‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 93 sur 193 · CHAP. VI. DANSE · texte numérisé non relu

CHAP. VI. DANSE

La danse , dans les parties centrales et septentrionales de la Sardaigne, est beaucoup plus animée; on l’égaie souvent par des sauts et des gambades qtie font les plus agiles danseurs, et surtout par des- cris de joie que l’on pousse de temps en temps.

Dans les cantons du cap méridional, on danse ordinairement au son de la launedda , et quelquefois à celui du fifre et du tambourin : ce dernier accompagnement est plus en usage dans l’intérieur de l'ile, tandis que la lau-. nedda peut être regardée comme l’instrument particulier des Campidanais et des habitants de la Sardaigne méridionale.

Ceux de la partie opposée règlent au contraire leur cadence au son de la voix humaine, et dansent autour d’un chœur de chanteurs (1).

La manière dont les danseurs et les danseuses se tiennent par la main est d’une telle importance qu’une simplp transgression des règles établies à cet égard a bien- souvent occasionné les querelles les plus sanglantes. Les personnes mariées ou engagées par promesses de mariage peuvent placer leurs mains paume contre paume, et entrelacer leurs doigts; mais malheur à l’homme qui en agirait ainsi ayec une fille qu'il ne serait pas disposé à épou-

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danse.

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ser, ou avec la femme d’autrui !

Les auteurs sardes qui ont parlé du ballo tondo le considèrent comme la danse des anciens Grecs; je ne saurais entrer dans une senjblablc discussion , qui m’entraînerait trop loin ; je ferai seulement remarquer qu’il offre réellement des rapprochements assez curieux avec la description -qu’Homère et d’autres auteurs font d.es 'danses de lèur

(i) PL V. On sait que cet h sape était déjà connu dès le temps d’Homère., - ' * • " -

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temps , etqu’il correspond même avec celle qui est actuellement en usage chez les Grecs modernes.

La launedda , dont nous venons de faire mention comme d’un instrument principalement en usage chez les Sardes du Campidano, est encore un monument de la plus haute antiquité , qui a survécu en Sardaigne à toutes les révolutions que ce pays a. éprouvées depuis la domination romaine jusqu’à nos jours, '

Cet instrument, représenté dans la scène de la noce (1), est composé de deux* souvent do trois, et mèrrte quelquefois de quatre roseaux de longueur et de grosseur differentes, et percés de plusieurs trous comme les flùlès ordinaires. Le musicien les place tous à la bouche , et en joue en même temps.

Chaque roseau est muni d’une anche dans le genre de celle des hautbois modernes, mais bien plus grossièrement faite , et dont les parties sont jointes avec de la cire. Quand cet instrument a trois tuyaux , deux sont à peu près égaux, mais le troisième, qui est toujours placé iï l’un des côtés extérieurs , varie considérablement en longueur et en grosseur; il n’a qu’un trou , et remplit constamment l'emploi de la basse. Les autres tuyaux exécutent des airs d’accompagnement , premier, second, etc.

Le son de la launedda paraît d’abord étrange et sauvage, mais l’oreille finit par s’y accoutumer, et y trouve même une harmonie toute particulière. • * v,v

L’orgue est l’instrument auquel on peut comparer ta launedda pour l’effet du son , avec cette différence que l'orgue, ainsi que la cornemuse , a toujours dans les finales quelque chose de traînant, qui est peu harmonieux, et qui lie se trouve pas dans la launedda.

(i) Voyez Pi VI,. les deux joueurs qui précèdent les époux • /

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