CHAI*. 1U. — VENTS
effet remarquable sur la forme de plusieurs arbres des contrées centrales et occidentales de l’île. Ceux de ces arbres qui , situés sur une crête ou sur un revers de montagne, sont exposés à son influence, présentent en général , •
dans la masse de leur branchage , une uniformité bizarre.
On ne peut mieux la comparer qu’à une chevelure flottante dans une direction horizontale, et qui, arrêtée dans son mouvement, en aurait conservé la direction : l’extrémité des jeunes pousses , ainsi que les feuilles qui les couvrent, sont tournées vers le sud-est, tandis que du côté opposé les branches sont nues ; le tronc de l’arbre est tortu, rabougri, et également incliné dans la même direction (1).
L’olivier sauvage ou olivastro , abondamment répandu dans ces lieux , le poirier sauvage et le pin maritime sont lès arbres qui, en résistant le mieux à l’impétuosité du Maestrale , prennent le plus facilement la forme singulière qu’il tend à leur donner. Plus d’une fois la direction uniforme des touffes de ces arbres m’a servi d'indication pour m’orienter et diriger mes pas , lorsque , pendant mes courses , je me trouvais seul et comme égaré au milieu do terrains vierges et sauvages , où l’on passe des journées entières sans rencontrer la moindre trace d’habitation.
Le Maestrale paraît venir des Pyrénées -, on le considère comme un des plus salutaires, et à Cagliari on le désire, surtout en été , malgré sa chaleur, parce qu’il ranime les forces abattues par les vents du sud (2).
Le Ponente , ou vent d’ouest , ne souffle pas souvent en itant* Sardaigne et surtout à Cagliari, qui en est défendu par les
(i)On voit le même phénomène à Bonifacio en Corse.
(•») Tous ceux qui ont habité Cagliari soutiennent que 3o ilegrés de chaleur avec le Maestrale sout moins insupportables que ?5 par le Levante ou le Scirocco.
Libeccio.
Mrtsogiornale
Levante.
montagnes de Caputerra et de Villa-Massargia. Il apporte ordinairement la pluie; dans la saison de la pèche des thons, s'il n’est pas trop impétueux, il facilite l'arrivée de ces poissons sur la côte : ce bienfait, le seul qu’il procure à la Sardaigne , n’est pas moins d’une grande importance pour cette île.
Le vent du sud-ouest ou Libeccio, venant de la mer d’Espagne, et plus directement de Gibraltar, est, comme le précédent , accompagné de pluie ; il ne souffle qu’à certaines saisons sur Cagliari , qui en est abrité par l'extrémité des montagnes de Pula. Il cause de grands ravages sur la côte occidentale , et principalement sur la plage d'Oristano et d’Alghero (1).
Un des vents les plus rares en Sardaigne est celui du sud dit Mezzogiornale ; mais quelquefois, et ordinairement après les longs calmes du solstice d’hiver, il y est très impétueux; c’est alors un véritable ouragan. A Cagliari il est assez humide, car il y arrive après avoir traversé une grande partie de la Méditerranée.
Après le Maestrale , le vent le plus fort et le plus constant est celui que les habitants appellent improprement Levante , mais qui est plutôt le sud-est , et par conséquent le Scirocco des Italiens et des Siciliens , ou le V ulturnus et l’ Euronotus des anciens. Sa direction est diamétralement opposée à celle du Maestrale; aussi présente-t-il des phénomènes inverses , c'est-à-dire qu’il arrive humide là où l’autre se montre sec , et vice versd.
(i) C’est le Libeccio ( S.-O. ) qui fit de si grands dégâts au port de Gènes dans la nuit du 24 au a5 décembre 1821, et sur la fin de novembre en 1824. H fut aussi funeste à la côte occidentale de la Sardaigne; deux vaisseaux chargés de bois de construction se perdirent au mouillage de Bosa, et le port d’Alghero fut très endommagé.
y cn.vp. ni. — vents. . 129 «
Ce veut, qui vient du golfe de la Grandc-Syrthe, arrivé à Cagliari' sureliargé de .vapeurs aqueuses ; il est redouté par les Sardes méridionaux, qui l'appellent à juste tiltç AIttfetleÛo Levante. '
Son influence .est principalement à craindre dans lès grandes chaleurs; alors l'atmosphère est imprégnée d’une jiumidité qui pénètre tous les corps (1). La langueur est générale, le relâchement des fibres est complet-, Ittîljbmnte* ot les animaux, accablés d’une faiblesse insurmontable 4 éprouvent une lassitude extrême sans avoirfail le moindre ■mouvement j et transpirent, même en restant dans l’inaction. L’humidité pénètre jusque dans l’intérieur des maisons; les degrés des escaliers, le pavé des rues, paraissent fraîchement arrosés. Les vapeurs salines ’^2) qui saturent
. (rjjç crois pouvoir évaluer le degré d’humidité du devante saule
à Cagliari entre go’ et gu». Le id août i8j4, l’hygromètre monta jusqu’à g4°. Je dois avertir que je parle des observations faites par nvoi dans la partie'de-ià ville qu’on nomme le Château, et ptjnci-’ paiement au-bastion Saint-Rémi, qui. sert de promenade, et qui, se trouvant à la distance.dc 800 mètres de la mer, -et à une élévation de Opo mètres au dessus de. sou niveau , est très exposé au vent doul il est -question. Dan» d’aiitt-es endroits , j’ai ohtenii des. résultats bien différents : l’humidité diminuait i.mesure que je m’engageais dans les rues, et surtout lorsque je m’éloignais de la iner en distance et eu élévation. Je regrette infiniment de n’avoir pu, dans ces journées 0(1 le Levante soufflait avec le plus de force, étendue, mes expériences jusqu’au bord de la mer, pour voir si le signe de l'humidité .se serait élevé dans la proportion du rapprochement du rivage-, ou bien 'si én ce lieu une plus grande quantité de iftqpitc probablement ’contemrdantf l'atmosphère aurait, connue dans le» expériences de M. Gàÿ-Lussac , mis obstacle à 1a marche dq l:hyg CO mètre vers le point extrèmp de l’Immidité.
(aj-j’ai plusieurs fois, pendant le Levante, porté à la bouche soif des feuilles d’arbres fljrasés à ce vent, soit des Cailloux alors Itès humides, et j’ai tonjpurs. eu Heu de rccohnaître un goût plus ou .moins manqué de oiuriatc de soude. D’après les belles ex|iérit>néA '
130 LIVRE JI, -r- DESCRIPTION PHYSIQUE.
alors l'atmosphère , on causant d'assez grands dommages
• aja végétation, influent sur la nature des métaux, dont
• • elles favorisent l'oxydation , et hâtent la décomposition
. ■ dçs substances animales ou végétales. On "peut assigner
également à cette cause les changements qu’éprojivent , ‘ pendant l’été, quelques espèces de vins.
Malgré cette excessive chaleur apparente , la température du Levante n’est pas si élevée qu'elle le paraît réellement. Sous son influence, le thermomètre n’a jamais monté à plus de 29"7 à l’ombre et à l’air libre, -et à plus . de 20", de nuit, dans une chambre ouverte et nonha- < . bilée, tandis que le même instrument, dans une position
, . semblable, indiquait des résultat^ plus considérables lors-
que le Maestrale soufflait. Ces observations prouvent , ce me semble , que malgré les bouffées très chaudes qui , acGompagucnl le Levante, les effets désagréables qup produit ce vont doivent plutôt être attribués aux vapeurs aqueuses dont il se charge dans sa traversée maritime qu'à > .toute ‘autre cause. •
Il dure rarement moins de trois jours, et se prolonge •quelquefois pendant une semaine.entièrc. Il revient assez souvent pendant l’été, et se fait même sentir à Cagliari en hiver. :
Ayant éprouvé les effets de cette funeste influence , je suis convaincu que les habitants du nord n’y résisteraient •pas. . ’ « ' . • ' ”
Levante vrai.* * Le vent d’est arrive à Cagliari accompagné des mêmes
. circonstances que le vent de sud-est ; il règne assez souJ vent sur la côte orientale de l’île, exposée à son action . dans.la plus grande partie de son étertdye.
de.M. Vogel de Munich, et M. DreisseU de Groningue ,’ il résuhi* qne l’air de la mer contient réellement des mu lia tes Yoy. Journal
• de' Pharmacie , n* nJ an 11, novembre yi. 5oi. ’
. CIIAP. III. — VENTS. 131
On donne le nom de Gregale au vent du nord-est : il
eM regardé comme pluvieux ; ses effets ne se font guère sentir que sur quelques points de l’ile. Ce vent vient de la Toscane : il est funeste aux navigateurs qui parcourent la mer Tyrrhéniennc , qui l’appellent faux ou à double face, à cause de son extrême inconstance et de sa variabilité, i . •
. Plusieurs auteurs anciens, en parlant du peu d’influence des vents du nord sur la Sardaigne, ont attribué la principale cause de l’insalubrité de cette île à l’élévation des montagnes septentrionales ; d’autres à celles de la Corse / prétendant que ces monts privaient le centre et le midi de la Sardaigne de la bienfaisante influence des aquilons. Claudien , organe des opinions de son temps, l’a exposée dans ces vers : , • s * '
TramooUm.
, • . ..... .-. Qua re.spMt Arcton
Immitis, scnpulosa , procax , subitisque sonore Fluctibus; Insanos infamat navita montes .
V H inc hominum pecudumque lues, hinc pestifer aer'
Servit, et exclusif régnant aquilonibus auttri {>).
•ft
Sans adopter ces idées, l’on ne peut disconvenir que * les montagnes do la Corse gênent le cours du vent du nord ou Tramonlana; cependant il parvient souvent jusqu’en-’ Sardaigne, où on lé regarde comme très salutaire.
II a’y est pas trop violent et n’y cause pas de dégâts; , au contraire, il n’y fait que du bien. Pendant les fortesi chaleurs de Tété? comme pendant les tristes brumes de l'hiver,. il chasse devant lui, vers les cantons méridionaux, les vapeurs qui sont apportées par les vents du sud et les brouillards épais qui se sont élevés pendant les temps froids et' pluvieux j ori doit à son iuflucncc les jours les pjus clairs et les nuits- Ici plus sereines.
(i ) De bello g’ ildonico .
qurv
-La Tramontana souffle surtout aux .belles époques dé. . décembre et de janvier connues sous le nom de Secche ': alors le ciel est des plus sereins, le froid de la saison est modéré et la température est vraiment délicieuse.
Le vent du nord se fait principalement sentir en Sar- ' daigne lorsque les Alpes et l'Apennin de Gènes sont couverts d'une neige nouvelle ; mais si elle est plus abondante sur les Pyrénées, alors le Maestrale domine dans l’île.
Vrait prriqfii- Tous les vents dont je viens de parler arrivent du dehors; il en est d'autres qui sont propres à la Sardaigne, k, laquelle ils sont utiles, soit pour l’arrivée ou le départ des navires , soit pour la santé des habitants. Ce sont, les vents périodiques de terre et de mer qui ont lieu pendant Içs calmes de l'été, et qui se succèdent régulièrement à des heures à peu près fixes ; la plupart des navigateurs de la Méditerranée les connaissent et savent en profiter. Yolney, qui les a observés pendant son séjour en Syrie, ëii. donue une description détaillée- (1);' à laquelle il a joint, ses propres observations. Je pense donc qu’il est superflu de m’étendre sur les causes qui les produisent ; ees deux vents sont à peu près constants sur toute la côte de Sardaigne ; ils Soufflent surtout dans le golfe de Cagliari.
V Le vent de mer y arrive ordinairement entre dix heures du matin et deux heures de l’après-midj. Il favorise Par-' rivée du navigateur surpris par les calmes à trois ou quatre lieues des côtes, et, d’un autre côté, il modère les rigueurs d’un soleil brûlant. On lui donne en Sardaigne le nom d'Imbattu (2), et il est connu assez au loin dans l'in—
I au battu.
(») Volncy, Voyage eh Syrie et en Egypiè, tom. t", eh. 4- \ (a) Mot espagnol qui paraît signifier coup de mer t l’application, dans ce cas , ne serait pas trop exacte , car l’inibattu ne cause guère tlc'groEses lames. ' »t ■ . ■ *; . • ‘ '
l"Pl1 ,1. I w-
. /V CHAP. III. -i—’ VENTS. -|33
lérieurde l’île, où il pénètre fort souvent jusqu’à la distance de dix à douze lieues (l).'
Le vent de terre, qui lui succède, s’élève ordinairement ,$u coucher du soleil, et dure toute la nuit ; le lendemain matin il est remplacé par le vent de mer. On lui donne, à Cagliari, le nom de Rampinu , ou bien celui de vent de l’étang : en effet, pour entrer dans le golfe , il doit passer au-dessus de letang, et c'est probablement pour cette raison qu’il est relativement très froid durant les nuits d’été, ainsi que îe rapportent les marins mouillés dans le golfe.
. ' Les Grecs , qui ont connu ces vents , les ont appelés *■ , ce qui veut dire périodiques. Les anciens navigateurs ont ensuite donné le nom de Sornniculosus au vent ,de mer , pour faire allusion à l’heure à laquelle il com- * mence ordinairement à souffler (2).
Après avoir considéré les vents sous le rapport physique, il est à propos de les examiner relativement à In rtavigatiçtn , et de signaler quelques faits généraux à ce sujet.
Le vent d’ouest, avec lequel on arrive à la côte occidentale, fait courié de grands dangers lorsqu’il souffle avec une certaine violence , Car il rend la mer fort grosse. Dans les longues nuits d’hiver, il serait imprudent de se teriir à 30 ou 40 milles au large de cette côte. Il est
Ratnpu
» (i) J’ai souvent éprouve sur terre la bienfaisante influence de
rimbattu, à plusieurs lieues des côtes, lorsque j’arrivais de l’inté' rieur de l’île à la capitale, dans les mois de juin et de juillet. Le moment le plus pénible pour voyager était, à cause de la chaleur, depuis le lever du soleil jusqu’à io heures; alors un Imbattu opérait un changement de température agréable; et d’autant plus sensible que je marchais ordinairement à sa rencontre, et qhe je l’avais ainsi continuellement en face. " . >
( i) Etesiir ab hoc somniculosi a nantis et dclicati vocanlur , quo<i ' mant ncscinnt rnrgerc., 'Porcellini Lexicon port; l8oS.
quelquefois très impétueux dans le canal de Ikmifacio,
qu’il enfile dans toute sa longueur. ? '
, t . Le vent d'est serait le vent traversier pour la côte orientale, si l’on n’avait pas la possibilité, en s’éloignant de , 10 à 12 lieues, de la longer lorsque le vent n’est pas trop
fort. Cotte particularité compense un peu le défaut de , ports sur ce côté de l’île.
• En général, les bâtiments qui partent de Gènes passent
• à l’ouest pour venir iCagliari; ils prennent au contraire à l’est , ou par la merTyrrhénienne , lorsqu’ils retournent
. . chez eux. Dans le premier cas, ils profitent du Ma es traie, *
qui est le Vent dominant , et dans l’autre, ils cherchent à l’éviter, puisqu’il leur serait contraire, et, de plus, à profiler du Libeccio, qui leur devient favorable dès qu’ils ont doublé l’île.
Caton. Dans les mois d'été et principalement en juin et juillet,
. on éprouve, dans les parages voisins de la Corse, des * ’ . calmes qui durent quelquefois plusieurs jours et contra-
rient la navigation; mais ils sont utiles aux pécheurs de corail et de sardines, qui se tiennent dans les eaux à l’ouest de la Sardaigne.
Diouiibt.i,. La quantité d'eau stagnante, le grand nombre d’étangs ■ qui sont répandus sur la surface de l’île , ainsi que lés
“ ■ v eaux des rivières, causent des brouillards dans la Sardaigne méridionale et dans les plaines, pendant la saison pluvieuse et aussi durant la sécheresse. Ces brouillards sont assez fréquents à l’époque où le grain se forme dans l’épi : alors la récolte est perdue. Cet accident se renouvelle malheureusement depuis quelques années.
• Au mois de juin 1822, je vis un brouillard épais sele-
• . ver, dans la matinée, le long du Tirse et dans le vallon
de Bonb, ainsi que sur toute la plaine au-dessous du Mark • ghinc , et s’étendre jusqu'à Orislano. Il dura plusieurs heures. Peu de jours après, le 19 juin, dans le vallon
CÏIAI*. III. — BROUILLARDS. ' 135
situé entre le village d’OIieua et la fontaine du Cologotje, j'en vis un autre plus dense et plus humide encore ; ,iî venait du côté d’Orosct, où il y a un étang, et, poussé par un vent de mer léger, il remontait la petite rivière qui •■coule dans la vallée : ce brouillard était si épais que je ne pouvais rien distinguer, au-delà de la portée de mes mains ; • il cachait entièrement le soleil; il ne se dissipa que vers ’* midi. • •*
* J’ai également observé d’autres brouillards en plusieurs endroits de l’ile, et même aux environs de la capitale. L’étang qui est à l'ouest de Cagliari en occasionne quelquefois de très épais, mais ils ne s’étendent presque jamais jusqu’à la ville, car ils n’y pourraient parvenir qu’à l’aide d’un vent d’ouest ou d’ouest-sud-ouesl; tous les autres vents, même d’imbattu, chassent les brouillards de côté : c’est pourquoi on n’y fait pas grande attention dans la capitale; et ils y sont peu nuisibles. Les brouillards ont " dominé d’uhe manière étonnante en Sardaigne pendaut los printemps et les étés de ces quatre dernières années , au point qü’il m’est arrivé de passer quinze jours entiers à des stations trigonométriques, çvant de pouvoir découvrir des signaux correspondants placés à 20 ou 30 mille mètres de distance.
' .' Je n’ai pa9 assez de notions sur les rosées pour én faire l’objet d’un article particulier. Elle sont cependant assez fortes, pendant l’été, dans les plaines, où elles font souvent l’effet d’une petite pluie. C’est probablement à ces rosées que le vent Maestrale doit l’humidité qu’il apporte quelquefois à Cagliari dans les matinées d’été (1).
; * (i) Dans les mêmes jours de juillet et d’août pendant lesquels .• l’hygromètre descendit au point de l’citrêrac sécheresse, çct instrument marquait souvent 45°— 6o“ d’humidité, une heure après le „ • lever du soleil , le ciel était .dors parfaitement serein, il n’avait
Phi ici.
Orag
lCaige*.
136 UVIIE li. — DESCIUl’TIO.N PHYSIQUE,'
Le tableau précédent a pu donner une idée de la quantité des pluies et des époques auxquelles elles tombent ordinairement; elles sont souvent très fortes et soudaines *. mais très rarement elles privent pendant une journée entière de la vue du soleil, même dans la saison où elles sont le plus fréquentes. On les voit arriver avec plaisir en automne, avant 1 époque du labourage, et encore plus volontiers aux mois de mars et d’avril ; maison les redoute • au moment de la moisson et pendant tout le temps que les. ' ' grains restent sur les aires, c’est-à-dire jusqu a la fin d’août.
Les pluies étant peu fréquentes pendant la saison des ’ *' chaleurs, les oiages, accompagnés de phénomènes élec- • triques et de grêle, sont beaucoup moins communs en. Sardaigne que dans plusieurs contrées du continent; quelquefois on en éprouve d’assez violents, surtout en automne et même en hiver. Au reste , ces grêles destructives . ' qui ruinent ailleurs les campagnes, et qui réduisent en peu ’ d heures des cantons entiers à la misère, sont à peu près inconnues en Sardaigne. . '
Les premières neiges tombent sur les montagnes centrales de l’île vers la fin d’octobre , et disparaissent ordinairement de la plus haute cime en juillet. Dans la partie, septentrionale du pays, la neige est assez fréquente en hiver; mais elle ne reste pas long-temps sur le sol, à cause du peu d élévation des montagnes. On en a vu quelque- . fois a Cagliari et aux environs, mais dans les vingt-quatre heures elle était fondue. Cependant les giboulées’de mars ne sont pas rares. Lorsque je voyageais dans l’intérieur de 1 île? en ,82L je Vis tomber, près de Bonorva, qui nk pas très élevé au-dessus du niveau de la mer, de la neige aussi abondamment que sur le Mont-Cenis en hiver; c’était
*“* *Ju dei,0,'s bès long-temps ; ce qui me 6t attribuer la cause de cette humidité à la rosçe du malin.
CHAP. ni. — NEIGES. .*V-
le 24 mars : la chute de la neige , qui continua pendant . • * toute la matinée , était accompagnée d’une espèce de tourmente; la route en était entièrement couverte et le froid était très vif. La même chose arriva dans les hivers de 1824 et de 1829, mais surtout en 1836 : le 6 avril de cette dernière année, me trouvant dans le port Tortoli , j’eus la barque couverte d’un demi-pied de neige pendant la huit, t et le 3 mai , les environs de Sassari étaient aussi blanchis • , '
par la neige. - ■ - y'*-
Malgré son voisinage de la Sicile , des îles Lipari et de ^ T><mWVm.nu la partie de l’Italie continentale où est le Vésuve, et où si souvent la terre soulevée menace d’engloutir ses habitants, la Sardaigne n’est pas sujette aux tremblements de terre.
Il est aisé de s’en convaincre en voyant quelques maisons de la capitale qui sont très anciennes, et dont les murs n’auraient certainement pu résister à une secousse même médiocre. Ce phénomène est d’autant plus digne de remarque que l’île étant couverte, sur plusieurs points,' . de produits volcaniques , on pent raisonnablement supposer que son sein renferme des cavités considérables.
Une inscription lapidaire, grossièrement écrite et placée dans la sacristie de la cathédrale de Cagliari, est le plus ancien monument qui donne des indices sur un trem- ’ . .
blement de terre; il fait mention dé celui qiie l’on éprouva le' 4 juin 1618; il n’en résulta pas d’accident fâcheux.’
Deux autres secousses' légères furent senties depuis , mais elles n’eurent d’autre résultat que de produire le sentiment de terreur ordinaire en pareil cas.
La Sardaigne passe depuis long-temps pour un pays mal- s>itü>rit<. sain; les anciens ont commencé à répandre cette opinion (1). Plusieurs auteurs modernes , qu’il est inutile de
(x) Cicérou écrivant à son frère (Juin tus, qui demeurait à Olbia,
aujourd'hui Terranova ( endroit' très malsain ), lui disait : Cura,
138 LIVRE II. — DESCRIPTION PHYSIQUE. '** mentionner ici , ont écrit à ce sujet; nous nous bornerons à dire que toutes les loealités de la Sardaigne ne sont pas malsaines ; il y en a mémo plusieurs qu’on peut parcourir et habiter impunément pendant toutes les époques de l’an-née. Ces localités sont presque toujours des points élevés et secs, tandis que celles qui sont réputées dangereuses sont au contraire le plus souvent basses et humides. Voici en général les lieux de la Sardaigne dits intempérieux (2). u*ui r»put« Dans le cap méridional de l’île, on remarque principale- ** ment comme lieux intempérieux la campagne située entre « * Capu-Tcrraet les étangs de Cagliari. La plus grande par- • tic de ce terrain consiste en marais qui, en se desséchant, laissent le sol entièrement découvert en quelques endroits.
La plaine très fertile de Pula est aussi inlempérieusc ; son sol argileux , et qui renferme divers enfoncement» ,
■ est en grande partie inculte et submergé en plusieurs
• mi f rater, ut valais, et quaaqunm est hiems , Sardiniam istmu
esse cogites. ( Epist . 3 ad Q. fratrrm.) ( Vi y. aussi Epist. a 4 ad fit- * mit. lib. vu.) Tacite, en parlant des Juifs relègues en Sardaigne,
's’exprime ainsi : Et si obgravitatcm cœli interiiseni, vile damnum. '.(jthriàl. lib. yin) (Eojret aussi Pomponius Mêla, De Sit. lib. fl, cap. 7 ; Cornélius Nepos, De Vir. ill. cap. 65.) Silitis Italiens attribue l’insalubrité de la Sardaigne à ses nombreux marais ou étangs :
• •’ ‘ „ Serpentum tellus ptira ac yiduata veneno ,
Sied triais ctv/v ae inutra eitiata palude.
. • ( Punie. Jib. U.)- . sj
(a) Nous adoptons ici le mot intempérie dans le sens qui est . employé en Sardaigne pour désigner la maladie qu’on y contracte ordinairement depuis le mois de juillet jusqu’après les pluies d’au- 1 ' ■ tomne, et l’ouverture des terres par le labourage. Cette dernière
époque passe pour la pins dangereuse, ce qui s’expliquerait par la plus grande exhalaison des principes délétères, dus à la putréfaction des matières végétales et animales contenues dans la terre : ces , matières simt alors remuées pour le labour après une forte fermentation produite par le soleil brûlant d? l'été, et par les premières pluies de l'automne. •» '• ■ •" / , . '
■ r -VCHAI*. III. SAirUHITK. ;• >» » 139
, . . ^ • • •* sTT *
lieux, pcndant*l’hiver, par les eaux qui coulent du monte Santo. Elle est exposée aux vents de sud et d’est : des montagnes l’abritent en grande partie contre les vents du nord, et surtout contre le nord-ouest.
Teulada peut être compris dans la même classe. Les- ' eaux du torrent qui passe dans le voisinage croupissent ,cn été dans des cavités, lorsque le reste de son lit est à sec. On doit en dire autant de Flumini-Major.
. ' Les environs du golfe de Palmas présentent des étangs salés ; une assez grande surface de terrain y est submergée pendant l'hiver et le printemps ; c’est ce qui arrive aussi aux environs de Porlo-Scuso et dePorto-Paglia.
Oristano est entouré de plusieurs étangs considérables.
. A Bosa, les eaux de là mer remontent dans le lit du fleuve, qui déborde , et convertit ainsi une partie de ses . rives en étangs. • . . .
Dans le cap septentrional, la plaine de la Nurra contient une portion de terrain inondée, au printemps et surtout eu hiver, par les eaux qui viennent des montagnes voisines. On y voit aussi des étangs qui sèchent en grande partie en été.
Dans la plaine de Porto-Torres , presque entièrement inculte, on remarque plusieurs enfoncements remplis d’eau en hiver; et près de l’embouchure du fleuve de Torres il y a également des eaux stagnantes.
A Lougo-Sardo, de petits étangs sont formes par lés eaux que la mer y jette lorsqu’elle est orageuse, et qui ne trouvent pas d’écoulement. ?
• ' Dans la campagne voisine de l’embouchure du Cogliinas, dans celle de Val-de-Liscia, à côté du fleuve de ce nom et dans les champs qui entourent le golfe d’Arsachena , on rencontre des fonds remplis d'eau en hiver et au printemps,' et marécageux en été.
•Terranova est située au fond d’un vaste golfe qt à l ex-
bigitized b)
trémité d’une plaine entourée d’étangs salÊs. Le sol en est très marécageux , surtout en hiver et au printemps.
Siniscola, Orosei , Muravera et autres points de la côte du levant , où les rivières débouchent dans la mer , pré- • sentent aussi des étangs ou une assez vaste surface marécageuse pendant une grande partie de l’année.
Dans l’intérieur de l’île, on remarque parmi les lieux intempérieux le Campidano de Samassi , qui est très argileux ; le terrain y est , en plusieurs endroits , inculte j et dans d’autres submergé pendant assez long-temps. Il en est à peu près de même du Campidano d’Alesi
Le Campo di Sant’ Anna, au pied du monte Arci , depuis Uras jusqu’à Fordungianus , est une plaine de surface inégale, où les eaux des pluies s’arrêtent longtemps dans des espèces de bassins , que les ruisseaux ou torrents achèvent de remplir , et qui formëht autant .d’étangs en été, quand l’écoulement cesse et que le dessé- . chement est tardif.
On peut en dire autant de la plaine de Ghilarza , de Pauli-Latino et de la Tança. - * .
Le Campo Giavesu, près de Bonorva , est une plaine en grande partie inculte, où l’eau, faute d’issue, devient stagnante. • • • . ‘
Campo-Lazzaro et Campo-d’Ozieri , à peine cultivés ’ dans quelques lieux , sont. aussi marécageux.
Il existe encore sur d'autres points de l’île des enfoncements et des terrains incultes , ou submergés en hiver et au printemps : la plupart des lieux intempérieux manquent d’arbres et même d’arbrisseaux.
La surface du sol , le long du littoral surtout , est à peine élevée au-dessus du niveau de la mer; il y -a même des fonds qui sont plus bas. Dans plusieurs dé ces endroits, l'inclinaison du terrain est presque nulle.
Ces traits et les particularités que l’bn vient de rappor-
CHAI*. ai. — SALUBRITÉ. . # 141
1er distinguent les régions intempérieuses dè celles qui pc le sont pas.
L'intempérie de la Sardaigne n’est au reste pas autre intn»p*ie. chose que la malaria de la Campagne de Rome, des marais de la Toscane (1) et des plaines marécageuses de la Corse , de la Calabre , de la Grèce et des îles Baléares, etc., et d’autres pays méridionaux peu cultivés et peu peuplés en proportion de leur étendue. Il est bon d’observer toutefois que l’intempérie sarde, comme fort probablement la maladie des lieux que nous venons de citer, paraît devoir être attribuée à deux causes bien distintes : 1°. aux 1 miasmes qui s’exhalent de la surface d’une terre maréca— -, ,
geuse ou qui a été inondée pendant l’hiver et le prin- i ’ temps; 2°. à la grande différence qui s’établit entre le maximum de la température diurne et celui de la noc- lurne. La première de ces deux causes est suffisamment démontrée par la condition même des lieux dits intempérieux (2), par l’époque à laquelle l’intempérie commence à se développer et celle où elle cesse; enfin par le carac- tère même de la maladie. Il n’en est pas moins vrai cependant que cette dernière frappe souvent des personnes qui ;
voyagent , tn été et en automne , dans des endroits très secs de l’îlc, si elles n’ont pas la précaution de se bien couvrir le corps avec des vêtements de laine, ou si elles passent la nuit; à ciel ouvert, dans des chambres basses,
Humides -et mal réparées. L’intempérie gagnée de la’sorte
(i) Ou trouve déjà' ce rapprochement fait par le Dante, /«-
Jerrfo, c. MW.'. • ’• . • , \ . *
• ' - Quai dolor fora , se degli spedali . • v # ,
pi Valdichiana tra luglio e settemBre , *v .
. £ di Sardigua e <%i maremma i Mali *; , . r •
Fossero in una fossa tutti irf sembre \ *
Toléra (suivi. .
(a) Yoy. çe nui a été dit ci-dc*4us. s / . , ‘ *