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CHAPITRE QUINZIÈME

un des seigneurs de la cour, qui s’étonnait de la voir visiter l’atelier d’un artiste : « De sept paysans, dit-il, je puis faire«ept lords; mais de sept lords je ne puis faire un Holbein. » .

Après avoir passé quelques années en Angleterre, l’illustre peintre revint à Bâle, et, cette fois, il fit à sa famille une large part de l’argent qu’il avait gagné, puis il retourna dans la riche contrée qui lui promettait une fortune, et il y mourut de la peste, en 1 554, à l’âge de cinquante-neuf ans.

L’Angleterre a gardé une partie de ses dessins et de ses tableaux. Le musée de Dresde possède, comme nous l’avons dit, son admirable Vierge; le musée de Bâle possède les dessins dans lesquels il a représenté les principales scènes de la Passion, divers dessins de fantaisie et quelques-uns de ses meilleurs portraits, entre autres, le sien, celui de sa famille, celui d’Érasme, celui d’Amerbach, et sa Lais corinthienne et sa Vénus.

La précieuse collection de dessins qu’il intitula le Triomphe de la Mort fut vendue à M. Crozat, de Paris, qui la céda au comte Fleischmann, de Darmstadt, lequel l'abandonna au prince Galitzin, ambassadeur de Bussie à Vienne; elle est maintenant à Pétcrsbourg, mais elle a été gravée à Bâle par un habile artiste, M. Ch. de Meckel .

11 existait déjà à Bâle, au milieu du dix-huitième siècle, sur un des murs du faubourg Saint-Jean, une peinture de la Danse des Morts , faite en mémoire de la peste (pii éclata dans cette ville, en 1459, pendant que le concile y était assemblé, et enleva plusieurs grands personnages .

Cette même commémoration d’un fléau qui, au quatorzième et au quinzième siècle, traversa, comme le choléra, toute l’Europe, cette danse sinistre qu’on appelle, à Paris, la danse macabre , elle est représentée, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer, dans un grand nombre d’églises et de cimetières.

Fiorillo, dans son Histoire de l’art allemand , dit que cette idée symbolique est primitivement issue de l’Allemagne, et que, de là,

VOYAGE EJN SUISSE.

elle se répandit dans les différentes contrées où, çà et là, on en

retrouve encore des vestiges.

De tout ce que l’on connaît de ces différentes œuvres, rien n’est comparable à celle de Holbein : quelle verve philosophique ou spirituelle, quelle fantaisie souvent amusante dans ce triste sujet de peinture! quelle diversité de scènes dans cette procession funèbre! Les quarante-sept danses dont elle se compose nous représentent le squelette de la mort, mais la mort dans une perpétuelle variété d’attitude, de physionomie et de situation; la mort sardonique ou farouche; la mort jouant de la flûte, battant du tambourin ou grimaçant d’une façon horrible; la mort prenant en riant sa victime par la main ou luttant contre le téméraire qui essaye de lui résister; la mort dépossédant les princes de leur couronne, les prélats de leur mitre, les avares de leur trésor; la mort se jouant de la cupidité du voleur, de la passion du joueur, de la débauche de l’ivrogne, de l'espoir du marin, des calculs du savant; la mort, enfin, conduisant de sa main implacable à ses sombres danses toutes les classes de la société, vieux et jeunes, maîtres et

valets !

Mors sceplra ligonibus æquat.

Par une dernière amère ironie, Holbein 11e nous montre qu’un seul être humain dont la mort s’éloigne, c’est un malheureux mendiant, estropié, délaissé, qui la conjure en vain de mettre lin à sa souffrance.

Le musée, qui renferme les collections antiques et scientifiques que nous venons d’indiquer,, est construit dans une rue étroite et montueuse dont on 11’a pas encore cherché à adoucir la pente. Depuis une vingtaine d’années, on peut remarquer cependant dans les divers quartiers de Bâle, plus d’une importante amélioration; mais tout, ici, se fait lentement, surtout ce qui se fait par les soins de l’administration; je n’en veux pour exemple que le pont du Bhin. Ce pont, qui réunit les deux moitiés de Bàle, s’appuie sur

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