‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 9 sur 193 · ROMAINS · texte numérisé non relu

ROMAINS

Là Sardaigne est une des provinces de l'empire où la itci,B„m.,itrcreligion chrétienne a été le plus promptement, et- le plus généralement répandue ; plusieurs auteurs du pays y font aborder les apôtres saint Pierre et saint Paul (î). Sans ra’oçcupcr de cette matière,, je" me contenterai de noter que Hic se glorifie d’avoir donné naissance ou asile à une grande quantité de saints personnages (2), et qu’cHc fut plus d’une fois teinte du sang des glorieux martyrs de église chrétienne.

Comme la domination romaine en Sardaigne est Une de Rcflenon »ur celles dont la dtnêe y a été le>plus longue , il sera peut-être dTfî.'mTu.T. bon d examinfr quelle sorte d’influence elle a du exercer sur l’He èt sur ses habitants. Nous pouvons nous figùrer en qucl'ëtat devait être ce pays sous le régime des Carthaginois^ quoique ceux-ci eussent bcaucoup.adouci dans la suite leur système tyrannique. Je' pfense donc que les Romains.ne trouvèrent dans la' plaine., qui était la paTlie la plus cultivée , qu’un peuple abruti par la domination punique, et par conséquent pauvre et peu nombreux. Les montagnards, de leur côté , menaient dans leurs antres et leurs rochers une vie oisive et inquiète, que pouvait rendre seulement supportable le prix qu’ils mettaient à lqur indépendance. D’après ce tableau, il est facile de supposer que Suri des Sarde» le sort des Sardes, en général, n’était nullement digne Romain», d’envie , et que leur .pays était alors bien loin de cet état de prospérité auquel ilpawint dans la suite.'-

La république romaine, qui tenait à conserver la Sardaigne, et qui connaissait trop bien scs véritables intérêts pour ne pas. y encourager l’agripUlture , suivit , dès la première époque delà possession de Pile , un système opposé • • • *

• (i) Fil* , De rebut -tardais , lib. i , p. •jo. . ■ • •

. (2) \ oyez Administration religieuse, lis iv, ch, 6.

a celui de». Carthaginois Pendant long-temps ellé put A ■ * • * ‘peine se considérer comme maîtresse du littoral et ■ des in- plaines qui en sont yoisines. Nous avons vu quels efforts dapautau «. ejje ^ faire pour .réduire à l’obéissance ces fiers montagnards , qui , toujours battus et jamais domptés , ont con- • stamment bravé ses légions , et menacé la sûreté dés établissements ruraux placés sous la protection des armes

romaines. . ■

On peut dire à propos dp ces peuples ce que Tacite dit en parlant des Bretons : Jam domiti ut pareant, nondum ut ferviant (1), H paraît cependant qu’en dépit do toutes ces’guerres intestines , la Sardaigne prospéra bientôt sous les Romains, puisque, dès l'avant-dernière année de la seçonde guerre punique, on dut bâtir de nou-. Froment tîrd de veaux magasins pour y recevoir les grains dnl’île, et que , v !LSRomjRiM.par l’année suivante , le froment dp Sicile et de Sardaigne , à cause de son abondance, tomba à un prix si }>as que l’on se vit contraint de le livrer aux trafiquants pour le spul prix du transport. Sous le régne des empereurs , cette dernière île ne fut pas moins féconde. ? •

Il serait superflu d’en rappeler les, nombreux témoignages ; je me permettrai seulement de citer ici un passage de Prudence, qui, vivant sous l’emperéur Théodose, noys fait voir que, de son temps encore, la quantité des pro- . duits de la Sardaigne n’était diminuée en rien , et que lés blés apportés de cette province faisaient crouler les greniers de Jlome (2). Le débouché principal de ses récoltes fut ordinairement dirige vers Rome , jusqu'au temps de l'invasion des Vandales, Salvien , qui écrivait vers le cin-

(i) T agit. in v vit : Abricot, exitt.

(a) Nec data. 'Vt/a frttit , romana ncc horrea rutnpat

• Sardorum contesta uehens grannria elassis. *. • V

* (Prod. in Syyiuaaçh:,..) ^

CIIAP. II. — HUMAINS.. K B5

quièmc siècle de noire ère, présente .l'occupation de la Sicile et de la Sardaigne comme un grand malheur pour cette capitale (1). , «, >

Le P. Gemelli, qui a écrit longuement sur Vagriculture Km a. rMri: de la Sardaigne, croit prouver que, sous le> Homains , mtoTpo^oc." * cette île était non seulement plus peuplée, mais aussi que le mode de culture de cette époque était infiniment supérieur à celui qui y est aujourd'hui en usage, Je sortirais de mon sujet si je m’étendais sur itne pareille matière;. ; • renvoyant donc le lecteur au chapitre qui traitera de l’agriculture sarde , je ferai observer avec cet auteur quo les produits des cantons agricoles de la Sardaigne non seulement suffisaient aux besoins de leurs cultivateur^ et aux approvisionnements de la république, mais encore . . qu'ils nourrissaient une grande partie des peuplades des motttagnes, qui préféraient profiter du travail de leurs voisins, plutôt que de labourer péniblement la terre, quoiqu’une partie de leur territoire fût très propre à la culture. . ' ■*',

Les préteurs, dont les attributions, sont assez connues, d« prêteur*, étaient nommés chaque année à l'époque de la création des nouveaux consuls, et dépendaient directement du sénat. Auguste fit une division par laquelle il donna an sénat toutes les provinces qui ttaient en paix, réservant pour . l'emperCur celles qui étaient eu insurrection, attaquées ou convoitées par l'ennemi. Dans cette répartition , la Sar- . ■ ' daigne échut au sénat. Les- empereurs s,’emparèrent ensuite do tout le pouvoir, et disposèrent du gouvernement des provinces àdeur fantaisie. Ils envoyèrent d’abord des procureurs ou légats,, et ensuite des présidents^ ( pree- twdenn mA s ides ) où préfets { preefeeft) , avec des pouvoirs trèsrrtfcu' ,

i fi) Evtrsis Sardinia ae Sicilia , id est fiscalibus ftorreis abscisses , relut vitaliùus venu. Salv. ( üe ver. judtv. et prnvid. Uei, lib. 6.)

fer

2t; I.IVRE I. — APERtjC lllSTOIUt.il E. '

I.,cu .le leur étendus. Ou no sait rien de positif sur lo lieu où tes peur^idcoce. sonnages résidaient lorsque la Corse et ,1a Sardaigne étaient gouvernées par un même préteur. Je penserais cependant que» la ville de Karalisfut toujours la capitalo de la Sardaiobe et la principale résidence des préteurs (1.)» üimn wuj i» Les trois grandes îles de la Méditerranée , sous la domination romaine, payaient leurs impôts en nature et non ei) argent : la Sardaigne et la Sicile fôumissaient leur con- . ihjgcnt enfroment, et la Corse en cire. Quant à la quotité du tribut, il y a tout lieu de croire que la Sardaigne . était traitée comme la Sicile, qui donnait le dixième du produit (2) , ce qui la faisait nommer provinciu decumana . '• "> • v- ' I

Roules tous les Le soin que le gouvernement mit à établir et à entretenir des moyens de correspondance doit avoir fortement contribué à la prospérité de la Sardaigne sous les Romains : il suffit de jeter un coup d’œil sur Y Itinéraire cCsintonin pour voir, combien de routes unissaient réci- ■ . proquemént les différente^ populations de la Sardaigne. Des pierres railliaires , que l’on découvre journellement , ainsi que plusieurs débris de voies romaines , que l’on y voit^ncore, surtout dans (a partie centrale de l’île, Viennent à l’appui du récit des historiens (3). . •

Keuruiüïtr. J'ajouterai que ces routes . fournissant aux Romains la facilité de faire mouvoir leurs troupes, durent les mettre . à même de tenir en respect les Sardes indépendants. •

Antm momi- Ces derniers dominateurs de la Sardaigne l’ornèrent de monuments publics , parmi lesquels figurent à juste titre

(r) Los personnes qui désireront connaître plus amplement ce qui regarde les préteurs et les préfets romains en Sa rd, aigue pourront recourir à l’ouvrage de AI. le baron Manno (S) CVNM.ll , Hrfinrimentu délia Qardeena , t. I, |i. 17.

(5) 'V oyti l’atlas et le texte de la seconde partie de cet ouvrage.

CHAP. 11! ROMAINS. * • '3 fi

de nombreux et très beaux aqueducs : en examinant les ruines des villes existantes à cette époque, on rencontre • • dans la plupart des Pestes d’arcades qui servaient à conduire les eaux; on distingue surtout celles de la capitale, de Nora , de Turis Libissonis , de Sulcis , do Cornus , de • ' Tharros, d’Qlbia , de Neapolis , etc., etc.; il n’est pas rare d’y rencontrer des cirques, des théâtres et d’autres monuments de ce genre qui datent du temps des Romains; enfin , tout atteste qu’à cette époque 1a population de l’île était bien plus considérable qu’elle ne l’est aujourd’hui , et qu’elle jouissait d’une aisance qui s’étendait mémo aux -.wiplades de l'intérieur, .* '*,**-.

•> * "'Vv* ”

’ CHAPITRE m.

Décadence de l’empire. — Vandales. — Goths. — - Empereurs d’orient. — Sarrasins. — « Génois et Pisans. — Juges.

, S« l'union de Ja Sardaigne à pn vaste èmpice a pu ( ht porter aù degré de prospérité que nous venons d’indi-

; • quer, elle vit. en fort peu de temps sa richesse et sa tran-. quillité s evanpuir à la chute du grand colosse de Rome. Dfçj-ionctf a« La décadence delà métropole entraîna, comme de raison , r *' . celle des colonies et des provinces lointaines; et l’îlc,

tombée sous la domination mal affermie des empereurs . d 'Orient , ne fut pas plus exempte que tant d'autres con- . Vamiiies entrées des sanglantes excursions des Vandales, qui parais- . ' sent y être arrives d Alnque, pour la première lois, Vers

l’an 427. \ ’ . ’ .

Geuséric,, roii de ces Barbares, envahit Ja Sardaigne vers l’an 456, «’est-ô-diré après lit mort de l’empereur Valentinien III ^ qui eut lieu en 455; il fut aussi maître lia pt.ief.ii, de Ja Sicile çt de plusieurs autres îles (l J. Il en jouit jusque Marccii.n8, "4 tS. vers I*an 468 , époque à laquelle il fut totalement défait par Marcellin , ‘général de l’empereur Léon., .

Seconde cap*. , U uc seconde expédition de Vandales eut lieu en 471 ; j.ies, 4/ i. a* ils paraissent avoir dominé dans cette île plusieurs années.

(i) Poil mnrtem ejus ( V nlcntinian^) , ,<» cnscricus tolius Africaambitum oblmuit , ntenon' etinsulns maximas , Sqrdimam . &-

liant et CnrsiAtm, Mfljorcam , ■ Minorcam et alias mallas

(Verrou Yrçinj.’.Ztr ptrsccutx Vandfll lib. i.) '.

CBÏf,. m.'V-'CflBIÏ DE t' EMPIRE. 9?

puisqi* après J* mortde-Gèttsërie; en 497, l’île fiit Sbo- 477-W mise à*a$to’fils üamric. 1 '■*<*;’

ÎM domination de ces étrangers , qui fat poar la Sardaigne une époquede ravages çt de malheurs , finit avec le règne'de Gelimer. Bélisaire, général-de Justinien , vainquit ce. dernier -roi et la. fit rentrer sons le ‘ sceptre, de6 einpereiMn'^’PrioftV , >-.# ••* t iftéifa: > ,■ i'\ >

Tolilà, ttveç ses GQihs,sernparftde la Sardaigne, que G.tH»<-«.Sark fameux Narsès reprit vers l’Eta. 552,' Ce général , ayant délivré Tltalie du.joag des Barbares, fenvoÿa dans l’île dés *” . x . troupes et uogoûvernteur pour y commandera» nom dé "

Justinien. Ce gouverneur, qài eut le titre de préfet’, dé- Sa rtiaigqç rmipendait directement du préteur d’Afrique ; la Sardaigne^. pnmbw» fut alors unie aa gouvèrncment de ce dernier. pays; ainsi "T’ 4 que l’île de Corse , comme on peut le voir dans le Code de r, tfèi 3o(t). : f/ • -•

, L’histoire de k Sardaigne depuis cette-époqflie jusqu'à |fc^V*7'on l’an 594 n’bffire rien de remarquable , si ee n’est la con- dHwpiton, c,M versjoh d’Hospïton',-. chef des Barbaricini, peuplés ido- '

lâtres , qute plusieurs auteurs croient être descendus de ces Jiiense$>(2) que noùs avons vus ttaüjours révoltés. contre les Carthâginois et lèsRomains. ■ ■ . .* ■" ^ * f*

Il paraît qu'ils habitaient les montagnes connues de nés jours, soiis le nom de Baii>agie.~Leur conversion sous le pontificat de saint Grégofre, qui, à cette occasion; écrivît plusieurs lettres, dont une’ à Hospitonyqta’jl qualifie de dux Barbanànonitn , ét une autre à Zabard , général ou gouverneur de l’îfe^'Ce dernier était drpiuis quelque temps en gperré avec ces‘ peuples;' lés ayant vaincus , il ne voulut entendre parler d’aucune condition , * . •’

(1) L’on y voir routes set attributions, ses offices, etc^

(s) Voyez p. 6, liv. i”, chtp. i**, art. Libyens , et p.n du chap. i, art. Carthaginois, - ;•>

ÏO tlV»B I. AJ'BftÇU UHT0UIQ08.

a moins qu'ils ne consentissent d'abord à renoncer à l'ido- .kîtrie et à embrasser la religion chrétienne. Hospiton , leur chef, finit par accepter ces propositions,' et son exemple fut bientôt suivi par tout son peuple. Cette conversion n'empêcha pas plusieurs usages païens d'exister encore bien long-temps après, -ce qui donna lieu à une autre lettre du. même pontife, dans laquelle il s'eu plaint amèrement à Janvier, archevêque de Cagliari (1). Saint Grégoire n’eut probablement pas la satisfaction de voir ses injonctions exécutées, puisque l’on trouve encore parmi les montagnards sardes, et précisément dans les mêmes cantons, des traits de ces usagos, qui, à la vérité, commencent à tomber en désuétude. - V •

Les Sarrasins , si connus par leürs incursions dévastatrices, commençaient à se rendre redoutables à tous les

peuples de l’Italie méridionale, lorsque,) en 7Q9, puis en 71 1 , ils abordèrent en Sardaigne. Après avoir passé I *' au (il de l'épée la garnison grecque (2), ils pillèrent les églises, les tombeaux et autres monuments religieux. 11 ne paraît point qu’ils soient devenus maîtres absolus de l’île ; lu iVmparnu ils s'emparèrent de plusieurs points, surtout vers la côté Jtoui ; . dr Plie. méridionale, dont ilsétaicnt également maîtres en 722. Ils s’emparèrent également du corps de saint Augustin , que Luilprand, roi des Lomhards , racheta et fit transportera Pavie , où il fit élever én son honnehf une église magni- 'i fique. L'insouciance, ou plutôt l'impuissance des empereurs d 'Orient, laissa la Sardaigne à la merci de ces féroces musulmans, qui l'qfiaquèrent à différentes reprises.

Éi»t .w h Alors-, trop faible pour résister, cette île dut subir le

chigne à ,c<*e-

Sportif, * . » \ . * , .. * . ■' . . * .

Sufrnias

(r): y oyet pour ces lettres, outre • MurUlari , Fara, Dr rebut .tardais, lib. p. 118 et suiv. ; Casbiaci, Storia di Sarde fna, lib. 111., p. 48 et suiv. ; et Azum, vol. 1, p. ioâ, hôte a.

(u) y oyez Sicokius , De re J;. M., lib. m, an. J-io ad yai.-

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