‹ Voyage en SuisseChapitre 12 sur 200 · II A 1*1 T UE 1* [\ K M I E IL · texte numérisé non relu

II A 1*1 T UE 1* [\ K M I E IL

templer une des grandes œuvres de Dieu, uu des magnifiques spectacles de la création!

Du pittoresque village de Morbier nous descendons, par une pente rapide, dans une étroite vallée où la Bienne capricieuse est, comme line écolière rebelle, obligée par un maître rigide de suivre son droit chemin. L’intelligente ville de Morcz se déroule sur une longue ligne dans ce délilé, comme Salins entre sa double chaîne de montagnes.

Le sol froid où elle s’élève n’encourage guère ‘ses habitants au travail agricole. Le blé n’y mûrit que difficilement. L’orge n’y rend que quatre fois la semence. Ce qu’on y récolte de meilleur, ce sont des pommes de terre et des choux qui mériteraient une mention dans le livre d’or des gastronomes. Les perdrix, si on les consultait au moment de leur mort, ne demanderaient qu’à être ensevelies dans de tels choux.

Mais le travail de l’industrie occupe activement et enrichit celte petite cité. Elle renferme plusieurs établissements très-considérables, et l’on y voit un grand nombre de maisons élégamment

bâties. Je ne suis pas apte à juger ses diverses fabrications. Je

n'essayerai pas de dire de quelle façon le 1er est, là, découpé, laminé, tordu; le bois de sapin fendu en lamcttes, arrondi en boites de diverses dimensions; le verre taillé et enchâssé: l’émail appliqué à différents métaux, et enfin le cuivre et le bronze argentés et dorés par le procédé Ruolz.

il y a là des forges importantes. Il sort de là chaque année une quantité de caisses de toute sorte, façonnées pour la plupart par des enfants, qui les vendent à un prix d’une exiguïté incroyable, fl sort de là chaque année une multitude de tournebroches, de quoi occuper toutes les cuisinières de France; plus de cent mille horloges qui auraient charmé Charles-Quint, ce glorieux amateur d’horloges; des cargaisons de clouterie, des millions et des millions de lunettes; et salis cesse ce dernier produit prend un nouveau développement, En voyant ces amas de verres que Morez

exporte de tous eûtes, on doit penser que l’humanité entière devient myope, non-seulement dans les hautes régions, mais dans les basses classes de la société, car la plus grande partie de ces lunettes se vend en gros à vingt et un francs les douze douzaines, et en détail à vingt centimes la pièce.

Les hommes qui cherchent une cause à toutes les choses, et qui, dans leurs investigations, doivent souvent être amèrement déçus s’ils comptaient sur le bonheur dont parle Virgile,

Félix qui poluit reruni cognoscere causas!

ces hommes-là attribueront peut-être la myopie universelle de ce monde aux révolutions qui troublent les consciences et obscurcissent le ravon visuel.

Moi, qui ne suis point doué d’une telle faculté d’observation, je me borne à constater qu’on expédie de Morez une prodigieuse quantité de lunettes.

Tout ce qui est amassé dans les magasins de cette ville, tout ce qui d’ici se répand en Europe et jusque par delà les océans, n’est point fabriqué dans l’intérieur même de cette laborieuse cité. La plupart de ses ouvriers sont disséminés dans les hameaux et les chalets des.environs. Il y en a qui, du premier jour de l’an jusqu’à la Saint-Sylvestre, ont constamment la scie ou le marteau à la main. Il y en a d’autres qui ont une double profession : agriculteurs l’été, artisans l’hiver. Au mois de juin, ils conduisent leurs bestiaux dans les pâturages, récoltent leur petite moisson d’orge, de pommes de terre, et façonnent des fromages. Au mois de novembre, ces Cincinnatus des champs de bataille de l’industrie reprennent leurs lames d’acier et taillent les métaux. Leur vie me semble le beau idéal d’une destinée d’ouvriers. Ils ont le bénéfice du labeur agricole le plus pur, le plus fortifiant, le plus salutaire de tous, et. quand ils reprennent leur métier d'hiver, ils travaillent librement près de leur foyer, à côté de leur femme et de leurs enfants.

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