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CH AP ITHE DOUZIÈME

ou de la quiétude de son toit agreste. Je dois le dire à l’honneur de la ville de Saint-Gall, son industrie a peuplé des terres arides, semé sur les coteaux des germes de bien-être, élevé jusqu’à la cime des rocs de vivantes habitations, et il est beau de vojrces grandes, superbes montagnes animées par l’action de l’homme, et l’on ressent je ne sais quelle douce surprise de cœur à trouver sur les hauteurs de J leiden, de Vogelinseck, des maisons dont l’élégante construction ferait honneur à plus d’une de nos villes de province.

De ces hauteurs on descend par une suite presque continue de chalets, par.une belle route bordée d’un frais gazon, dans le ravissant bassin de Rheinthal, qui, du sommet des pics dominant Altstadt, apparaît aux regards des voyageurs connue la vallée de Genève du sommet de la Faucille.

Pour moi, j’éprouvais, en parcourant ces lieux, une émotion qui leur donnait un charme particulier. L’ombre et l’arome des sapins me rappelait au souvenir de ma terre natale; l’aspect des blanches maisons, semées connue des nids de cigognes dans de verts enclos, me reportait aux jours de mon enfance, de mon enfance épanouie sur les montagnes de Franche-Comté.

Par un détour dans le canton d’Appenzell, par la jolie petite cité industrieuse de Trogen, par une route des plus pittoresques entre des montagnes couvertes de hautes forêts de sapins, et des vallées ondoyant dans les montagnes comme des rubans verts, je suis rentré dans le canton de Saint-Gall, et inc voici de nouveau au milieu d’un domaine fécondé, défriché par une corporation catholique et envahi par le pouvoir protestant.

Au commencement du huitième siècle, un zélé missionnaire

traversait dans une pauvre barque le lac de Constance, descendait dans le Rheinthal. Cette belle, large vallée, où le travail est si facile et la récolte si abondante, n’était point ce qu’il cherchait. A ces hommes courageux il fallait une tâche pénible, des obstacles à vaincre, des périls à braver. Plus le chemin dans lequel ils s’aven-

taraient était roide et escarpé, plus ils s’en réjouissaient dans l’ardeur de leur zèle. Comme les anachorètes de la Thébaïde, ils se délectaient dans la souffrance de la vie matérielle et s’épanouissaient dans le désert. Comme les prédicateurs de la primitive Église, ils recherchaient les sites les plus sauvages pour y planter le signe de leur foi, et les populations les plus barbares pour leur porter la bonne nouvelle.

Le pieux Pirminius, qui avait déjà établi de côté et d’autre plusieurs cloîtres, conduisit au sein des forêts de Pfeffers une douzaine de jeunes disciples, animés comme lui d’une même ardeur de propagation chrétienne, et y fonda une maison qui s’est acquis par ses travaux un noble renom.

Au pied de la. montagne sur laquelle s’élevait son église, un chasseur découvrit en l’an mil, à une vapeur flottant dans Pair, la source d’eau chaude où tant de malades vont maintenant, chaque année, chercher un remède à leurs infirmités. Cette source cachée au fond d’une sombre caverne, les religieux de Pfeffers en ont ouvert l’accès par une route taillée dans le roc; ils ont construit près de là une maison, ils ont créé ainsi un des éléments de prospérité du canton de Saint-Gall. Pour les récompenser de leur œuvre intelligente, deleurs éludes scientifiques, de tout le bien que leur corporation avait fait autour d’elle pendant plus de mille ans, le gouvernement de Saint-Gall a dissous cette vénérable communauté, confisqué les domaines qu’elle avait peu à peu agrandis par son labeur, ou acquis par de pieuses dotations. Ce généreux gouvernement, en imitant la Convention, qui, pour réjouir les patriotes de France, s’emparait des biens du clergé, a cependant eu un scrupule de conscience dont nos Danton et nos Robespierre se souciaient peu. 11 a pris d’un seul coup une propriété évaluée à cinq cent mille francs, mais il a eu la délicatesse d’assurer aux religieux qui en étaient les possesseurs une pension viagère, une pension de mille huit cents florins au supérieur et de mille florins aux frères. Cette transaction accomplie, il a dû chercher

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