‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 35 sur 193 · JUAP. V. — MAISON’. DE SAVOIE · texte numérisé non relu

JUAP. V. — MAISON’. DE SAVOIE

unuïuiii”.

Régence de la reine.

dans les mains de Ja reine Marie-Thérèse , qu’il nomma vic-ro* régente; et partit pour Turin, où il fit son entrée, le 21 mai , aux acclamations de ses anciens sujets.

Le départ de la reine pour le continent , l’année sui- Ds^ri d» n vante, fit rentrer la Sardaigne sous l’administration du / duc de Genevois, qui reçut de nouveau le titre de vice- i*n„cd«Gt- ' roi. Sous son gouvernement, les Tunisiens s'emparèrent, dans le-mois d’octobre 1815 , de l’île de Sant-Antioco , ** ‘"“gjs.1”1* près de celle de Saint-Pierre, dont la population fut en Au^-dc Tupartie tuée ou conduite en esclavage. Ce malheur fut . hiçntôt suivi d’un autre plus général et non moins funeste.

Le manque de récoltes dans l’He produisit une épidémie M»udi««pM<.-

' j “ki»'. >8ih.

qui moissonna une grande partièxfcs lialntants. Ce dernier fléau , pendant lequel le prince vice-roi donna les té- . . . moignages- les plus marquants de sa générosité et de sa sollicitude pour le peuple qui lui était confié., retarda son • -, ‘ • • •

retour en Italie ( il refusa constamment de' s’éloigner de l’île pendant la durée de ce fléau, et ne consentit à partir qu’au mois de juin 1816, lorsqu’il eut la certitude que le mal était généralement dompté. Il fut remplacé par un a»

lieutenant-général, dépendant en quelque sorte do lui, car il co’nserva le titre de vice-roi jusqu'à son avènement .* au trône , le 19 avril 182t. *? râfiip» •

'Depuis lors, l’île fut toujours gouvernée p^r des vice- Vi<*-roii ' rois choisis parmi les lieutenants-généraux, les haulsfonclionnaires civils, ou bien par des généraux majors.-, qui , étant en Sardaigne, généraux des: armes , furent chargés, des fonctions de viee-rois. Nous verrons ci-après qu’en montant sur le trône ce prince n’ouhlia pas ce pays, où. il avait laissé de très bons souvenirs. ’ -

Parmi les événements les plus remarquables qui 'se pas- Vor»s«. s sèrent dans l’île pendant le règne, de Charles-Félix-, qttr cirignm, 1819 doit compter le voyage qu’y lit, pendant le printemps de l’année 1829, sa majesté le roi actuel, alors héritier pré-

• tÎT* '4 ■ ~î

80 LIVRE I. -i— APERÇU HISTORIQUE.

'««mi rfa.ii. somptif de la couronne : ayant eu l'honneur de l’accompagner dans toutes ses excursions, j’ai pu être témoin de l’empressement scrupuleux qu’elle mit à s’informer des choses et de l’enthousiasme avec lequel elle fut accueillie partout. La Sardaigne avait en effet raison de se féliciter , d’une semblable visite, car si elle avait de grands besoins,

> lé prince les comprit et les évalua : en parcourant l’île en

' ' roi, sa majesté n'aurait pas vu ce qu'elle vit comme simple .prince observateur. Elle eut par là les moyens de con- . naître par elle-même les ressources et les plaies de cette partie intéressante des états qu’elle fut appelée à gouvèr- - ner deux années après. On peut dire qu’à la suite de ce voyage sa ma jesté le roi actuel connaît mieux la Sardaigne . .. que ses prédécesseurs, et qu’une grande partie des hauts fonctionnaires de l état qui siègent à Turin.

Merÿfa Cb*ri» Le roi Charles-Félix mourut le 27 avril 1831, et le KUnedcCharin sceptre de Sardaigne passa à la branche de Savoic-Cari-

AÏbort. .83.- 1 , i , , , ...

gnan , dans la personne de sa majesté Charles-Albert , actuellement régnant.

Mflciionamr C’est principalement sous le règne de Charlcs-Emma- <j. n maison de nuel III que ce pays commença réellement à éprouver dujxjiuion^ « les effets des bonnes intentions de ses nouveaux souve-

faveur de Ci le. • o* • « «

rains. bi ce monarque ne jugea pas a propos de toucher '. à certaines institutions, et surtout à des privilèges accor-

des, comme le dit Azuni, inconsidérément par F Espagne, et que F on regarde dans l' lie comme sacrés, il ne fit pas moins de grandes choses et d’heureux changements en • • . faveur de cetétat. • - •, •

Comte Boçino. Ce prince, qui dut une partie de la gloirede.son règne . • .au plus précielix talent que puisse posséder un souverain,

celui de faire de bons choix, avait pour ministre de con- . . fiance le comte Bogino (1), qu’il avait su distinguer dans

(i) Le comte Bogino naquit à Turin, le Q i Juillet 1701. Fils d’un

CH A P- V. *r- MAISON I»E SAVOIE. .81

la foule dés employés subalternes , pour le porter rapide- . ment à la. tcte des affaires. Cet homme, dont le ministère .fait époque dans les annales de la maison de Savoie , loin de so laisser décourager par les difficultés et les avances considérables que la régénération dala Sardaigne exigeait indispensablement, n’y travailla qu’avec plus d’ardeur, et eut recours au* moyens les plus efficaces pour l’obtenjr.

* .On a prétendu à tort que là politique du cabinet de Turin, à cette époque, était de paraître beaucoup faire pour la Sardaigne , tout en la tenant en arrière , soit afin qu'elle ne lu\ échappât point d’elle-même, soit afin qu’il ne prit envie à aucune puissance de s’en emparer. De pareils ,

bruits , répétés encore dé nos jours , n’ont été répandus que par l'ignorance et la calomnie. Ce n’est pas ainsi que pensaient Charles-Emmanuel et son ministre (1) : j’ai re-

simplc procureur et petit-fils d’un avocat, il entra dès sa jeunesse dans la carrière de son grand-père, et s’y distingua tellement qu’à l'âge de vingt-deux ans il fut nommé substitut du procureur général ; Sept ans plus tard, ayant rapidement ‘passé au grade de premier conseiller et premier référendaire au conseil des requêtes, .

. il put remplir les fonctions dé" grand-cHancelicr.

Malgré les soins infinis qn’exigeaient le ministère de la guerre, * dont il fut chargé dès l’âgé de quarante-un ans, et plusieurs autres occupations, il obtint, en 175g, le portefeuille des affaires de Sardaigne. Cet homme d’un’niérite éminent mourut à Turin, dans la quatre-vingt-troisième année de son âge, ministre d'état et simple chevalier grand-croix de l’ordre de SS. Maurice et Lazare, après avoir fait, pendant une longne et laborieuse carrière, lebonheur de son pays. ■ ' . '

(r) Il suffit, pour s’eu convaincre, de jeter les yeux sur les instructions' que le roi Charles et le comte Bogino donnaient aux employés qu’ils envoyaient en Sardaigne. Je dois à feu M. le comte Balbo, qui hérita des papiers du comte Bogino, la communication de plusieurs pièces très intéressantes, qui viennent toutes à l’appui de ce que j’avance; par exemple : les Instructions adressées par te roi à son vice-roi te comte Tana et à t intendant f entrai Bogbm, .

82 LIVOK I, — r APKBÇÜ IlISTOttIQCE.

» cueilli do noinbrcqx témoignages de leur vif intérêt pour telle Hé , et j’ose avancer que les Piémontais auraient py , à celte époque, voir avec une sorte de jalousie quelques .. institutions créées expressément pour la Sardaigne, ou

qui, transportées ensuito sur le continent, avaient com- 1 •• meticé par être en vigueur days l'ilç. Cetté marche était

’ •• naturelle, car, ayant à établir des choses absolument nou-

• | velles, le gouvernement n 'était entravé par aucun antécé-

. dent, et il procédait par conséquent d'une façon bien plus'

avantageuse que s’il se fut servi d’anciens matériaux pouf une construction moderne.

' • ■ ’ Charles- Emmanuel était doué de trop de sagacité et

avait trop bien étudié l’étal de l’île pour ne pas reconnaître • que l'imperfection de l’agriculture et le défaut de popula-

*t . . lion sont toujours, et réciproquement, ctuRs'ct effets

. l’un de l’autre : aussi porta-t-il toute son attention super

double objet: ■ ,

Parmi les moyens employés pour remédier à ces maux , MoniiGraoyici. l’institution des monti granntici (1) doit ccrtainemeul occuper la première place : elle suffirait seule à illustrer . , le règne de cç prince et à lui assurer des droits réels à la

reconnaissance des Sardes.

, . Je me contenterai de faire observer que, malgré quql-

on 1758-1759 ( les rapports de ce dernier; ainsi que les flegolamenti rli S. M. per il regno tii Sàrdegna, manuscrits de U bibliothèque de M. le comte Iialbo, et faisant auparavant partie.de celle du comte Bogino. On peut consnlter , pour de plus amples details sur oe sujet, ceux que donne M. le baron Manno dans le xiv* et dernier ■livre de sou histoire citée plusieurs fois : ces détails justifient pleinement le règne de Charles- Emmanuel et le ministère du comte Bogino de l’inculpation dont il s’agit.

(1) Quoique ces magasins d’emprunt de blé en nature eussent été établis dès iC5o, on peut cependant .regarder leur renouvellement , comme une véritable fondation.

OHAP. V* — MARON ItB SAVOIE.

ques inconvénients, ces magasins d’emprunt, sagement < administrés et religieusement consacrés au profit de l’agriculture , ont été la source incontestable de l’augmentation de population et de l’abondance de productions céréales qui marquèrent le règne de Charles-Emmanuel. Je parlerai plus au long de cette institution dans le chapitre des établissements d’utilité publique.

On peut citer aussi les mesures prises pour la sûreté des personnes et des propriétés, les nouveaux rèfflements pour Rè^mcou ,

L’administration de la justice , la création d’un tribunal de poûtiouitMuér

commerce, les nouvelles lois relatives aux administrations rcs" municipales, le rétablissement des deux universités, où furent attirés des professeurs distingués (1); la création d’un système monétaire propre â l*île , et enfin la dotation ,

de plusieurs hôpitaux. ,

La formation d’un régiment national (en 1744) n’eut Roginrcni «ira/, pas seulement pour résultat de flatter l’amour-propre des Sardes, ce fut encore un heureux moyen de les former à l’art de la guerre , et de soustraire à l’oisiveté une foule de jeunes gens. Ils mirent à profit leur séjour sur le continent pour rapporter ensuite dans leur patrie plus d’aptitude au travail , plus de connaissances en agriculture et dans les arts , plus d’urbanité dans leurs manières ét plus - .

(i) Parmi ces professeurs, on peut nommer le P. Cctti, jésuite , •

auteur de l 'Histoire naturelle de ! île ; le P. Geroelli, auteur d'un très bon traité sur l’agriculture sarde ; le P. Hintz, professeur de langues orientales. Le chevalier Belli fut envoyé pouri inspecter les mines du royaume ; plusieurs antres recherches utiles furent favorisées, entre autres celle des plantes , par M. Plazza , qui donna quelques notions sur la Flore sarde. Je ne saurais non plus passer sous silence l’encouragement donné à l’imprimerie : les livres publiés par Cetti et Gazzano , dont le mérité, typographique égale pour le moins celui de leqrs <onfemporains dans les autres étati,* prouveront ce que j’avance. ‘ \ • .

■risé.

8 S I.IVBE I. — APERÇU .HISTORIQUE.

de propreté dans leur mise. C’est encore au séjour de plusieurs officiers sardes sur kr continent que ceirx-ci durent leur application à l’étude et des connaissances sans lesijuulles ils se seraient bornés à une réputation militaire, justement acquise il est vrai, mais qui eût été leur seul titre à là reconnnaissânec et à l’estime de leurs concitoyens.

Une des actions qui honorent le plus le cœur du roi «irtijf J.-,.-,- Chartes-Emmanuel, c’est le rachat des malheureux habi- Tdarci. tants de l’ile de Tabarca, colonie génoise., tombée au '. pouvoir des Tprcs en 1744. Ils eurent la faculté de s’établir dans là petite île de Saint-Pierre , jusqu’alors inha- ’ biléc, et qui, malgré les 'incursions dévastatrices auxquelles elle a été plusieurs fois exposée depuis, est en ce moment couverte d’une population nombreuse. .

Marijgt'i nvo- Ce priucc, voulant encourager les mariages dans la classe pauvre des cultivateurs , ordonna qu’une somme de 40 éeus sardes ( 200 francs environ ) serait accordée annuellement, et à titre de prêt , à cent individus de l’un et . de l’autre sexe , pour subvenir à leurs premiers frais d'établissement : cette somme , retirée ensuite partiellement . devait rentrer dans une caisse uniquement destinée à cétobjet , afin de continuer successivement dé pareils ^e-

Cdurs (1). .

(i)Ces détails sont extraits des Instructions citées plus haut, et des manusorits du comte Bogino; j’y ai vu d’autres morceaux précieux : par exemplç, l’ordre à l’intendant général. du, royaume de permettre , dans les territoires dépendants du roi, ta migration des vassaux des villages où les barons ne favoriseraient pas les progrès de la population ; l’injonction de les recevoir dans les villages royaux , ou dans ceux qui dépendent des barons qui vaudraient les protéger. Le roi lui ordonne également d’encourager 1a formation ’ îles près, et de tâcher d’en donner l’exemple dans ses propres domaines; d’y introduire aussi des étables pour le bétail, aGn d’engager les rrtsutaicc* à en construire; il parle encore des clôtures des

mmu i .• ”

oiap. v.

Page 1