‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 85 sur 193 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

, *. Habitations. — Meubles. — Nourriture. '

Hibiuüani. Es Sardaigne , les habitations des gens de la campagne sont, dans les plaines, ordinairement bâties en briques > cuites où crues, ou bien en une espèce de piset -, elles ont alors un soubassement en cailloux ou en pierres grossièrement taillées , qu’on lie avec de la chaux ou de la terre glaise.

. Dans les cantons montagneux , on emploie les pierres brutes, unies par un ciment quelconque, mais non recrépies en dehors , ce qui met souvent le voyageur en état de connaître assez exactement la nature des roches de la contrée sans sortir du village. ’ • . • '. - -

• Dans les gros bourgs et les villes , on se sert de briques

y • cuites ou de pierres de taille , que l’on nomme dans le pays cantonc. Ces cantoni sont presque tous coupés à la hache, dans les roches de calcaire tertiaire ou dans les tufs tra- -, chytique et volcanique. . , • ,

Les villages de Tempio , de Terrandva et les autres de la.Gàllura, qui n’ont pas de chaux à leur portée, sont entièrement bâtis en pierre de taille consistant en un granit très dur et très beau , que l’on fend avec assez de facilité par le moyen de coins en fer bu en bois que l’on hu- . mecte. . •

DiMrfauioa. Les maisons des paysans n’ont , en général , Tien de remarquable dans leur structure ni dans leur distribution intérieure, excepté celles de la partie méridionale de l'îlc, qui offrent un rapprochement assez singulier avec celles

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dos Arabes modernes et des Égyptiens, ou peut-être même avec celles des anciens campagnards romains ; elles n’ont, en général ni porto ni fenêtre sur la rue; on y entre ordinairement par une cour qu'il faut traverser dans toute sa longueur pour arriver à la véritable habitation.

Celle-ci se compose presque toujours d’un seul étage , et elle a par-devant un péristyle formé d'un toit soutenu par plusieurs piliers en bois(t), qui occupe la longueur d une des quatre faces de la cour.

Ce péristyle donne passage dans quatre ou cinq chambres de grandeur égale, sans communication entre elles : lorsqu'une de ces chambres ne sert pas de cuisine , celle-ci se trouve formée à l’extrémité du péristyle par une simple cloison. Cette cuisine n’a pas de cheminée, le foyer est presque toujours à terre au centre de la pièce, et la fumée , après avoir long-temps tournoyé contre les parois intérieures , sort par quelques ouvertures pratiquées dans le toit.

Les habitations des paysans offrent, en général , et proportion gardée, beaucoup plus de propreté et d’ordre dans l'intérieur que plusieurs maisons des villes : celles des pâtres de la Nurra , du la Gallura et des insulaires du Sant-Piefro et de la Madalcna, su font principalement remarquer soiis ce rapport.

v Les agriculteurs sardes, et surtout ceux du Campidano, décorent leurs chambres avec des pièces carrées de papier peint; comme cela se pratique également en Italie. Le miroir est chez eurun pur ornement, puisqu’ils le placent presque toujours à une élévation qui en rend l’usage impossible, Dans plusieurs endroits , on garnit la muraille avec des assiettes de faïence ou de porcelaine peintes, ce qui ne laissé pas dé produire un effet assez agréable.

Meuble».

D/cort.

238 MVRF. IU. *— • POPULATIONS.

cuiwi. Le nombre des chaises rangées autour des parois de la chambre de cérémonie est quelquefois de vingt-quatre, ce qui est très considérable pour la grandeur de la pièce ; on les place alors sur deux rangs. Ces chaises sont d’uq • * goût assez antique, èlles ont le dossier très élevé, et sont presque toujours peintes en rouge avec de grands bouquets en couleur ou en faux or.

Tattw Une table ordinairement très basse (î), et sur laquelle on étend un tapis en drap ou en toile peinte, occupe le centre de la pièce; un grand coffre en noyer, sculpté assez grossièrement , sert à renfermer les habillements et le petit trésor du maître; souvent il est placé près d’un angle ; de manière à y laisser un petit espace où sont en-* tassés les fusils : c’est là par conséquent l’arsenal de la maison, ‘

. t-*'0 Les lits sont presque tous garnis de rideaux, et ils ont plusieurs matelas, qui, n’étant en général formés que d’étoupes, ne sont jamais bien mous pt toujours très courts. Chaque lit est souvent pourvu d’un nombre prodigieux d’oreillers de toutes les dimensions. • •

.Vjitrt, Quoique les maisons des paysans sardes renferment plusieurs lits', l’usage en est réservé aux personnes mariées , aux malades et aux étrangers auxquels on donne l’hospî- . talité (2) ; les garçons, les filles et les domestique^ couchent toujours sur des nattes de jonc, de sorte qu’on peut, sans se tromper, avancer que plus de la moitié de la population de I’île n’a pas d’autre lit que ces nattes.

Cuisin». La cuisine est ordinairement la pièce' de la maison qui. .

(0 Quelquefois, dans le Sulcis, les tables n’atteignent pas la hauteur d’un mètre, de façon qu’elles sont très incommodes pour mangtu- on pour écrire ; autant vaudrait ne pas en avoir." ; ’

4 (2) Le lit nuptial est toujours cohacrvé pôuc les grandes occasions : on ne le dérange presque jamais daus le cours de l'année.

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pendant la nuit, est transformée en dortoir ; le souper fini *, et la prière achevée, on déroule les nattes (1) Autour du foyer, de manière à ce que la plupart des personues qui , doivent reposer -dans ce lieu aient les pieds tournés contre le feu ; tout le monde y est couché pêle-mêle. Les Sardes ne se couvrent guère pendaùt la nuit, mais ils aiment beaucoup à tenir leurs pieds près de la braise. .

. , Au point du jour, chacun se lève, roule sa natte et la Moulin, place dans tui coin de la chambre, qui redevient uue cuisine. C’est alors que le modeste et patient molenti , poussé la veille hors de la chambre , y est reconduit parda maîtresse du logis. Kilo lui met autour de la tête un linge nommé dans le pays fuccili, le rattache à la petite meule qu’il est condamné à mouvoir pendant tonte la journée ,

Avec moins de plaisir sans doute que Pillacus de Mitylène n en prenait à un pareil exercice (2).

Le dessin quo je joins ici donnant uue idée suffisante

(t) Ces nattes n’ont, te plue souvent , que deux ponces d’épaisseW. {a) a Pittacus, un des sept sages delà Grèce, aimait , selon Kliçn,

du moulin de Sardaigne, je ne le décrirai pus eu détail -, j’engage seulement les amateurs d’antiquités à le comparer • • avec la mola usinaria des Romains.

Les deux meules sont enclavées l'une dans l'autre; celle de dessus est concave el l’autre convexe, de façon que les grains vont du majolu (1) dans le trou conique de la pierre supérieure , et passent ensuite entre lés deux meules ; 1a farine tombe peu à peu dans un réceptacle carré ou rond. Forme ci mai;*- Ces meules sont presque toutes de la même dimension, n* Am moulu, ù’eJrcède guère 8 décimètres; elles sont, comme nous l’avons dit, faites d’-uite roche volcanique noirâtre, quelquefois compacte et souvent poreuse; on en fait également -avec du porphyre trachytique, mais cette pierre est trop dure pour les petites meules.

Chaque ménage a son petit moulin , qui ne procure qu’une assez faible quantité de farine , mais on la regarde comme étant d’une qualité supérieure à celle dés gros • • • moulins hydrauliques. Ceux-ci sont également connus dans plusieurs cantons de l’îie , surtout à Sassari , a -Cugjieri et à Domus-Novas ; les petits moulins à âne sont çe- Mn.,iin i fa»,, pendant d’un usage plus général. A Gastel-Sardo, à Lungo- Sardo ( c’est-à-dire à Santa-Teresa), et à l’ile de la Madalena , on se sert de petites meules à bras que font tourner les femmes, et surtout les jeunes filles; le travail se fait presque toujours de nuit, et accompagné de chants conli- • miels, ce qui ne laisse pas d’être très incommode pour les voisins. Ces meules sc trouvent aussi de l’autre côté dg canal de Bonifaccio, d’où elles viennent fort probable-

<i à faire tourner la meute, parce que, disait-if, on y prenait beaiv « Coup d’exercice dans un petit espace. » ( Movcti , Mémoires de t Institut de France, année i8v8, L lit, p. <45.)

(.1) C’est aiusi que l’on nomme la trémie. Où l’on met le blé. Voyez, dans le livre suivant l'article Majolu (écolier). >• •

CBAP. V. — . MOULINS. '

ment ; elles n'ont pas été introduites en Sardaigne ailleurs que dans les trois localités citées ci-dessus. On a fait à Cagliari il y a plusieurs années , et à Sassari dernièrement, des essais infructueux sur les moulins à vent.

On pense dans l’île que le mouvement lent et continu des meules à ânes , qui ne s'échaudent pas comme celles des moulins mus par l'eau, exerce une influence avantageuse sur la qualité de la farine.

Celle-ci est travaillée avec le plus grand soin par les femmes , qui la passent successivement à sept tamis différents, et lui font subir plusieurs préparations (1). Parmi' ces qualités de farine, on compte la simbula, le poddini et le furfaru , qui correspondent à la simila, au pollen et au furjur des Latins. Chaque sorte de farine est destinée ordinairement à une espèce particulière de pain : celui qui est fait avec la simbula est le plus blanc et le plus recherché ; il a beaucoup de rapport avec le semel des Allemands.

Rien n'égale la blancheur du pain de Cagliari , même de celui dont se nourrit la dernière classe du peuple. A Oristano il est également bon , mais non à Sassari. On est souvent frappé du contraste offert par la couleur des mains et dû visage de quelques uns des Sardes et celle du pain qu’ils portent à leur bouche. On peut faire une remarque absolument contraire dans le nord de l’Europe.

Le pain que l’on mange dans la capitale et dans la plus grande partie de l’île (2) ressemble assez , par la forme et par la préparation , à celui qu’on connaît en Italie sous le nom de pane di posta dura ; mais dans plusieurs cantons

(i) Voyez, pour plus de détails, la traduction de la Caria de Logu du chevalier Mamelli, p. 116, note 388.

(a) On fait, dans les villes, du pain à la française qui est très bon.

Farine.

Pain.

Pain de gland.

2*2 LIVRE lit. — POPULATION.

«le l’intérieur, et surtout datis le Marghinc, le Goceano et les environs d’Oziéri , il a une forme particulière.

C'est un véritable 'gâteau rond et plat, ayant à peu près dix pouces de diamètre et quatre 'lignes d’épaisseur ; on le cuit sous la cendre ou sur une espèce de palette , et souvent au four. Plusieurs auteurs ont cru lui reconnaître une origine grecque ; comme la discussion d’une semblable question ne présente pas un grand intérêt , je me contenterai de remarquer que rarement ce pain est assez, cuit, à moins qu’on ne le mette une seconde fois au four, ainsi que cela 6e pratique à lîolotana et dans plusieurs autres villagos : alors il devient croquant et a l’avantage de se conserver, de même que tous les biscuits.

On mange du pain d’orge dans plusieurs cantons de la Sardaigne centrale , mais le plus singulier de tous est celui qu’on fait encore dans quatre ou cinq villages de l’Ogliastra (1) : ce pain ne consiste qu’en une pâte do glands bien • cuits et réduits en bouillie. On y mêle de l’eau imbibée d’une argile onctueuse qu’on tire du canton (2). On en forme des gâteaux plats et minces que l’on saupoudre d’un peu de cendre, afin qu’ils ne se collent pas contre la table. Pour les rendre un pen plus mangeables ■, on les humecte avec du lard fondu.

Si le P. Madao eut, comme moi, vu préparer ce détestable aliment, et en eût mangé, il n’eût pas témoigné tant de vénération pour cet usage , qui produit évidemment des effets nuisibles à la santé des hommes de ces

cantpns.

(i) Baonci, Triei, Ursnlci, Arzâna et Gairo.

(a) Cette terre provient de la décomposition des schistes talqncux de cette contrée. On sait que certains peuples d’Asie et d’Amérique sc servent également d’une pierre talqucuse pour aliment.

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