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CHAPITRE QUINZIEME

ne leur a pourtant point donné un nouvel Érasme ni un nouvel Holbein. Nous devons le dire, cependant, ils n’ont point cessé d’aimer l’étude des lettres et des arts. 11 existe à Bâle un casino qui achète, chaque année, les principales publications de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre, et reçoit plus de cent cinquante journaux ou revues des pays étrangers. 11 y a, à Bàle, plusieurs librairies importantes, entre autres celle de M. Hauswirth et de

M. Georg.

La ville emploie un cinquième de ses revenus à l’entretien de ses écoles et de ses divers établissements d’instruction publique; elle a conservé son université, bien que cette université soit fort amoindrie par le voisinage de celles de Zurich, de Fribourg, de Tubingue et de Heidelberg; elle a une bibliothèque qui renferme soixante-dix mille volumes et plusieurs centaines de manuscrits, un cabinet de médailles et d’histoire naturelle, et un musée qui possède quelques-uns des meilleurs tableaux de Jean Holbein le jeune.

On ne sait pas au juste où ce peintre mémorable est né, et l’on ignore généralement en quel lieu il fut enterré. Ce qu’il y a de sur, c’est que son père, Holbein l’ancien, qui était un artiste de mérite, ayant quitté Augsbourg pour s’établir à Bâle, le fit inscrire tout jeune dans la corporation des peintres de cette

ville.

Holbein resta à Bâle jusqu’à l’âge de trente ans, et, en dépit de sa paresse et de ses funestes penchants, il y lit des œuvres considérables. Ce noble peintre qui a eu un sentiment si vrai de la nature, quelquefois de si gracieuses fantaisies, et quelquefois des conceptions idéales, aimait le vin, non point comme Anacréon, comme Horace, ou comme nos poètes du dix-septième siècle, pour le savourer délicatement et s’égayer avec quelques amis; il aimait le gros vin lourd, enivrant, et l’orgie et la société des gens les plus communs. Il passait des journées entières dans les tavernes, et ne se remettait au travail que quand un besoin absolu l’y obligeait.

On raconte que, s’étant engagé à faire une large peinture à fresque pour un riche bourgeois de Bâle, il était fort contrarié de ne pouvoir accomplir ses stations habituelles au cabaret, car, à tout instant, celui qui lui avait demandé ce travail venait le visiter et déclarait qu’il ne lui donnerait point d’argent, s’il ne le trouvait pas assidu à sa besogne. A la lin, Holbein, fatigué d’une longue contrariété, et surtout altéré par une longue privation, imagina de peindre au bord de l’échafaudage qui lui cachait le reste du corps, l’image de ses deux jambes sur la muraille devant laquelle il se tenait assis. Son rigide patron, arrivant ensuite et voyant ces deux jambes pendantes, s’écriait : « Comme il travaille ! c’est pourtant moi qui l’ai habitué à rester si fidèlement appliqué à sa tâche ! » Pendant ce temps, Holbein buvait et chantait dans une taverne.

De ses débauches habituelles un jour jaillit pourtant une étonnante inspiration. Un jour, il rentrait chez lui, ayant laissé son dernier pfenning chez le marchand de vin, et pas un denier dans son logis; il voit sa femme affligée, éplorée, tenant dans ses bras un pâle et débile enfant; près d’elle, un autre enfant plus âgé, amaigri par la disette, qui, par ses regards languissants, implore un secours qu'elle ne peut lui donner. À l’aspect de cette profonde misère, Holbein, le cruel Holbein sent tout à coup s’éveiller en lui, non pas le remords d’un cœur coupable, mais une idée d’art : « Restez là, s’écrie-t-il, ne bougez pas! » et il prend sa paletle, ses pinceaux, et, séance tenante, fait de ce groupe désolé un tableau qu’on ne peut regarder sans un profond attendrissement.

En 1526, la misère à laquelle il était réduit le décida à se rendre aux conseils du consul anglais, le comte Arundel, qui l’engageait à se rendre en Angleterre; il partit pour Londres avec une lettre de recommandation d’Érasme ; il fut très-bien accueilli par le chancelier Thomas Morus, et magnifiquement traité par Henri VU1, qui lui lit faire le portrait de plusieurs des femmes dont il convoitait l’amour. On connaît la réponse de cette royale Barbe bleue à

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