces signaux, malgré leur construction àjec, résistaient d'nne manière étonnante 'à la violence du vent et aux autres causes atmosphériques de destruction , toutes les fois, que je pouvais les

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