CH AI>. IV
CABANO.
est toujours garni tl’un capuchon à peu près pareil à celui ,
des moines (1).
Ce vêtement est en usage dans la province d’Iglésias et •' dans presque toute la partie septentrionale de l'ile. La couleur en est constamment noire ; il n’est ni doublé ni garni d’étoffe d’une autre couleur, comme le surtout grec.
•' J’ignore si le mot sarde cabanu peut dériver du mot gabinus , comme le prétend le P. Madao. Je crois cependant que le cabanu est un habillement romain , car il ne me paraît être que la lacema avec son cucullus , à laquelle on aurait dans la suite., pour plus grande commodité, '• * * ajouté les manches (2).
Les habitants du nbrd de l'ile, et notamment ceux qui o»u»eU». ne portent pas la pelisse et qui ne mettent que rarement le collettU, ont en général, par-dessous le cabanu, une autre petite casaque courte qui ne va pas jusqu’aux gc* ’ • noux : on l’appelle cabaneUu. Je regarde ce vêtement, 1 également fait de furesi noir et muni d’un capuchon, non comme la chbwij s des Romains, qui n’avait pas de cucul- lus, mais comme leur bardo-cucullus , qui était un surtout
(i) Pl. lîl,Jig. 5.
(a) La tacerna éprouva souvent des modifications sous les Romains; on y ajoutait quelquefois le cucullus, et peut-être encore les manches, que l’on portait avec la tunique, .lorsqu’on sortait de Rome, et que l’on habitait la canqtagne; peut-être les Romains ont-ils pris cette mode dans la Gaule. On peut voir dans le Recueil d’antiquités du C. Caylus, t. IV, p. 5gg, la description de 1a pl. iri , représentant un bas-relief trouvé à Langres, où est sculpté un jeune Gaulois qui, assis sur un chariot, conduit trois chevaux. Il est revêtu d’un surtout à manches et à capuchon , qui n’offre d’autres différences avec le cabanu des Sardes qu’en ce «pie ce dernier est ordinairement un peu fendu par-derrière , et que celui du bas-relief l’est par le côté. Voyez encore , pour le mot lacer na, FoaciiLun , Lexicon laltmtatis , Fiasasius, toc. cil., et autres.
' 220 LIVRB ai. — POPULATION.
* d’origine gauloise et fort courte Martial l'appelle également palla gallica. (Epig. XCÜI.)
Cerea si pende t lumbis et trita lacerna,
,t', Dimidiasque mîtes gallica palla legit. v v
Nous savons d’ailleurs que ce bardo-cucullus n'était • alors à Rome, comme il l’est encore en Sardaigne, en
. usage que dans la classe inférieure , et qu’on le regardait comme un vêtement vil et grossier, cipotui ktc- Le troisième surtout à capuchon est celui qu’on nomme dans le pays capollu serenicu (1), et qui , tenant en quelque sorte le milieu entre les deux précédents, en diffère
cependant par des caractères très distincts, et principale-
ment par son origine.
Ce vêtement n’est pas fait de furesi noir, comme les . , autres , il est d’un gros drap de couleur çhocolal , que l’on tire du Levant et du royaume de Naples. Il n’est ni trop . v long , comme le cabanu , ni trop court , comme la cabanella ; il vient -à peu près jusqu’à mi-jambe et couvre la devant du corps, sans croiser entièrement. Il est toujours garni d'une bande de drap de couleur, piquée et placée en dedans vers les 'bords en forme de doublure, ainsi que d’autres pièces également de couleur différente ,%cousues aux coudes, à côté des poches et sur chaque angle des pans.
Chez les gens aisés , ces pièces de rapport sont en vc- . lours ordinairement vert ; l’on y ajoute aussi une quantité de petits boutons et des cordons avec des glands rouges ou jaunes. Les gens de la classe inférieure portent ces
(j ) Ce mot est une corruption do Salom'cu , cl veut d ire capote de Sa/oniquc. Je tiens cet éclaircissement de bonne source.
CIIJU». IV. — CAPOTTD SBRIWICr. , 221 garnitures en drap; la doublure est communément de
couleur écarlate (1 ).
Ce surtout remplace. , dans le Campidano el dans 1 intérieur de l’île , le cabanu,'qui n’est guère connu que dans la Sardaigne septentrionale; c’est aussi l’habillement ordinaire d’une grande partie des chevaliers , des notaires et des propriétaires qui habitent les villages , principalement vers le cap de Cagliari ; mais ce vêtement est alors garni en velours , bien piqué et fait avec plus de soin.
C’est , dans le Campidano de Quarlu et dans les villages près de la capitale , l'habit de parure dn propriétaire campagnard, qui le met souvent par-dessus son colletlu ou sa bestepeddi, et blême quelquefois par-dessus tous les deux ensemble. Les jeunes gens qui veulent se distinguer placent encore, sous un riche et élégant rapottu-serenicu, un gilet de velours cramoisi , garni de tresses en or et de petite boutons à la hussarde ; alors l’ensemble du costume a un caractère vraiment oriental (2).
L’étoffe de ce vêtement se tire, comme je l’ai déjà dit , du Levant ou du royaume de Naples ; les ouvriers qui le foVit sont tous des Grecs établis dans l’île , qui n’ont pas d'autre commerce (3). C’est absolument un vêtement levantin assez connu en Italie et dans plusieurs ports de la . Méditerranée, où il est en usage parmi les marins et les |>èchcnrs. Je ne pense pas qu’il soit d’une bien haute antiquité en Sardaigne, où,' comme dans le royaume de
(0 Voyez PI. III , yîg. io j eLl’cponx de la PL VI. ( % ^ • (a) f'nytz également l’époux, PI. VI.
(3) Quelquefois mes moustaches m’ont fait prendre pour un Grec capoiier) et j’ai eu beaucoup de peine à- persuader aux paysans qui me recevaient chez eux que je n’étais point un de ces tailleurs étrangers, et que je ne savais nullement tailler ni coqdre des capotes de Salonique. . *
3S2 LIVBE UI. — POPULATION. .. ,
Naples et ailleurs , il aura peut-être été apporté de l'Orient * vers la fin du moyen âge. '
Venerondt. On porte dans plusieurs cantons de l’îlc une espèce de veste ronde sans capuchon, qui est assez semblable à un, spenser, et qui descend jusqu’à la ceinture. Cet habillement n’offre rien de particulier et se met ordinairement sous la pelisse.
Jniuntorj*. Parmi les vêtements des Sardes que je crois pouvoir rapporter à ceux qui étaient en usage dans une grande partie de l’Europe du temps do François I", je citerai une espèce de justaucorps très serré , dont les manches sont fendues par -devant dans presque toute leur longueur.
Cet habit se rencontre encore assez fréquemment dans plusieurs cantons de l’intérieur, et surtout vers la partie septentrionale de l’île : il est presque toujours en velours bleu ou en drap écarlate , dont l’éclat est relevé par une quantité de gros boutons d’argent et par la blancheur et la finesse du linge , que l’ouverture des manches laisse passer. -i; > .
Ce costume , qui ne laisse pas d’avoir beaucoup de . grâce, était en usage sur le continent il y a trois ou quatre siècles, si l’on en juge par divers tableaux de cette époque. Je ne pense pas qu’il puisse appartenir aux Espagnols, mais plutôt à l’ancienne Italie (1). , . •
Dans quelques lieux de la Sardaigne méridionale, et surtout parmi les cultivateurs des environs de Cagliàri , cet habit offre des différences assez notables ; il est presque toujours de drap bleu-clair ou écarlate, mais il se distingue surtout par ses manches, qui sont fermées d’un bouf à
(i) Voyez ce vêtement Vu Uc flanc , PI. i , et vu de face ,
PI. III, /g.* 7-'.
UIAP. IV. — JUSTAUCORPS. 223
l’autre , et par les galons blancs ou noirs dont sont recouvertes toutes les coulures (1).
Les deux vêlements dont ilest question se portent seuls, , *
ou bien on les met sous une pelisse très propre et même sous un collcttu bien tanné, d’où sortent les manches, qui sont garnies d’une grande quantité de boutons d’argent.
Si toutes les pièces de l'habillement des paysans sardes^ culotta jiui dont il a été question jusqu’ici , varient assez selon les dii- °u r<" férents cantons de l’ile , il n’en est pas ainsi de leurs ragas (2), ou culottes, qui sont d'un usage général dans la classe du peuple, et qui n’offrent que de légères modifications.
Quoique ces ragas présentent quelques ressemblance avec les culottes que portent encore , de nos jours , les lia- . • bitants de la Basse-Bretagne , elles en different cependant sous plusieurs rapports essentiels : 1®. les culottes des paysans sardes ne sont jamais fermées ni au-dessous du genou, comme celles des Bas-Bretons, ni au-dessus; *
2®. elles laissent toujours voir par-dessous un caleçon de , toile qui peut être regardé comme une véritable culotte ; de sorte que, dans les lieux où les Sardes portent des • •
ragas très courtes, celles-ci ne jouent, pour ainsi dire, que le rôle des trousses dans les costumes du xvi® siècle. * ■
Çés culottes sont presque toutes faites de furesi noir ; l’on n’en voit guère d’autre couleur que chez les jardiniers 1 . dfes environs de Cagliari, qui ont adopté, pour cette partie de leur habillement, une couleur feuille-morte. Du reste, la forme de celles-ci ne varie pas. Les ragas sardes' ne •
(i) Iæs galons blancs se mettent snr l’étoffe bleue, et les noirs sur l’écarlate.
(i) Il est facile dc> reconnaître tlans.ee mot l’expression italienne brachc ; les Sardes leur donnent encore le nom de canones.
, 224- LIVRE III. — POPÜLATION.
diffèrent entre elles que par leur longueur et leur ampleur relatives. • ■
Caicfw je toile. Le caleçon de toile dont il vient d'être question est, en Sardaigne, une pièce très essentielle de l'habillement des hommes, comme il l’est en Hongrie, en Dalmatic et dans plusieurs autres contrées de l’Europe orientale.
. •• • Quant à la manière de le porter en dedans ou en dehors des chausses et des bottines , il suffira de dire qu’en général les Sardes méridionaux ont les caleçons ouverts par le bas comme les culottes (1), tandis que dans la Sardaigne septentrionale on les fait ordinairement entrer dans la chaussure (2).
Les pêcheurs de l’étang de Cagliari et quelques marins
• de ces parages sont , pour ainsi dire , les seuls , parmi les . gens du peuple (3) , qui portent un pantalon. Il est toujours d’une couleur garance (4).
ciuuuurc. Les paysans sardes couvrent leurs jambes avec dos borzeghinos ou des carzas, qui sont des espèces de guêtres ,
, plus ou moins approchantes, par la forme et par la matière , de celles dont on se sert sur le continent.
• Les premières sont justes à la jambe ; souvent elles sont ouvertes et lacées sur le mollet ; dans quelques lieux on les fait en cuir , dans d’autres en furesi ndir. Cette chaussure , qui est plus commune dans la partie septentrionale de l’ile, se met ordinairement au-dessus du caleçon de toile dont il a déjà été question (5).
Dans le Campidano, au contraire, et dans les environs
(i) Voyez PL 1H ,J!g. i5, et PL IV, le boxeur qui élève la jambe, (a) Voyez 'PL I./îg. 6, et PL III, yîg. a, 3, 6 et 7.
(5) J’cn excepte les habitants des" îles de San-Pietro et de la Madalcna , que je ne considère pas comme Sardes, uj niUi /g. 9.
(5) PÀ.flQ* PL IX. • .. •
CilAP. IV.
CAUZAS.
•le la capitale, on se sert de préférence des carzas, qu otï
peut regarder comme de grandes guêtres larges , sans la- '
cets ni boutons ; on les chausse en guise de bas ; elles sont
faites aussi avec du furcsi noir, et quelquefois avec du
cuir bien poli et très finement plissé. Elles ont alors une
élégance remarquable. On met ordinairement ces carzas
sur 4a jambe nue. ■ ■ ■■ wjfes •
Les souliers des Sardes n’ont rien de particulier*, les *' >. pécheurs de Cagliari , plusieurs artisans et les riches cultivateurs y attachent quelquefois de grandes boucles d’argent ; j'en ai vu qui étaient plus grandes que le soulier et qui touchaient le pavé à droite et à gauche du pied. '
Je n’ai jamais remarqué dans l’île la chaussure ou l’espèce de cothurne que portent les Calabrais.
La ceinture de cuir, qui est d’un usage général parmi c.ionirr, les campagnards de la Sardaigne, offre de grandes variations': c’est dans les environs d'Iglesias et dans le Campidano dé Cagliari qu’on les porte le plus grandes ; j’en ai vu -,
qui avaient plus de huit pouces de largeur et qui formaient comme une espèce de cuirasse. La ceinture est une pièce de l'habillement indispensable pour ceux qui portent le collellu , puisque sans son aide ce vêtement ne pourrait s’ajuster au corps. Les Sardes qui ne portent pas le col-»
. leltu mettent la ceinture sur le pourpoint de drap, et bien souvent ils y suppléent par une autre ceinture plus petite • et double, qui forme une espèce de giberne. '• ^
■Celle-ci, dont l’usagé est assez général, sert également • •
à ceindre les reins, à conserver des cartouches et à porter un grand couteau. ' ;
Les habitants des villes et la plupart des cultivateurs por-
sardes se rasent v et réunissent leurs Ion gs che veux en i«cùvin. tresses; mais les pâtres de plusieurs cantons, surtout ceux de la Barbargia et de la Gallura, laissent ordinairement croître leur barbe , et n*ont aucun soin de leur chevelure ;
• • 15 ai*\
I là . }
226 i . • LIVRE. 111. — POrCLAITOX.
elle est quelquefois dans le plus grand désordre , et correspond alors parfaitement à celle que Monti a si bien décrite dans sa BasviUiana.
E scomposte U chtomc in sulln testa , .. • < .
Corne campo di biada g/à malura ,
Net cui mezin passata è la tempesta.
La coiffure la plus générale des paysans sardes est le bonnet conique ou phrygien , que les anciens ont connu sous le nom de mitra. On le porte avec la pointe recourbée et tombante en avant ou sur le côté, ou bien on en fait rentrer le bout par le moyen de plusieurs plis concentriques dans le bonnet, qui prend alors la forme d’un 1 cône tronqué, ou, pour ainsi dire, d’une tour,
On adapte quelquefois à ce bonnet des rubans qui viennent se lier sous le menton , et qui répondent aux feilimicula des Latins ; fort souvent , c’est la tresse qui en tient lieu , et elle est alors placée en spirale tout autour du bonnet (1). • ■ . ■' ■’ ,
La coiffure dont il est question semble dater de la plus haute antiquité, si l’on -en juge par celle que porte l'idole sarde dont j’ai parlé (2), et par une médaille d’Es- •pagne insérée dans le recueil de Flores (3).
Je pense , au reste , que cette manière d’arranger le bonnet phrygien peut avoir été mise en usage à des époques bien différentes par les gens qui portaient, comme à présent, des paniers sur leur tête.
Le bonnet sarde est presque toujours de laine roug/f
fl) PI. III , yîg. a et 3 ; PI. IV et VII. ,
•/a) PL 111. V i '• •’ î ‘
(3) Flo«m, MedaUas de las colon, de Espana, vol. U, p. 55 < , PI UV, fit: : •
CHAP. IV. I105i.NET- .s. JW7
ou uoire. Ou lui donne dans lu pays le nom de berràla ou verritta, qui correspond au mot bcrretla des Italiens. *
En été, les habitants de la Sardaigne méridionale met- ciapwa. tent par-dessus leur bonnet un chapeau de toile cirée, de cuir et même de foutre ; il est bas et à larges bords , ce qui donne parfois à ceux qui le portent un aspect fort singulier. Le chapeau n’est guère connu des montagnards, chez lesquels je n’ai pas non plus rencontré le galerus conique des Calabrois.
Un usage bien singulier , qui ne doit pas être très ancien, est celui qu’ont adopté les paysans de plusieurs cantons de .l’fle, et principalement ceux des provinces de Cagliari et d’Iglésias , qui se coiffent la tête d’un mouchoir de femme : ils le nouent sous le cou (1). Cette manière de se couvrir la tète m’a souvept fait prendre des hommes pour des femmes, lorsque, passant dans un chemin creux et les voyant travailler dans les champs voisins, je ne pouvais distinguer que la partie supérieure de leur corps. Par-dessous ce mouchoir, les paysans de ces mêmes cantons s’enveloppent la tête d’une espèce de filet à l’espagnole, dans lequel ils renferment leurs cheveux et qu’ils nouent sur le front. Les habitants de la province 1 d’Iglésias, nommés Maurediios , en ont de très larges (2).
Ces filets sont ordinairement noirs pour les hommes et cramoisis pour les femmes (3). * . ’
Quelques habitants du Campidano , près dé Samassi , renferment lours cheveux dans une bourse de toile, sur laquelle ils placent une espèce de calotte de drap; mais cet usage se perd , on ne le remarque plus que chez les vieillards. ' • ,
(S) Voyez Pt. IV, l’Iiommc qui tient un fusil. * .* 1
(3) Voyez PI. VI, I» femme aux pieds nos. ' • vj
2 llS • LIVRE III. — POPULATION.
Les paysans sardes ne portent jamais de cravate; le col de leur chemise est ordinairement serré par deux gros boutons d’or ou d’argent, ou par deux longs rubans rouges ou noirs. Ils attachent beaucoup de prix à la finesse et à la beauté du linge qu’ils mettent les jours de fête : c'est pour eux un objet de luxe.
En résumant ce qui vient d’être dit, on peut considérer comme vêtements particuliers aux paysans sardes le collettu, le cabanu , le saccu , les carzones ou ragas, et enfin les carzas et les borzechinos; les autres parties de leur habillement sont communes aux peuples de l’Europe méridionale.
En Sardaigne, le besoin de se couvrir le corps, et surtout la tête , semble en quelque sorte se faire bien plus sentir en été qu’en hiver; les gens de campagne augmentent le nombre et le volume de leurs vêtements en raison de l'accroissement de la chaleur.
Cet usage ne doit pas surprendre les personnes qui ont visité l’Egypte et la côte de Barbarie; il explique assez pourquoi les paysans sardes sont , bien moins que les gens aisés , frappés des coups de soleil et de l’intempérie. J'ai, durant tous mes voyages, tâché de les imiter, vêtu de mes habits d’hivér, et bien souvent couvert d’un grand manteau : j’ai constamment été préservé de la maladie d’intempérie chaque fois que j’ai voyagé ainsi habillé, même dans les mois de juillet et d’août.
I.’habillement des Sardes perd quelque chose de son caractère à mesure qu’ils sortent de la classe des gens de campagne. La première réforme tombe sur les carzones. Les gens aisés et non titrés qui habitent les villages, et qui sont connus dans l’ile sous le nom de rnusaara ( mes sire français, messere ital.), mettent quelquefois un habit habillé sur leur colletlu,.ce qui m’a rappelé le singulier
1 ' CHAH. IV. MÉLANGK. 2291
mélange d'habillement que font encore certains rois nègres de l’Afrique (1). . #
Les gens titrés des villages ( cavalieri dei villaggi) ne «e distinguent guère des paysans que par leurs pantalons et par un plus grand nombre de glands et de boutons à '
leur serenicu ou à leur cabanu $ en général ils font, comme les campagnards , usage du bonnet (2). Les habitants des villes suivent exactement les modes françaises,
' ou pour mieux dire celles du continent.
L'habillement des femmes sardes est en général plus , mi illciurnt
* ' i«i § , # ® 1 de» femme».
riche que celui des hommes; mais il varie tellement d un canton à l’autre que nous ne pouvons en donner ioj ** qu’une description fort vague. , -,
Les paysannes de la partie méridionale del’île, et sur- a.-
tout celles des environs de Quartu (3), portent un corset sans manches, court, très juste et très échancré; leur chemise est de toile très fine , bien plissée et attachée comme celle des hommes , avec des rubans ou de gros boutons. Ce corset est serré , dans sa partie inférieure , par . une ceinture de toile assez large, qui fait plusieurs fois le tour des reins, pour rendre la taille le plus fine possible. ;
Le jupon est noué autour de cette ceinture *. il est ordinairement en drap, à plis très fins et très nombreux, et garni dans sa partie inférieure d’une bordure de couleur tranchante , très large et quelquefois double.
. Un petit tablier carré, légèrement échancré dans le haut et garni, comme le jupon, d’une large bordure, descend de la ceinture en bas. \
Les chevçux, tressés, sont renfermés dans un filet à l’espagnole en soie amarante, attaché sur le front par deux ,
V (i) PL i3', et Pt. X.yîg. i et 3.
. [i)zPl. III, yîg. 1 4 des hommes. .. V -«i.
(3) Voytz plusieurs figures de' la PL VI.' .- ■ - •
gros rubans de même couleur, qui tombent sur les cdtés.
Ce filet est caché sous un mouchoir carré de mousseline blanche ou de couleur, qui se lie sous le menton, et couvre par conséquent presque toute la tete.
L’habillement de parure ne diflere de cehii-ci qué par la qualité de l’étoffe, et ordinairement le jupon et le tablier sont en velours cramoisi ou vert, ou bien en drap écarlate très fin. Alors le corset et les garnitures du tablier et du bas du jupon sont en satin broché en or et en argent.
Dans les jours de fête, ces femmes ajoutent à leur corr set des manches garnies sur les coutures et au poignet d’un riche galon en or; de ces manches pendent plusieurs. boutons en grelots : ces boutons sont presque toujours en argent, et quelquefois en or. Elles mettent pardessus le corset une espèce de veste à manches courtes, qui est ordinairement en velours noir, et ornée également d’un riche galon en or sur les coutures et sur les poches.
. ; Elles cachent la ceinture qui lie leur corset sous un galon en or large de trois doigts , serré sur le devant par une boucle d’argent. Elles décorent leur cou d’un collier en or et d’une quantité de petites chaînes et de Colifichets de même métal.- . •;
Enfin , elles se parent de bagues , parmi lesquelles se trouvent souvent de très belles antiques et de magnifiques camées (1)-, elles ont fréquemment trois anneaux au moins à chaque doigt , et quelquefois elles attachent des franges en or à quelques uns de ces anneaux.
( i ) Parmi le grand nombre d’antiques que les paysans sardes dé- ’ couvrent en labourant au milieu des ruines des anciennes villes, celles qui ont été trouvées à Terranova ( ancienne Olbia) et 1 Sant-Antioco (ancienne Sulcis) se font remarquer par la pureté , du dessin et du travail. * . . .• ■