‹ Voyage en Sardaigne (volume 2)Chapitre 97 sur 193 · CHAI’. VII. PREMIER JOUR DE MAI · texte numérisé non relu

CHAI’. VII. PREMIER JOUR DE MAI

personnalités, puisque le sort seul décide, et que le panier duquel l’enfant tire les gages est toujours couvert; cela fini, on se lève gaiement, et on commence les danses, qui durent toute la journée.

Lorsqu’un jeune paysan du Campidano, riche et pro- Marugc,. d»-

... * *“ * , rlI j, .. manda de k fille.

pnetaire , désire epouser une fille d un village voisin , d'une condition égale à la sienne , il tâche d’abord d’obtenir le consentement de son père ou de son tuteur ; celui, ci , après le lui avoir accordé , va tout seul chez les parents de la jeune fille , et leur annonce les intentions de soh fils ou de son pupille. Quelquefois il s’exprime en langage figuré : « Je viens, dit-il, chercher une génisse blanche « et d’une beauté parfaite que vous possédez , et qui pour- « rail faire la gloire de mon troupeau efila consolation de « mes vieux ans.» t • . . ' .

Les hôtes , qui comprennent ce dont il s’agit , réponsdent dans le même style , et il s’établit entre eux un dialogue extrêmement bizarre. Feignant. assez souvent de ne pas hicn saisir l’objet do la proposition , les parents de la fille vont chercher tour à tour leurs enfants, qu’ils présentent l’un après l’autre à l’étranger, en lui disant.:

« Est-ce là ce que vous venez demander ? » Enfin , après avoir eu l’air de chercher long-temps ce que le messager désire, ils reviennent amenant comme par force la jeune fille. Alors l’étranger se lève de son siège, et, frappant des mains, il s’écrie.: « C’est ce que je souhaite, »

Si la demande est favorablement accueillie, on règle sur-le-champ les affaires d'intérêt; on fixe même la valeur des cadeaux réciproques et le jour auquel on en fera l'échange. Ces cadeaux s’appellent scgnali ■ (signes , gages).

Le jour des échanges arrivé , le père ou le tuteur de Éaungc

’ ... | . » - j n cadeau».

1 epoux , ainsi que plusieurs de ses parents çt de ses amis , qui, dans cette circonstance', portent Jenom de paraljrm-

phos . (1), vont en grande pompe à la maison de la future, où l'on a eu soin de fermer la porte.

Ce n'est ordinairement qu’après les avoir laissés f rapper à la porte à plusieurs reprises, et lorsqu’ils feignent de s’impatienter, que , de l’intérieur de la maison , on commence à leur répondre. On leur demande ce qu’ils veulent et ce qu’ils apportent : honneur et vertu, s’écrient ■ les paranymphes. A ces mots* la porte s'ouvre, et le maître de la maison , qui fait semblant de s'être caché et d'ignorer qu’on les ait fait attendre , va au-devant d’eux , ' les accueille avec cordialité, et les introduit dans la chambre de réception , où toute la famille , en habits de fêle , se trouve rassemblée.

C’est alors que se font les échanges dos présents : le père de l’époux remet les siens et reçoit des mains de la future ceux qui sont destines à son fils ; chaque paranymphe donne également celui qu’il a apporté; l’épouse lui offre en échange un petit catleau. Ensuite on sert un repas , ou même de simples rafraîchissements , puis la compagnie se sépwB.

Le mariage ne suit pas toujours immédiatement cette cérémonie; souvent on attend, pour le contracter définitivement, que les époux aient réuni ce qui leur est nécessaire pour monter leur ménage (2). Quand tout est prêt ,

(i)Dn voit que ce nom n’a souffert qu’un léger changement de IVi en /, et qu'il correspond parfaitement aux paranymphes des anciens.

(a) las habitants des villes, et surtout tes gens vivant de petits emplois, n’pnt pas généralement U nième prévoyance qu'c les campagnards. Chez ceux-ci , la maison des époux doit être entièrement motitee à neuf; on fait en sorte que rien de ce qu’on y apporte n’ait ,servi auparavant. Tout le mobilier est fourni -par l'épouse; l’époux sc charge de la maison pro|iretncnl dite , qui , si elle n’est pas neuve, e?l au moins soigneusement blanchie et nettoyée. L’epoux ' v •

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