CHAPITRE QUINZIÈME
fontaine qui, sur sa légère colonne, porte un joueur de cornemuse et à sa base de gracieux bas-reliefs.
C:est au temps du catholicisme qu’ils construisaient, sur une de leurs places publiques, cette autre fontaine qui est une charmante chose, un piédestal arrondi, sur lequel s’élève une tour gothique triangulaire, modelée et ciselée avec un goût parfait, décorée de statues des saints et d’images symboliques, et portant à la pointe de sa légère flèche dentelée un ange aux ailes dorées. Dans les œuvres de ce genre je n’ai rien vu, à Nuremberg, de plus joli.
C’est aussi au temps du catholicisme que les Bâlois ont bâti leur hôtel de ville, éditice bizarre, mais curieux à voir, et cette belle porte du faubourg de Spalen, avec ses deux hautes tours crénelées et son toit aigu; sa façade extérieure est ornée de trois religieuses statues qui, dans les jours d’effervescence de la Réformation, ont échappé, comme par miracle, à la fureur des iconoclastes, Les jeunes filles de Bourgfeld et des villages voisins, qui vont travailler dans les fabriques de Bâle, récitent, matin et soir, une prière devant l’image de la Vierge, placée là entre celle des deux prophètes. Les femmes accomplissent le même acte de piété en se rendant avec leurs denrées au marché; les paysans font le signe de la croix en passant sous cette porte, ou tout au moins se découvrent la tête, et plus d’un pauvre homme inquiet, plus d’une mère de famille affligée se sont relevés consolés, après s’être agenouillés dévotement, dans la ferveur de leur croyance catholique, à l’entrée de cette ville protestante.
Le plus considérable et le plus vénérable monument de Bâle est la cathédrale, fondée au commencement du onzième siècle par l’empereur Henri Ier, détruite en 1 185 par un incendie, rebâtie en 1258, après un autre incendie; renversée en 1565 par un tremblement de terre, etenlin, reconstruite au quinzième siècle dans ses formes actuelles. Elle n’est point élancée dans les airs comme la cathédrale de Vienne ou celle de Strasbourg ; elle n’a point le caractère colossal de celle d’Ulm ou de Fribourg en Brisgau, ou
les riches ornements des églises de Reims, de Chartres ou d’Amiens. Elle est construite très-simplement avec des pierres de taille, d’une teinte rouge, qui ressemblent à de la brique; cependant son portail est décoré d’un large cercle de sculptures représentant le jugement dernier; sur la façade d’une de ses tours est une statue équestre de saint Georges, étendant le bras pour plonger sa lance dans la gueule du dragon; sur l’autre, la statue de saint Martin donnant au pauvre la moitié de son manteau. Mais, à l’intérieur, il y avait autrefois des tabernacles enrichis par la piété des tidèles; dans ses cryptes souterraines il y avait des autels où l’on chantait, sous une voûte austère, dans une ombre mélancolique, la messe des morts. Tout a été lacéré, saccagé par ces bons réformateurs qui, en reniant le culte de leurs pères, se faisaient un devoir d’anéantir les religieux symboles devant lesquels leurs pères s’étaient prosternés, devant lesquels ils avaient eux-mêmes incliné leur front, sous le regard de leurs mères. Maintenant, les vastes arceaux de la vieille cathédrale sont nus, et tristes et silencieux. Le dimanche seulement, on y entend résonner la voix d’un prédicateur; dans les jours de la semaine l’étranger s'y promène avec un sacristain qui, pour un petit tribut, raconte d’une voix nazillarde, en son dialecte bâlois, tout ce qu’il sait des anciennes splendeurs de cet édifice et de sa décadence.
Les mains impies qui s’acharnèrent à la dépouille de ce noble sanctuaire ont respecté sa chaire, et il faut leur en savoir gré. Cette chaire, qui date de l’an I 486, est un chef-d’œuvre de sculpture; elle a la forme d’une fleur dont le calice s’élève graduellement sur sa tige et s’épanouit; c’était la fleur qui jadis répandait au milieu d’une fidèle communauté les pures et salutaires semences du catholicisme; maintenant, un ministre s’v place avec sa collerette et y développe doctoralement le principe du libre
examen.
Les Bâlois, comme les autres protestants, peuvent s’enorgueillir de la révolution religieuse qu’ils ont accomplie; cette révolution