‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 68 sur 193 · CH AP. II. — CARACTKRB MORAL · texte numérisé non relu

CH AP. II. — CARACTKRB MORAL

battre, de nos jours, le cœur de plusieurs habitants de l’île ; mais on ne saurait se dissimuler en même temps , qu’en exagérant à leurs propres yeux les devoirs de bon patriote , ils ne soient quelquefois injustes envers les étrangers (1) , et surtout envers ceux que le désir de leur être utiles ou leur service conduisent dans leur pays. Au reste , ce défaut , qui a aussi son bon côté , souffre d’heureuses exceptions, jt

Les Sardes sont doués d’une grande activité d’esprit : c’est apparemment ce qui a fait penser qu'ils avaient bien plus d’aptitude pour l’étude des lettres que pour celle des sciences mathématiques et physiques. Effectivement , la poésie .(?), b controverse et les disputes scolastiques ont pour eux un attrait particulier •, mais doit-on en induire qu'ils ne sont pas propres aux sciences exactes ? S’ils ont montré peu de dispositions pour ces 'branches des connaissances humaines , il faut en attribuer la cause à ce

(i) Je préviens ici que je n’entends, ni directement,, ni indirec- * t finent, signaler un fait qui me soit personnel, puisque au contraire je me fajs un devoir de témoigner publiquement aux Sardes ma reconnaissance pour la manière dont ils m’ont constamment accueilli chaque fois que je fus dans leur patrie j mais , comme je dois dire la vérité, je n’ai pu passer sous silence un trait de caractère dont j’ai cru reconaître une origine assez reculée. Voyez pige (iS.

(a) Le goût de la poésie est inné chez les Sarcles, et surtout citez les gens de la campagne, qui charment le temps de lenrs travaux ou de leurs voyages à cheval avec des citants continuels ; bien sou- * vent leurs chansons sont improvisées, elles roulent alors sur les événements récents du pays ou du canton , et même sur l’étranger qu’ils accompagnent si le chanteur est un guide ou un cavalcante ; les femmes, dans la Gallura, prennetat part contre les hommes dans une lutte galante en chansons improvisées, qui sont remarquables par la finesse des allégories. V oyt$ èi-aprè» , chapitre y., (irnrmnalorgiu. • , ’l f ‘ t

Reproches fail au*. Sardes.

Hospitalité.

que l'enseignement de celles-ci est, pour ainsi dire, nul dans nie.

1 On a de plus reproché aux Sardes d’être rusés 5 mais la ruse , comme on l’a fort bien dit (1) , n’étant qu’une conséquence très naturelle de l’état d’une nation tout à la fois pauvre et douée d’une grande vivacité d’esprit, on ne sauraitfaire aux Sardes de reproches fondés à cét égard.

Le Sarde est hospitalier par nature et laborieux par boutades. La chasse , la danse et les plaisirs de la table sont ses principaux délassements ; il aime le luxe dans les habillements, et ne sait ce que c’est que de thésauriser , ce qui l’a fait accuser de ne pas s’occuper de l’avenir.

S4 piété , quoique mélée d’une sorte de démonstration bruyante et dramatique, n’en est pas. moins sinqère ; en . cela, comme en plusieurs autres points, il a. beaucoup de 'ressemblance avec l’Espagnol et le Sicilien. . *

Aussi' constant dans ses haines que dans ses affections , s’il se sépare rarement de la personne à laquelle il s’est Uni par les liens du mariage , il ne saurait pardonner la moindre injure faite à son honneur ; c’est ce qui a fait qualifier de jalousie son extrême délicatesse sur ce point. Les hommes, en effet, ne sont pas plus jaloux en Sardaigne que dans d’autres contrées ; leurs femmes , d’ailleurs , ne leur donnent pas en général raison de l’être.

La paix est rarement troublée dans les ménages , et les rapports mutuels entre les différents membres d’une famille ont quelque chose de vraiment patriarcal. •

(i) « On leur reproche la rose et l’intrigue, conséquence natu- « relie et générale chez toutes les nations pauvres et douées d\me « grande activité d’esprit. En cela , les Croates , les IUyrien* , ne « diffèrent pas des Écossais et des Irlandais, auxquels on fait le « même reproche. » Zach., Corresp. aslmnom., année 1818, mois d’octobrè , p. s84 1 note sur les Croates et sur les Dalmates. " *

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