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CHAPITRE TREIZIÈME

mais on repousse leur prière, et ils prennent la résolution de se défendre.

« Ils se retranchent dans une tour où il est très-difficile d’arriver. Ils sont en grand nombre, et combattent longtemps; mais aucun d’eux ne peut s’échapper.

« Cependant on pénètre dans la tour, et jamais homme ne se trouva dans une pareille angoisse : on les jette, morts ou vivants, par-dessus les remparts.

« Plus de cent hommes y laissent leur vie. Je ne veux pas mentir, et les Suisses leur apprennent à voler sans ailes au delà des murailles.

« Ceux qui occupent le château d’Echallens apprennent qu’ils seront bientôt assiégés; ils envoient dire aux soldats de Berne qu’ils se rendront volontiers.

« Peste encore un château fort, le château fort de Jougne. Les confédérés arrivent dans la ville, et parviennent tout de suite audessus des remparts, car tous les Welsches étaient partis pour retourner dans leur contrée.

« Jougne est une bonne forteresse ; entre les cinq que nous avons nommées, c’est la meilleure; elle sert de sauvegarde au pays de Savoie : les Bernois y entrent et en prennent possession.

« Sans le secours de Dieu, comment eussent-ils pu prendre, en aussi pende jours, tant de villes et tant de châteaux? Mais remercions aussi les gens de Berne et les braves soldats des autres villes.

« L’ours était sorti de sa caverne; après avoir remporté une telle victoire, il y rentre de nouveau : que Dieu lui donne joie et bonheur ! Voilà ce qu’a chanté Veit- Weber. Amen. »

Tel est ce chant guerrier, que les paysans suisses entendaient autrefois chanter avec enthousiasme. Je ne prétends certes pas le donner comme un modèle de goût, mais comme un monument

traditionnel de poésie naïve et spontanée. Je n’ai pas prétendu non plus développer, dans un espace aussi restreint, toutes les richesses du chant populaire, je n’ai fait que rappeler ces sources d’eau limpide, ces sources oubliées, où l’arbre de l’art et de la science actuels a jeté ses premières racines, où nous pourrions aller peut-être retremper avec fruit notre cœur et notre imagination.

Cil A PI THE QUATORZIÈME

De Zurich à SehalTousc. — L’ancienne roule. — Le Lohnkutscher. — Histoire d'une jeune lille. — La charité du cocher. — Le château de Kyburg. — Les anciennes reliques de l'empire d’Allemagne. — Toess. — L’assassinat d’Albert. — Le châtiment. — Le couvent de Toess. — Winterlhur. — La chute du Ithin. — Schaffouse. — L’ancienne église. — .1. de Muller.

De Zurich à Schaffouse il y a une ancienne route très-bien faite et autrefois très-fréquentée. Je m’en souviens; je l’ai parcourue il y a quelques années, avec un Lohnhutsclier (un cocher de louage), qui n’avait pour tout bien que sa carriole et ses deux chevaux, et qui m’a semblé l’homme le plus heureux de la terre.

Au sortir de Zurich, la route s’élève sur les lianes d’un coteau, puis redescend dans une vallée et se déroule ainsi, de colline en vallée, à peu près dans toute sa longueur.

A chaque descente, mon prudent cocher avait soin d’enrayer sa voiture. A chaque petite montée, il sautait lestement à bas de son siège, s’approchait de ses chevaux, les caressait de la main l’un après l’autre, regardait si leur bride ne les gênait pas, si tout était en bon ordre dans leur harnais, puis s’approchait de moi avec l’ intention manifeste de causer, et moi, je ne demandais pas mieux que de causer avec lui. 11 me disait les noms des villages et des hameaux par lesquels nous passions, leurs récolles, leur indus-

trie, et leurs principaux événements. Il savait la fortune de chaque propriétaire et l’histoire de chaque famille.

Souvent ses récits étaient interrompus par les rencontres que nous faisions le long du chemin :

« Bonjour, Claude! » s’écriait le paysan qui conduisait sa charrue dans les champs.

« Bonjour, Claude! » disait la paysanne, portant son râteau sur l’épaule.

« Guten Tag, Herrl » disait timidement la jeune hile, en faisant la révérence.

Et Claude salue gaiement, tend la main, s’informe des nouvelles du village, de la santé d’un malade, de l’apparence du blé, d’un baptême ou d’un mariage, puis donne à ceux qui lui en demandent quelques nouvelles de la ville, et revient me rejoindre.

« Vous connaissez donc, lui dis-je, tous les gens du pays?

— À peu près, me répond-il d’un air de naïve satisfaction. J’ai conduit pendant dix ans la diligence de Zurich. Vous ne vous figurez pas tout ce qu’on peut rendre de petits services, avec un peu de bonne volonté, dans cette profession. Que de petits paquets j’ai transportés d’un endroit à l’autre ! Que de commissions yerbales m’ont été confiées ! Tel que vous me voyez, monsieur, j’ai eu entre mes mains des papiers timbrés d’où dépendait la fortune d’un négociant, des lettres attendues impatiemment par des familles malheureuses, et l’on m’a fait à l’oreille des confidences qui devaient consoler des cœurs affligés. J’ai été le messager discret des pauvres débiteurs poursuivis parles huissiers, des mères inquiètes de la situation de leur fils, et des amoureux. Depuis quej’ai quitté la diligence pour conduire ma propre voiture, ajoute Claude en brandissant fièrement son fouet, j’ai sans cesse l’occasion de rendre les mêmes services, et ces bonnes gens me savent grand gré de ma complaisance. J’ose le dire, monsieur, il n’y a pas sur la route un village où le nom de Claude Petermann 11e soit cité comme le nom d’un honnête homme, et pas une maison où il ne

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