CHAPITRE QUINZIÈME
pontifical, qui s’appelait le pape Pie 11, et au siècle suivant, Érasme, le savant Erasme écrivait de Bàle :
« Je suis ici comme dans le plus grand, le plus agréable musée, et je n’essayerai pas de vous nommer tous les savants que je fréquente; je vous dirai seulement que chacun d’eux comprend le grec et le latin, et plusieurs l’hébreu : celui-ci est distingué par ses connaissances historiques; celui-là, par son savoir en théologie. Près de moi est un habile mathématicien, un actif antiquaire, un excellent juriste. Ce n’est pas chose commune de trouver tant d’hommes de science réunis sur un même point, et, ce qui n’est pas moins remarquable, ce sont les rapports qui existent entre ces savants. Quelle union! quelle amitié! on dirait qu’ils ne font qu’un cœur et qu’une âme ! »
Ainsi parlait Érasme!
En un demi-siècle, quel progrès intellectuel ! Bàle est la première des villes de Suisse où l’imprimerie fut introduite, c’était vers l’an 1472; bientôt elle eut des typographes qui se signalèrent par leur activité et leur instruction : Jean Froben, qui, de 1492 à 1527, publia trois cents ouvrages importants, et dont les intelligentes entreprises furent continuées par son lils et son petit-lils; puis Jean Oporin, qui, de 1559 à 1568, ne publia pas moins de sept cent cinquante ouvrages qu’il corrigeait lui-même avec une scrupuleuse attention; puis Gemusaeus, Waldkirch et Pierre Perna, que notre illustre de Thon visita en 1579, et qu’il trouva travaillant, dans sa vieillesse, avec l’ardeur d’un jeune homme.
Érasme, après sa vie nomade, vint s’établir à Bâle vers l’année 1514, et y resta paisiblement jusqu’en 1529. À cette époque, les troubles de la réformation l’obligèrent à quitter cette ville, dont il avait fait sa nouvelle patrie; il s’en alla près de là, à Fribourg. Mais, dans cette charmante cité du Brisgau, il ne cessait de songer à sa chère retraite de Bàle. Il y revint en 1555 pour y passer une année encore, et y mourir. 11 avait là des amis dont il ne pouvait oublier la fidèle affection et les intéressants entretiens : Jean
Froben, chez lequel il demeurait et qui imprimait ses œuvres; Sébastien Munster, l’auteur d’une cosmographie qui mérite encore d’être étudiée; Boni face Amerbach , ce noble citoyen bâlois qui consacra sa vie et sa fortune au développement des sciences dans sa cité natale ; Jean Buxtorf , le fondateur des études de la langue hébraïque, et Holbein, l’un des maîtres de l’art allemand .
Le seizième siècle est une époque mémorable dans les annales de Baie, et il est un fait que nous ne pouvons omettre de signaler, c’est que les hommes qui, à cette époque, illustrèrent le nom de Baie par leurs écrits, par leur enseignement verbal, par leur travail industriel, par leur burin ou leur pinceau, étaient nés catholiques et conservèrent sous le dogme réfrigérant du protestantisme, la pensée idéale, la sève féconde du catholicisme. Érasme resta catholique, bien qu’il eût paru un instant montrer quelque penchant pour les doctrines de Luther; il s’enfuit de Bàle quand les novateurs commencèrent à y faire leur tapage révolutionnaire, et, dans sa résidence de Fribourg, il écrivit au pape Paul 111 une lettre dont ce pontife le remercia, et jamais il n’oublia qu’il avait été, en Hollande, chanoine de Saint- Augustin, et, à Paris, un des boursiers du collège Montaigu.
Holbein conserva encore, dans les désordres de sa vie, dans les diverses péripéties de sa destinée, un religieux sentiment catholique; son chef-d’œuvre est un tableau catholique, un des trésors de l’église de Dresde : c’est cette image de la Vierge, devant laquelle est agenouillé Jacques Meyer, le bourgmestre de Bàle, avec toute sa famille.
« Il y a, dit un éminent critique, F. Schlegel, il y a sur ce visage de la Vierge d’Holbein, un caractère d’humilité et de sainteté qui nous offre un plusjuste idéal de la Mère de Dieu que la célèbre madone de Baphaël. »
C’est au seizième siècle que les Bàlois érigèrent dans un de leurs faubourgs, d’après les dessins d’Albert Durer, celte élégante