CUAP. VI. *— COURSES DE CAGLIARI
culte augmente en raison du nombre des cavaliers composant chaque quadrille. On peut dire en deux mots que si le danger personnel des cavaliers a diminué , celui des spectateurs a augmenté. Cette course a beaucoup perdu depuis le dépérissement de la race des chevaux dans l’ile ; car on sent bien qu’on ne se livre pas aux dangers d’un semblable exercice sans être sûr de sa monture. Il faut croire qu’en donnant de nouveaux soins à la propagation du cheval sarde, on rendra son ancienne vigueur à la course en question , qui influe plus qu’on ne le pense sur la dextérité et la hardiesse des jeunes gens à monter Un cheval , et sur la manière de le nourrir et do le traiter.
La plus belle course de Saint-Michel à laquelle j’aie assisté depuis que je fréquente la Sardaigne eut lieu en mai 1829, par-devant S. M. le roi actuel : on vit alors plusieurs quadrilles de cinq et même six cavaliers se succéder les uns aux autres ; les gens âgés y reconnurent les courses de leur jeunesse y il n’y en eut plus de semblable depuis.
M. Mamelli fait remarquer qu’en Sardaigne les courses Courte du de village offrent une certaine ressemblance avec celles ,‘u>ge> de l’ancienne Grèce , sauf cette différence cependant , que dans cette île les juments ne sont pas admises à courir. -
Ces courses se fout ordinairement tous les ans dans phaque village à deux époques fixes ; les chevaux qui doivent courir sont divisés en deux classes , celle des chevaux et celle des poulains. Ces derniers parcourent une carrière de moitié plus courte que celle des autres. La longueur de la course à fournir varie considérablement selon les cantons ; elle est quelquefois de quatre à cinq milles, distance qui très souvent est franchie en moins d’un quart d’heure. -•
Les chevaux de course , nommés corridori , sont géné- chri^ni ^ râlement choisis parmi les mieux faits et .ceux qui mon-'0"™1* trent le plus de feu 5 on les nourrit avec plus de soin que
25i LIVRE ni. — POPULATION'.’ *
les autres chef au* et d’une manière différente. Quand iU ■courent , ils ne peuvent être morités que par des jeunes gens de dix à quinze ans : ceux-ci n’ont ni selle ni étriers ;
• ils ont des éperons à leurs souliers , et dans chaque miffn une cravache ou un bâton à gros bout, dont quelquefois
• ils se -sanglent mutuellement des coups très violents lorsqu’ils peuvent passer l’un près de l’autre. Le cheval qui , ayant désarçonné son cavalier, arrive le premier au but , est néanmoins déclaré vainqueur.
Les prix consistent presque toujours en un ou deux ta coupons de drap tou de velours , qui sont promenés plu-
sieurs fois en pompe avant la fête , et qui sont exposés ensuite , au moment du la course , dans Un lieu élevé , de manière à être vus des spectateurs (1).
Autres cours*.. Indépendamment de ces courses, qui sontles plus générales, il s’en fait aussi d’un autre genre souvent les paysans se réunissent et se proposent un défi avec leurs propres chevaux ; ils choisissent communément pour carrière un chemin difficile et très rocailleux. Un des grands mérites, dans ces sortes de courses, est de tenir le fusil absolument immobile , la crosse sous l’aisselle', le bout du canon en avant et un peu incliné vers la terre ; le paysan qui , dans les environs de Tempio et d’Orgosolo, s’éloigne le moins de cette frègle, est regardé comme le plus adroit.
En général , les Sardes renversent leur corps en arrière quand, ils courent à cheval ; leur tète touche presque la croupe , et ils tirent si fort les rênes qu’ils gâteraient entièrement la bouche de leur cheval , s’il était bridé a notre manière -(2). ' .
Au nombre des tours de forcé que j’ai vu exécuter jiar les cavaliers sardes , je ne dois pas oublier celui du portc-
(t) Voyez PI. IV, cés prix- placés sur le toit «le l’églifc. .
(1) Voyez livre V, art. Cheval.
Diqitized byJL.oogle
CHAP. VI. -r- CHEVAL A RECULONS. 255
bannière à la procession du patron dans quelques villages.
Comme il doit toujours précéder la statue du saint , il faut , pour ne pas être irrévérent, qu’il fasse marcher son «cheval à reculons pendant tout le temps.de la cérémonie, et qu'il parcoure ainsi un espace de chemin considérable en conservant celte allure singulière (1).
Parmi les exercices remarquables des Sardes , je citerai Luit* Je une lutte à coups de pieds, qui est réellement d’un genre original. Elle est usitée parmi les campagnards de la Sardaigne méridionale , et principalement dans les villages de Quartu et de Sclargius (2). , , • y
Voici la description qu’en a donnée M. Mamelli , et que j’ai trouvée très exacte :
« Chausses de leurs borzechinos de cuir (3) , les deux « lutteurs s’appuient chacun sur les épaules (4) de deux « autres jeunes gens qui leur servent de parrains ^ clevant « un de leurs pieds, ils commencent à lancer des coups « dans l'air, puis ils se battent en accompagnant les mou- « vements de leurs pieds et les coups qu’ils se portent de «• l'exclamation an! (5); ils la répètent d’un ton tantôt « plus faible, tantôt plus fort, et se battent jusqu'à ce qpe « la lassitude ou la douleur des coups reçus, et même « souvent la rupture de la jambe , contraigne un des deux « champions à s’avouer vaincu : souvent , fatigués de sç
(i) Voyez PL IV.
(a) f'nyez également Pl. IV.
(5) Bien souvent ils n’ont que la carza de furesi.
(4) B? ne s’appuient pas toujours sur les épaules de leurs parrains ; mais ceux-ci soutiennent quelquefois le lutteur en croisant leurs bras et en entrelaçant leurs doigts avec le; siens, ainsi qu'on le voit dans la PL IV.
(5) Ils rendent exactement le même son que l’on entend ordinairement dans les salles d’armes.
Dame.
Ballo tonJo.
« battre du pied droit , les deux antagonistes rccommen- ■ cept la lutte avec le pied gaucheQ). »
Je n’ai pas été plus heureux que M. Mamelli dans mes recherches pour retrouver cet usage chez quelque peuple r ancien ; il est d'ailleurs assez rare, et commence même à tomber en désuétude.
Les Sardes ont diverses sortes de danses , mais la vraie danse nationale est celle qu’on nomme dans le pays ballo tondo(2). ' ■ ,
Elle s’exécute par des personnes des deux sexes qui, Se tenant par la main , forment un cercle autour des musiciens. Quoique cette danse paraisse, au premier coup d’oeil , très simple et très facile , elle n’en, offre pas moins des difficultés à ceux qui ne l’ont pas apprise dès leur enfance ; les étrangers, qui n’y voient d’abord qu’une simple ronde, croient pouvoir y prendre part, mais ils sont bientôt forcés de se retirer s’ils ne veulent amuser la compagnie à leurs dépens , et même faire manquer le divertissement; car un seul danseur qui n’observe pas la mesure et la cadence suffit pour tout déranger. ,
, Les difficultés dont il s’agit consistent non seulement dans la manière de former le pas , mais encore dans celle d’effectuer divers mouvements du corps , et certaines secousses de bras et de mains données en cadencç de bas en haut.
Rien n’égale la gravité avec laquelle les Sardes méridionaux exécutent cette danse : on dirait souvent qu’ils n’y prennent aucun plaisir; c’est pourtant le contraire, puisque dans tous les villages du Campidano les jeunes gens se cotisent pour salarier un joueur de flûte , afin de danser le dimanche.
(1) Mamelli , Caria de Loffu, note 83.
(2) PI. V de l’atlas.