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CHAPITRE QUATORZIÈME

« Elle la regarda attentivement du haut en bas, puis détourna la tête comme si elle craignait d’être vue. La porte et les fenêtres étaient cependant encore fermées, et on n’y distinguait pas une apparence de mouvement.

« Arrivé au bureau de la diligence, j’aidai respectueusement la jeune lille à descendre de voiture, et pendant que les autres voyageurs m’appelaient pour que je leur lisse remettre leurs bagages, elle me tira un peu à l’écart, et, mettant la main dans une poche de sa robe, elle me dit :

« — Vous avez eu la bonté de m'accorder une place dans votre voiture, sachant que je ne pouvais la payer; tenez, voilà ma bourse vide. Je vous la donne comme un témoignage de ma reconnaissance. Plus tard, j’espère acquitter autrement ma dette.

« En prononçant ces paroles, elle me mit entre les mains une petite bourse de soie verte, jolie comme une bourse de fée.

« J’étais si troublé et si confus que je ne savais que faire, et il me semblait que j’avais le gosier étranglé, comme si la méchante tiancée de Conrad y eût fourré son écheveau de laine.

« — Mais non... mais non, balbutiai-je enfin; je ne veux rien... Au contraire... vous n’avez pas d’argent... laissez-moi...

« El d’une main tremblante je lui présentai ma bourse en cuir dans laquelle il y avait plusieurs écus.

« — Merci! merci! me dit-elle; n’avez nul souci de moi. J’ai

ti

confiance en la Providence, et j’espère qu’un jour vous me reverrez plus heureuse qu’à présent. Adieu! adieu!

« Aces mots, elle s’éloigna, et je restai à la regarder, immobile, muet, ma bourse à la main.

c( En ce moment un jeune freluquet qui venait de descendre de l’intérieur de la diligence, s’approcha de moi, et me frappant sur l’épaule, me dit avec un air ironique :

« — Ah ! coquin de conducteur !

« Je compris ce qu’il pensait, mais à la façon dont je l’envisageai, il comprit aussi qu’il ferait bien de ne pas continuer

sa plaisanterie. 1! pirouetta sur ses talons. S’il avait prononcé un mot de plus, je crois que je l’aurais assommé d’un coup de poing.

« Quelques heures après, je retournais à Zurich et je pensais encore à la charmante étrangère; mais peu à peu je fus détourné de cette pensée par un malaise inexplicable. J’avais comme un froid mortel dans le corps, mes membres frissonnaient et je ne pouvais parvenir à me réchauffer. Je me rappelai alors qu’après m’être dépouillé de ma houppelande pendant la nuit pour en revêtir ma jeune voisine, j’avais senti la pluie ruisseler sur ma veste et pénétrer sous mon gilet. Mais bah ! me dis-je, ce n’est qu’une des petites misères de mon métier; j’en ai enduré bien d’autres! Au relais deBulach, je me lis préparer un bon verre de vin chaud, qui me ragaillardit. Cependant, à mon arrivée à Zurich, je pouvais à peine faire ma besogne. Le lendemain, il fallut me résoudre à envoyer chercher un médecin qui, après m’avoir examiné, déclara que j’avais une fluxion de poitrine.

« Grâce à ma robuste constitution, je me relevai de cette maladie plus promptement qu’on ne s’en relève ordinairement. Au bout de trois semaines, j’étais en pleine convalescence, et je me préparais à sortir, lorsqu’un matin on frappe à ma porte; j’ouvre, et devinez qui je vois entrer? M. Conrad Zimmermann, conduisant par la main ma mystérieuse compagne de voyage, non plus vêtue d’un humble manteau de voyage, mais élégamment parée, et la figure radieuse.

« — J’ai appris, me dit-elle, avec bien du chagrin votre maladie, surtout en songeant que c’est probablement moi qui en suis la cause. Comment êtes-vous à présent?

« — Beaucoup mieux, je vous remercie.

c« — Nous achèverons, dit. Conrad, de le guérir dans notre voyage. Car nous venons te chercher, mon brave Petermann, pour nous faire faire un joli voyage de noces.

« — LJn voyage de noces!

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