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CHAPITRE DOUZIÈM E

Combien voilà déjà de temps que lu m’es chèie! L'autre, la découvrant pour la voir reposer,

El sur sa bouche froide imprimant un baiser :

— Je t’aimais, lui dit-il, je te restai tidèle,

Et je t’aime à présent pour la vie éternelle!

La jeune hôtelière de la Waïde est bien assez belle pour inspirer ainsi de tendres passions ; mais elle 11e me semble pas destinée, comme celle de la ballade, à être promptement ensevelie sous un voile sombre.

C'est du haut de la Waïde qu’on voit, dans sa plus grande étendue, le panorama de Zurich, le lac et les vertes collines qui l’entourent, les montagnes qui au loin le dominent, les nombreux édifices qui décorent ses rives, chalets rustiques, maisons de plaisance, filatures et fabriques de différentes sortes.

Au-dessus de ces diverses constructions, aux murailles blanches, aux fenêtres luisantes, aux persiennes vertes, s’élève dans son austère majesté la cathédrale de Zurich, le Munster, l une des plus anciennes églises de l’Europe.

Par ses arceaux byzantins, semblables à de grands yeux noirs, on dirait qu’il regarde avec surprise le mouvement et ies créations de l’industrie moderne qui se propagent autour de ses murs. Mais il a vu bien d’autres choses, ce vénérable Munster, construit par de pieuses mains, enrichi par la munificence de Charlemagne et par de nombreux patriciens. Il a été, pendant plusieurs siècles, glorifié par les fêtes, par les pompes solennelles du catholicisme, et un jour il a vu monter dans sa sainte chaire un des plus ardents satellites de la réformation, le fougueux Zwingle, qui, comme Luther, avait servi avec zèle la papauté; qui, après la guerre des Français en Lombardie, en 1512, recevait même une pension du pape; qui, enfin, remplit les fonctions sacerdotales dans le couvent d’Einsiedeln.

Et Zwingle se laissa entraînera l’hérésie du seizième siècle, et, dans la cathédrale de Zurich, il enseigna sa nouvelle doctrine, et

la noble église fut dépouillée de ses images, de ses religieux ornements, de son tabernacle; elle fut, par de furibonds sectaires, saccagée, dilapidée, réduite à la nudité du temple protestant, cette froide et triste nudité.

Mais les habitations des bons bourgeois de Zurich, enrichis par le commerce, sont décorées de tableaux et d’autres objets d'art, et l'hotel Bauer se vante d’être un des plus brillants hôtels de la Suisse.

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