‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 95 sur 193 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

, ' ** .. ... • • - * , Usages. .

Parmi les usages qu’on trouve chez les campagnards de

la Sardaigne , il y en a qui méritent d’être remarqués et qui paraissent remonter à la plus haute antiquité : nous ti-

, terons les suivants.

raniAun ou Lorsqu'un berger a éprouvé des pertes et qu’il veut remonter son troupeau, l’usage l’autorise à faire oc que l’on jnomme la ponidura ou paradura. C’est une véritable quête de bétail que cet homme fait dans son canton , et même dans les cantons voisins. Chaque berger lui donne au moins une jeune bête , de sorte qu’il a bientôt un troupeau d’une, certaine valeur, sans contracter d’autre obti- ■ galion que celle de, rendre le même service à quiconque pourra venir Je réclamer de lui.

, Cet usage, qui parait être très ancien, et qui semble se rattacher aux premiers temps de la vie pastorale , était sans doute très louable .dans son principe; mais de nos joui-s il a dégénéré od abus, et il n’a réellement d’autre résultat que d’encourager la fainéantise et la négligence. La plupart des propriétaires de bétail s’en plaignent beaucoup , le désapprouvent et désirent qu’il soit aboli.

Graminatorgiu. Lorsque dans la province de Gallnra on vient d’achever ' • . la tonte, et qu’on se dispose à épluchct lâ laine brute . . on fait ce travail en commun par le moyen d’une invitation aux parents, aux Voisins et-aUx amis convoqués à ce.teffet : les femmes, et’ surtout les jeunes filles, y iptervien-

CÜAP. VI|- — GRAMINATORGip. 2Ç3

nent ep nombre ; souvent elles sont richement costumées ; elles s'asseyent en cercle, et les hommes se placent à volonté en dehors, ou rôdent autour d'elles. Pendant le travail, qui dure plusieurs heures, ce n’est que chants ou succession de strophes chantées au son d’une guitare àcordes métalliques.

Ces strophes sont quelquefois improvisées, et il s’établit entre- les individus des deux sexes des dialogues inspires et rimés au sujet d’une fleur offerte et souvent refusée , d’une déclaration, etc., etc. Ce passe-temps, auquel prennent une part plus ou moins active toutes les personnes de la réunion, charme ainsi l'ennui du travail des mains, qui d’objet principal finit par devenir secondaire ; et lorsqu’il n’y a plus de laine à éplucher, on rompt le cercle et on se met à danser pendant des heures entières.

On donne à cette réunion le nom de graminatorgiu , mot dérivé du verbe sarde graminare (éplucher, carder)»

C’est lé sujet de potre planche VIII.

Outre le compérage pour un enfant tenu au baptême c..m ou à la confirmation , il en existe en Sardaigne un troir- Sj"" sième qui n’a lieu que parmi les campagnards : on le nomme 1 & compérage de Saint-Jean. Les liens de ce compérage ne durent qu’un an ; ils ne répandent pas le moindre nuage dans les familles, et ils sont très respectés. Voici comment il a lieu en quelques cantons.

Peux personnes de sexe différent, et en général mariées, se choisissent réciproquement comme compère et commère de Saint -Jean; l'arrangement se conclut à peu près deux mois à l’avance. A la fin du mois de mai , la future commère prend un grand morceau d’écorce de liège , le, roule en forme de vase , le remplit de terre et y sème une grosse pincée de froment de la plus belle qualité. La terre étant arjosée de temps en temps et avec le plus grand soin, le froment germe rapidement, de sorte

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.qu’au bout d'une' vingtaine de jours on Voit une belle touffe , qui prend alors le nom d’erme ou de nenneri( I), Le jour de la Saint-Jean , le compère et la commère . •• prennent ce rase, et, accompagnés d’un cortège nom- * breux , s’acheminent vers une petite église des environs. Dès que l’on y est arrivé , un des deux jette le vase contré la porte : puis tout le monde mange ensemble une orner lette aux herbes ; ensuite chacun , plaçant ses mains sur celles de son voisin ou de sa voisine, répète en chantant â haute voix et à plusieurs reprises cesimots : Compère et commère de Saint-Jean ; on danse pendant plusieurs heures , et la fête est terminée.

Ffic de l’iier- En d’autres endroits , ù Ozieri par exemple , ce compé-

rage a lieu de la manière suivante : lé jour de la Fête- Dieu , qui tombe ordinairement vers la fin de mai , on plante du blé dans un muid de liège rempli de terre ; ce Blé doit être en pleine végétation pour la nuit qui précède la Saint-Jean, c’est-à-dire pour celle du 23 juin ; on garnit alors la fenêtre d’un tapis de soie, sur lequel on place le vâse eh question nommé errne ; ce vase, tout revêtu d’étoffes eit soie , est orné de rubans de toutes les couleurs, de petits pavillons et d'autres colifîchets; on y ajoute quelquefois une espèce de poupée habillée en femme; eu , d’autres Cantons, m’a-t-on assuré , cette poupée était remplacée par un simulacre fait en pâte de farine : c’est le même dont les anciens se servaient dans les fêtes d’Herrtès, mais l’autorité ecclésiastique a défendu ces simulacres et même les poupées. Le vase hermès , étant ordinairement préparé par les jeunes filles , la jeunesse mâle est naturellement attirée : on danSe pendant une partie de

(i) C’est ce qui a douné lieu à ce proverbe sarde : Voila un erme, un nenneri , lorsqu'on voit un champ semé inégalement, qui présente cà et là de trop grosses toüfies de froment. .

CHAI*. VU.' — HEltMfcS. '' 26 p

la nuit , puis on descend autour d’un grand leu de joie allnmé devant la porte de la maison , et ceux qui désirent devenir entre eux compère et commère de Saint-Jean , se tenant par la main droite d’un côté à l’autre du feu par le moyen d’un long bâtbn , dont ils empoignent chacun une extrémité , font avancer et reculer trois fois ce bâton, de manière que leur main droite passe ainsi trois fois sur le feu : ils sont alors compère- et commère de Saint- Jean. ' - '

Sans entrer ici en des détails qui ne sont pas du ressort de ce volume , nous ferons observer que Yerme ou nenneri de la Sardaigne rappelle d’une manière frappante les fameux jardins d' Adonis , fête également solsticiale, où l’on portait du blé semé dans un vase qu’ou jetait ensuite à la fin de la fête ; les Athéniens avaient également un vase où ils avaient semé du blé lorsqu’ils célébraient la fête de l’Hermès Æthonius ; la cérémonie de passer trois fois la main sur la llanimc est également un usage bien antique (1); en un-mot, celui dont nous avons parlé ci-dessus paraît se rattacher au culte de l’Adonis phénicien et à celui de l’Hermès hellénique ; ij a lieu le jour de la Saint-Jean’, par la seule raison que cette fête chrétienne tombe à l’époque où se célébrait la fête païenne ; il ne saurait, je pense, y avoir d’autres rapports.

. Un autre usage remarquable , qui n’a subi que de très ()cI^™lcr petites modifications, et qui date pour le moins de l’époque romaine r est celui qui ft lieu le premier jour de mai en quelques cantons de l’île ; voici comment cela se pratique à Ozicri et dans les environs,’ le jour en question : les hommes et les, femmes so réunissent, êe sont ordinaire-

(i) bile rappelle les ceremonies idolâtres des- rois de Juda, qu

faisaient passer leurs enfants par le fou.*/

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