CHAPITRE SEIZIÈME
Ce val de Mouliner. — Poésie russe. — Le Casino. — La bataille de Saint-Jacques. — Ardeur belliqueuse des Suisses. — Canton d’Argovie. — Ses illustrations. — Olten. — L’église. — Les pèlerins. — Berne. — La plate-forme. — L’Aar. — Les Alpes. — La cathédrale. — Les vitraux. — Les tapisseries de Bourgogne. — Origine de Berne. — Les ours. — Accroissement de la puissance de Berne. — État actuel de la ville. — Établissements d’instruction. — Architecture. — Les jours de marché. — La chasse au chamois.
Je connais deux vallons romantiques que lous deux on nomme, en mémoire d’une ancienne église, vallons de Mouthier : l’un en Franche-Comté, sur la route de Pontarlier à Besançon ; l’autre en Suisse, sur la route de Bâle à Berne. Tous deux étonnent en certains endroits le passant par leur aspect grandiose, sauvage, et dans d’autres le charment par leur grâce idyllique. S’il me fallait dire lequel est le plus beau, je n’oserais prononcer ce jugement. Mais celui de Franche-Comté touche à mon pays natal. J’y retourne souvent; j’ai des amis qui m’y attendent chaque année, qui, pour fêter mon arrivée, vont avec empressement chercher dans leur cave la vieille bouteille au long col remplie du meilleur suc des grappes de la vallée, et font un holocauste de leurs plus gras poulets. Je me ravive là dans les souvenirs de mon enfance, et je songe qu’un jour j’aurai là peut-être un dernier asile près de mon berceau.
Le val de Mouthier suisse, je l’ai parcouru deux fois, et je n’ose y retourner. J’étais jeune alors, hélas! et j’étais amoureux.