‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 7 sur 193 · CU AP. II. CARTHAGINOIS ET ROMAINS · texte numérisé non relu

CU AP. II. CARTHAGINOIS ET ROMAINS

de- ceux qui étaient en Afrique : après avoir fait main basse sur tous les Carthaginois qui étaient dans l’îlft, tué fioflar, leur chef, et exercé des cruautés inouïes, ils se querellèrent avec les indigènes ' complètement défaits et enfin expulsés par ceux-ci, ils se réfugièrent en Italie.

Alors ils pressèrent les Romains d’envahir la Sardaigne , lu proposent

. . 4 aux Bomain* la

leur taisant envisager que jamais occasion ne pouvait être conquéudci'ilt. plus favorable à ce Coup de main sur une île totalement dépourvue de troupes carthaginoises. La république, par un reste de pudeur, hésita ; mais enfin l’ambition prévalut , et on fit tïes préparatifs pour la conquête proposée.

De leur côté , les Carthaginois mirent sur pied quelques Caniugitroupes, ce qui servit de prétexte aux Romains pour lés "” renoncer A la accuser de prendre les armes contre la foi du dernier traité. La république de Carthage était dans son droit ; ’ia^ limais , hors d’état de pouvoir lutter contre sa rivale , elle cnU dut, pour conserver la paix , renoncer à la possession de la Sardaigne et payer en outre aux Romains une somme de douze cents talents (1).

Forces de céder cette de par la seule impossibilité de a38»v>m j.-c.,

• 1 • . , r.~ . , r„ . . 5 1 5 de R.

soutenir la guerre, les Carthaginois ne la perdirent jamais

de vue , et ne cessèrent de mettre tout en œuvre pour en priver du moins les Romains. Dans l’impuissance de se déclarer ouvertement , ils réussirent à soulever en secret contre cos derniers des peuples qu’eux-mémes n’avaient, jamais pu réduire (2). Ceux-ci , toujours jaloux de leur

(lj PoLYB.'lib. III.

(a) Diodore et Strakon les nomment Balari, Ilienscs, Tarati , Sossinati, Anconites, lolaensea, etc. On ne connaît guère les contrées qu’ils habitaient que par les cartes que nous a laissées Ptaléraée. (Paye s encore Cluverius, De Snrdinia antiqua.) Outre ces peuples, il y avait aussi les Sardi Pelliti, dont nous parlerons ci- . après. On trouvera, en tête de l’Atlas de la seconde partie de ce ' travail, dont la pnblicatiou va suivre celle-ci, et qui est destinée •

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indépendance , détestèrent bientôt le joug des Romains , comme ils avaient détesté celui des Carthaginois , et finirent par éclater contre Rome , qui envoya une armée pour les soumettre. -

M.ni. Tormui. Cette guerre fut de courte durée : T. Manlius Torquàtus

a35ar.J-C. , ^ , , . . .

5igacH. ayant, non sans difficulté, battu jes insulaires, retourna à Rome , où il obtint les honneurs du triomphe (1).

PunpnniuiMa- Deux ans après ,. les Sardes , à l’exemple des Corses , se

tlio , »33 avant , J . . r , .

a» R. soulevèrent de nouveau, se Battant de secouer te joug, mais le sénat envoya contre eux Pomponius Malho , qui en triompha sans les dompter entièrement, puisque sa . victoire ne les empêcha pas de reprendre les armes l’année

a3ainiu J.-C., suivante ; ce qui conduisit en Sardaigne les deux consuls, 5”d'H' M. ÆmiliuS Lepidus et M. Publicius Mnlleolus,. qui triomphèrent des insulaires et firent un grand butin.

L’année suivante, M. Pomponius Matho, ayant de nouveau été consul , fut encore envoyé en Sardaigne contre îes'révoltés, et si l'on en croit certains auteurs , il se serait fait précéder dans ses expéditions contre eux par de gros >■ . dogues ou limiers qui , allant sur les traces des insurgés ,

les livraient à ses poursuites.

*27 ■ rani J.-C., Sous le consulat de Valerius Flacçus, et d’Aftilius Rç-

PremLr prfU c ur gulus , Rome envoya' en Sardaigne le premier préteur , dam î iic. dans |a personne de Marcus Valerius, quoique l’île eut été déclarée province romaine huit années auparavant ,' é’est-à-dire après le triomphe de Manlius Torquàtus. si6avant J.-C,, Sous le consulat de Terentius Varron et de Paulus

539 de R. •

a3t a Tant J.-C., 5l3 de R.

aux antiquités de la'Sardaigne , une carte de Pile sous la domination romaine, dans laquelle nous avons tâché de mettre tous ces peuples à leur véritable place.

[i) 11 es't digne dq remarque que cette guerre fut la dernière que les Ronifins eurent à soutenir dans cette période; car alors le temple de Janus fut fermé, et ce fut la seule fois pendant toute la durée de la république.

CH AP.. If. — CARTHAGINOIS ET ROMAINS.

Æmilius , la Sardaigne fat de noaveau sur le point de : secouer le joug des Romains. Ce pays devait alors être bien malheureux, puisque le préteur Mamula demandait au sénat non seulement des secours ,-en argent et en hommes, mais encore en vivres. • ' . >'

• ‘L’année suivante, l’an de Rome 539, le sénat ordonna Marj.To'r^t une levée de cinq mille hommes d’infanterie et de quatre aligné* cents dè cavalerie, qui fureril confiés à T. Manlius Torquatus, le même qui avait triomphé des Sardes plusieurs années auparavant. Ce général, arrivé à Karalis, débarque ses troupes , met ses vaisseaux en sûreté, et renforce son armée de tous sèS marins-, il aurait infailliblement mis (in à fa guerre contre Hiostus(l), prince sarde, chef des révoltés, si Asdrubal (le Chauve), général des Carthaginois, n’était survenu avec des renforts; Le consul se retira de nouveau dans la capitale, et les ennemis, ayant. opéré leur jonction , ravagèrent les terres de Ses alliés.

Les deux afrmées ne tardèrent pas à en venir à . une ac- d«s&Uc<i<»p.ition décisive ; les Romains étant sortis à la rencontre de j^™" »7s leurs ennemis les rejoignirent, à ce qu’il paraît, entre la ’ 539 ville de Cornus (2) et celle de Karalis. La lutte se décida en faveur des premiers, qui restèrent maîtres du champ v

de bataille, et firent Asdrubal prisonnier, ainsi que'deux autres Carthaginois de distinction , nommés Magon et .

Hannpn. Le chef des Sardes, Iiiostus, fut tué, et son* . ,

père , Arsicoras ou Hampsicbras , Je’ principal moteur dé ' * cette. guerre, ne pouvant survivre à tant de malheurs, mit • fin à ses jours lé lendemain de la bataille. Cette victoire *" * coûta aux Sardes et aux Carthaginois douze mille mqrts,

(1) Silio* Ital,jii, v. 545; Trr.-Liv. uni, 52 , 34, 40', 41!

(2) C’était la capitale des Sardi Pelliti, peuples pasteurs qui habitaient les montagnes de tttiglieri et de S.-Lussurgiu , autrefois nommées Mœnomeni montes.

'• '* ài

«niM,

18 • UVRE f.‘ — APBItÇC iUSTORlQl'E.

trois mille sept cents prisonniers, et vingt-sept drapeaux. Manlius , s’étant rendu maître de la ville de Cornus , ou s’étaient réfugiés les restes des rebelles , réduisit bientôt . é sou obéissance les autres villes de la Sardaigne ,’ qui lui liiompiic .tu envoyèrent des otages. U retourna à Rome avec scs navires chargés de blé , d argent et de nombreux prisonniers,' dont il fit hommage à la république. Il eut les honneurs du triomphe. v r . <

cdPo&!£ST 1 Pendant le cours de dix-sept années, on ne peut citer 5j»e |JV], J ’c ,‘<^c ^emarqtiable dans l’bistoire de la Sardaigne que la prélure dè Caton 1 Ancien. Il conduisit avise lui dans cette • île le poèté Ennius (t);,qui y séjourna long-temps , et t£. peut-être pendaht tout le cours de son administration,

d u l'an t laquelle il sut joindre la sévérité la plus austère a la pliis grande simplicité de mœurs : le portrait qu’en fait Plutarque (2) est remarquable.

^ lUroiio L an de Rome 576, Sbus le préteur T. Æbutius , les iiimio, i;8a.. Balarcs et les Ilienscs, devenus de plus en nltis’audacieux

J.-C., Sébile b. . . \ , • . - . r 1

par i impunité de leurs .excursions, engagèrent dans Içur cause Une grande partie des peuples de file, et ravagècertt les terres de ceux qui ne se déclaraient pas en leur faveur;.

• tu «ont latin* mais ils lurent enfin complètement battus par le consul *

par le consul . 1 * r

Sémp.Graccliui, v # ‘t \ , ’ ' . «*•

(t) Ennius est le premier parmi les écrivains romains qui ait employé les vers héroïques; il était né à Rudis^près de Tarent*, quoique le père Madao, dans spn ouvrage : Del le sarde antichilà, s’obstine à soutenir qu’il était Sarde. 11 avait déjà rempli eu Sardaigne la charge de centurion : ' * • •* "' ’

Mis ce bat primat actes, Latiatquc luperbum

Fîtes adjymabat dextram dreus *• ‘ ■ . *

(Su. Ital. *11, 3g<. j

et s’était distingué dans la guerre de Manlius 'forquatus contre Arsicoras; il mourut âgé de soixante-douze ans, l’an de Rome 585, et trente-deux ans après la seconde guerre punique.

(a) Ptur. in Vila Cal. Mnj.

CH.g». II. — CA RT II AUI NUI S El ROMAINS- H

Tib. Scmproniu» Gracchus, qui, à la tête d’une arfnde de •• douze mille fantassins et de mille chevaux, leur tua quinze ' mille hommes, et les força non seulement à payer un double tribut, mais encore à livrer deux cent trente-otages, qü’il expédia sur-le-champ au sénat. SempConius resta en * • Sardaigne l’année suivante', il se proposait de retourner à - .

Rome lorsque , prévenu d’Uii nouveau complot ourdi par 1 les Sardes, il prit le parti- de faire arrêter tous ceux qui ,* • •

étaient en âge de portfer les armes , et de les embarquer avec lui pour Rome avec une grande quantité dé bétail. i;Gav.J.-c. . . Il eut à son retour l'honneur du triomphe, et deux ans /S * " après fit placer dans lé temple de l’Aurore une inscription pour perpétuer la mémoire de celle campagne (1).

Les Sardes furent en grande partie vendus publiquement comme esclaves, mais, Vu leurgrand nombre, cette "vente ne put s’opérer dans un seul jour. C’est , selon quelques écrivains, ce qui donna lieti au proverbe de Sardi vénales, que citent plusieurs auteurs anciens, et Sanü wnni„, que d’autres croient pouvoir rapporter plutôt aux habi-. paur,a°'' tants de la ville de Sardes en Phrygiê.

L'an de Rome 628, 'le. consul L. Aürdius Qrestes vain- AurU.OrnM, quit le^ Sardes révoltés de nouveau, séjourna en Sar-fa» G '

daigne, et y remplaça le préteur. C’est alors qu’on .vit un Exemple frappant de ce que peut l’ascendant d’un homme v.eMneux sür une population étrangère. L’armée romaine, qui devait hiverner éit Sardaigne, se trouvait

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