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CHAPITRE QUATORZIÈME

« — Oui, voilà ma chère Rose, la rose de la vallée de Coire, qui s’appelle maintenant madame Conrad Zimmermann.

« — En vérité! m’écriai-je, comme j’en suis réjoui ! Et la vieille de Schaffouse?

« — La vieille reste mariée avec ses écus.

« — Ah! la méchante créature ! Cela me faisait de la peine de penser que vous alliez l’épouser. Mais votre père?...

« — Mon père s’est d’abord mis dans une grande colère lorsque, le matin même du jour fixé pour la cérémonie, j’ai déclaré que j’aimais mieux émigrer pour l’Amérique, pour l’Australie, pour des pays de cannibales, plutôt que d’épouser l’affreuse créature qui m’était destinée. Il a crié, il m’a menacé de me faire mettre en prison par mes créanciers, et d’abord il voulait immédiatement me déshériter. Pendant qu’il s’efforcait ainsi de me ramener à ce qu’il appelait la raison, tout à coup voilà que la vaillante voyageuse, que tu nous amenais de Zurich, arrive bravement jusqu’à nous, et la colère de mon père n’a pu tenir devant la douce ligure de ma chère Rose. 11 a été ému en la regardant; il s’est attendri en apprenant combien nous nous aimions depuis mon premier voyage à Coire, depuis plus d’un an; il a été frappé de son énergie, quand elle a raconté comment, dès qu’elle avait reçu ma douloureuse lettre, elle était partie toute seule, précipitamment, sans songer même à ce qu’il lui faudrait d’argent pour faire ce long trajet. Enfin mon cher père a souri quand il lui a été démontré que ma gentille Rose n’était point si pauvre qu’il le croyait, qu’elle appartient à une honorable famille, et que son oncle, chanoine à Coire, doit lui laisser un bon petit héritage. N’est-ce pas vrai, Rose, que vous aurez un jour une belle maisonnette dans le pays des Grisons, et un jardin, et même quelques rentes?

« — Mon Dieu! s’écria en riant la jeune femme, quel causeur vous êtes! Vous feriez bien mieux de remercier l’honnête Petermann du service qu’il m’a rendu, car sans lui je n’aurais pu arriver assez tôt à Schaffouse, et peut-être qu’à l’heure qu’il est,

malgré vos belles résolutions, -vous seriez marié avec la riche héritière.

« — Jamais! jamais! s’écria Conrad; j’ai laissé ce misérable mariage s’arranger, comme si j’y consentais; mais au dernier moment, coûte que coûte, j’aurais tout rompu. Quant à votre ami Petermann, je n’oublie point ce que je lui dois, et vous savez ce dont nous sommes convenus. À présent, mon brave Claude, dit-il en se retournant vers moi, es-tu en état de nous conduire? Nous avons à l’hôtel Bauer une voiture et des chevaux. Il ne nous manque plus qu’un cocher, et c’est toi que nous désirons. Voilà le printemps. Nous voulons aller, de côté et d’autre, courir comme des pinsons, chanter comme des alouettes.

« — Et nous aurons bien soin de vous, ajouta d’un ton affectueux la jeune femme.

« — Je n’ai pas encore, répondis-je, recouvré toutes mes forces, mais je puis bien me mettre à votre service, quand il vous plaira.

« — Demain! dit Conrad.

« — Demain, si vous voulez.

« Le lendemain, nous partions gaiement et nous finies un superbe circuit, par Constance, par Fribourg en Brisgau, par Bâle et le Münsterthal, par Bienne et Neuchâtel, partout voyageant à petites journées, et partout, dès que nous nous arrêtions dans un hôtel, madame Conrad appelant le maître de la maison et lui disant : « Je vous recommande notre cocher, donnez-lui un bon « lit et du vin, et tout ce dont il aura besoin. » Et ces deux jeunes mariés! comme ils s’aimaient! comme ils étaient contents d’être au monde! C’était pour moi un plaisir de les voir et de les entendre gazouiller comme des oiseaux. Pas une contrariété. Pas un instant de mauvaise humeur. Les deux fidèles cœurs ! Que Dieu les bénisse !

a Un mois après notre départ de Zurich, je les ramenais à Schaffouse, où le vieux Zimmermann les reçut avec une vraie joie, et comme j’allais prendre congé d’eux :

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