‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 91 sur 193 · C11AP. VI. — COURSES · texte numérisé non relu

C11AP. VI. — COURSES

On pense bien qu aimant passionnément la chasse et les Counn. chevaux , les Sardes doivent également prendre beaucoup

1 de plaisir à l’exercice de la course ; aussi à toutes les fêtes, n'importe leur nature, y a-t-il une course dé chevaux, qui naturellement attire un grand nombre de spectateurs.

„ Avant de parler de ces eourses , nous décrirons celle qui a lieu à Cagliari , et qui en est très différente.

La course de Cagliari, dite de Saint-Michel , dont on c.mn« trouvera une représentation dans notre planche VIII, a lieu dans le carnaval pendant l’après-dînée , c’est-à-dire de trois à cinq heures du soir : elle ne consiste pas à obtenir un prix au cheval ou au cavalier qui arrive le premier au bout de la carrière , puisqu’il n’y a pas de prix 5 le principal mérite de ceux qui partent simultanément est au contraire d’arriver ensemble et en bon ordre. •

La rue de Saint-Michel, où a lieu cette course, a 240 mètres de longueur, à peu près en ligne droite , à partir du perron de l’église de ce nom , où est le point de départ de la course , pour arriver à la petite place de Sainte-Claire , où elle finit ; mais cette carrière est formée de deux pentes, dont une, descendante, assez rapide, occupe la moitié (1), l’autre a une ascension plus douce. La rue forme un dos 4’âne, pavé en cailloux de grosseur inégale ; elle a environ 6 mètres de largeur, à partir d’une rigole latérale à l’autre.

. La course se fait par quadrilles de gens toujours masqués, dont le mérite, ou plutôt la sûreté personnelle, dépend de la force ou de la dextérité du cavalier à se tenir en selle et de la bonté du cheval. Les coureurs , au nombre de trois et jusqu’à six par quadrille, se tenant embrassé* les uns les autres sur une même ligne, doivent partir ainsi à la grande course ,.cl arriver à l'autre bout de la rue sans

(1) Voyez PI. VIII, le profil cl le plan de la rue.

252 LIVRK III. — POPULATION.

avoir ralenti leur vélocité ni s’être écartés de leur position respective. Plusieurs quadrilles se succèdent ainsi et reviennent par d’autres rues au point de départ , pour . recommencer de nouveau jusqu’à la nuit. Comme le peuple s’intéresse beaucoup à ce spectacle , et qu’il encombre la rue , des tambours placés de distance en distance l’avertissent par des roulements successifs du départ des cavaliers: les spectateurs alors se rangent d’eux-mêmes pour le passage des coureurs, qu’ils animent par des gestes , des cris ou des applaudissements.

Cette rue, ordinairement déserte, offre en cette circonstance le spectacle le plus bruyant et le plus animé iles fenêtres et les terrasses des toits, ornées de tapis , fourmillent de spectateurs et surtout de dames; tous prennent une vive part aux difficultés surmontées par les cavaliers et à leurs dangers , qu’ils partagent en quelque sorte , car, sans parler des spectateurs de la rue , qui sont exposés aux plus graves accidents, ceux des fenêtres ne sont pas exempts de recevoir quelquefois les fers des chevaux ; on en a vu arriver au second et au troisième étage des maisons avec une violence incroyable , tant ils étaient lancés avec force par les chevaux partis au grand galop sur ce pavé courbe, et fortement incliné. Un pareil spectacle, qui n’est réellement animé que dans les derniers jours du carnaval , fait sur les étrangers qui y assistent pour la première fois une impression de terreur : quoiqu’il offre actuellement moins de danger qu’il n’y en avait avant qu’on régularisât la pente de la rue , il est vrai de dire que si l'ancienne irrégularité du terrain , l’état de l’ancien pavé et l’existence d’une cunette transversale , qui partageait jadis la rue dans la moitié de sa longueur, étaient autrefois les causes principales d’accidents les plus déplorables, la 'forme actuelle du nouveau pavé en dos d’âne rend l’union des coureurs beaucoup Y>lus difficile : cette diffi-

Page 1