‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 94 sur 193 · CD AP. VI. — LAUNEDDA · texte numérisé non relu

CD AP. VI. — LAUNEDDA

Les airs exécutés par ces instruments sont généralement des pastorales que l’on joue dans les églises pendant l’office divin, aux processions et même dans les fêtes profanes ; la danse. à des airs qui lui sont propres.

Les ménétrieri sardes sont ordinairement victimes de leur profession : elle les fatigne beaucoup , et même les épuise. J’en ai vu qui jouaient pendant deux heures entières sans ôter un seul instant les chalumeaux de leur bouche. On conçoit que do semblables tours de force ne peuvent se renouveler' souvent sans causer un grand préjudice à la santé. Des innovations commencent déjà à s’introduire dans ces instruments : il y a maintenant des joueurs de launedda qui , tout en conservant les trois et même les quatre tuyaux, se sont fait une embouchure commune à tous ces tubes , ce qui leur épargne un gonflement de joue superflu , et rend l’usage de l’instrument plus facile. ■

Quoique je ne partage pas l’opinion de quelques au- * teurs sardes qui ont cru reconnaître la flûte de Pan dans ‘ la launedda (1), je ne balance pas cependant à regarder cet instrument comme les véritables tibiœ pares et impures des anciens, ou , si l’on veut , comme leurs tibiœ dex-

trœ et tibiœ sinistrœ.

Ces flûtes, comme celles des Sardes, étaient faites avec des roseaux ; celles de droite étaient formées avec la partie supérieure , et celles de gauche avec la partie inférieure du chalumeau , do façon que les premières donnaient un son plus aigu que les autres, la tige du roseau étant toujours plus grosse vers la racine. La distinction de pares ou un-

Origine <Jcc

usl i uiii'-irt .

(i) J’ai cherché en vain à connaître l'origine dç ce nom : les étymologies données jnsq\i 'à. présent par les écrivains sardes né me semblent pas admissibles.

pares venait du la quantité paire ou impaii'e des trous de iliaque flûje (1). ' .

. Les launeddas des Sardes n’ayant, depuis tant de siècles,

subi que de légères modifications, il serait curieux de sa-» voir si l’airque l’on joue actuellement dans l’ile avec cet instrument. est encore le meme que les musiciens romains tiraient de leurs tibiie? , , •

.Niuiqua vocale. Les Sardes , et surtout ceux de la partie septentrionale de l’île , ont beaucoup de goût pour la musique vocale exécutée en chœur : celle-ci a un caractère tellement par-; ticulier que nous ne pourrons en donner qu’une idée bien imparfaite. „ •

, Lorsque trois ou quatre jeunes gens se réunissent pour

chanter, quelques uns seulement prononcent les mots de la chanson, les autres ne font que les accompagner en voix de basse-taille avec des sons inarticulés tirés de la gbrge : plus il y a de chanteurs, plus le nombre des basses augmente; on les voit alors tordre la bouche dans tous lçs sens et moduler leur voix à l’aide des mains , pour • • rendre chacun un bruit différent (2).

Les étrangers ont bien de la peine à se faire à cette musique bizarre; les gens du peuple au contraire y prennent •• beaucoup de plaisir : j’ai entendu quelques accords passables qui m’ont rappelé assez bien la musique vocale des Cosaques; mais, je dois l’avouer, cette musique sera tou-, jours détestable pour des oreille? italiennes. Les jeunes gens exécutent des symphonies semblables sous lescroisées de leurs belles.

Guii.ii". Dans les environs de Tempio, on fait* également de jà

fi] Voyez .la description exacte des libiœ faite par Foxcellisi , dans son excellent hexicnn lalinilalis , art. Tibia.

(2) Voybzic groftpe de chanteurs de la P/. V.

C1IAP. VI. — GUITARE.». .

musique avec une guitare : celle-ci .sert il accompagnement aux improvisations quéles jeunes gens île ce canton ont coutume de faire dans certaines circonstances (t). <

Celte guitare sç rapproche maintenant de la guitare francaisc ; elle a cependant conservé les cordes en métal des anciennes.' '

Les femmes de la Sardaigne méridionale jouent du tant- hiJ|J"lKmr ^ bour de basque pour danser en famille ; elles chantent également en chœur, d’une façon analogue à celle des hommes, mais leur musique n’a pas la même expression rude et sauvage. •' ’ • .

(i) yoyei ci-après G rtwtiiuilorgiu .

Page 1