‹ Voyage en SuisseChapitre 122 sur 200 · CHAPITRE T II Kl Z I ÈM E · texte numérisé non relu

CHAPITRE T II Kl Z I ÈM E

C’est là un des premiers cycles de la Suisse. Ce cycle se termine par la victoire, par l’adjonction successive des autres cantons aux trois premiers cantons confédérés. Les seigneurs ont renoncé à leurs privilèges; l’Autriche a demandé la paix. L’antique Helvétie va-t-elle être tranquille? Non; car là-bas, au duché de Bourgogne, un homme s’élève contre elle, un homme terrible dans sa colère, inébranlable dans sa volonté : c’est le duc Charles, que son époque a surnommé le Téméraire, et la postérité a confirmé ce nom. 11 a juré haine à la Suisse, et, dans sa haine, il lui a envoyé pour gouverneur Pierre de Hagenbach. Pierre de Hagenbach est le Guessler bourguignon du quinzième siècle. La Suisse cherche sou Guillaume Tell, et, ne le trouvant pas, elle se fait justice elle-même. Un jour, le peuple envahit le château du gouverneur; on l’arrête, on le met en prison, on le juge; il est exécuté, à Colmar, sous les yeux de huit mille spectateurs. Le duc rugit comme un lion quand il apprit la mort de son gouverneur. 11 envoya d’abord Étienne de Hagenbach, avec quinze mille hommes, pour prendre possession du pays insurgé, puis il arriva lui-même avec une armée quatre fois plus nombreuse. Toute la confédération courut aux armes et se jeta au-devant de l’ennemi. Ai-je besoin de raconter les détails de cette guerre? Qui de nous ne connaît les trois défaites de Charles le Téméraire, la sanglante journée de Grandson et l’ossuaire de Morat ?

Après cette lutte contre la Bourgogne vient la guerre de Souabe, moins terrible en apparence, mais plus longue et plus désastreuse. Puis, quand la Suisse se lève victorieuse, quand sa gloire se répand de toutes parts, quand les rois veulent avoir pour garde ses soldats, voici que la Réforme arrive, et les dissensions religieuses se répandent à travers tout le pays. Le lien de la confédération se dissout. Les cantons prennent les armes, et cette fois ce n’est plus pour marcher de concert au-devant de P ennemi, c’est pour se battre, frères contre frères, communauté contre communauté. Oh! c’est une guerre horrible! une guerre qui ne laisse

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plus aucun sentiment de pitié dans le cœur, qui dépouille tout à coup les Suisses des nobles vertus dont ils étaient parés autrefois. Quel abîme entre le patriotisme du quatorzième siècle et le fanatisme religieux du seizième, entre l’héroïque Winkelride s’élançant au-devant des piques ennemies pour frayer un passage à scs compagnons d’armes, et Thomas Schmoucker, décapitant luimême, de sang-froid, son frère Lienhard, comme une victime expiatoire pour les péchés du monde !

La scission religieuse amène une désolation générale dans cette contrée naguère si unie et si forte, et les prédications, les libelles, les luttes des deux partis, ne font qu’envenimer la plaie. Puis vient la guerre de Trente Ans, puis le soulèvement du peuple contre les familles puissantes des divers cantons, et, quand le premier cri de notre Révolution retentit au delà du Jura, Lausanne, Vaud, Bâle, bribourg, étaient déjà en insurrection.

Veut-on voir tous ces faits retracés avec enthousiasme, et cependant avec une grande vérité, il faut lire les chants de guerre de la Suisse. C’est là son histoire détaillée et complète, histoire qui suppléerait au besoin à celle deL. Meyer, de Zschokke ou de Jean de' Miï lier.

Ces chants embrassent un espace de plus de quatre siècles, depuis le commencement du treizième jusqu’à la lin du dix-septième. Il en existe un très-grand nombre sur chaque circonstance grave, sur chaque bataille. La plupart sont encore inédits. D’autres ont paru dans divers recueils. Jean de Millier en cite plusieurs dans son ouvrage, et Diebold Schilling a le premier publié ceux de son con tempora i n Vei t-W eber .

Tous ces chants sont écrits dans l’ancien dialecte suisse, l es poètes allemands modernes ont voulu quelquefois les rajeunir, et n’ont, fait souvent que les gâter, la* style de ces chants est essentiellement simple, naïf, un peu rude, un vrai style de chronique crédule et conteuse. Ce qui échaudé le cœur de ces anciens poètes, c’est le patriotisme, c’est la liberté; on voit qu’ils sont tous ani-

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