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CHAPITRE SEIZIEME

leurs fiançailles; c’est là que les mariés se glorifient de donner à leurs amis un solennel festin. Le dimanche, ordinairement, il y a là des concerts qui attirent une nombreuse réunion. Mais, chaque jour de la semaine, le Casino a ses visiteurs fidèles. Les femmes y vont faire leur goûter en tricotant ; les hommes y fument leurs pipes en buvant du vin blanc, et les enfants y grignotent des gâteaux en jouant sur la pelouse. Ainsi tout le monde est heureux, et plus heureuse encore est l’intelligente directrice de ce Casino, qui voit toutes les joies qu’elle répand autour d’elle, et, le soir, encaisse avec une honnête conscience les bénéfices de ses bonnes œuvres.

Près de là, dans l’enceinte d'une grille eu fer, s’élève une sorte de pyramide, taillée sur le modèle des flèches de cathédrales gothiques et décorée de dix écussons helvétiques. C’est le monument de la bataille de Saint-Jacques, une des glorieuses pages de l’histoire de la Suisse. C’est près de là qu’en 1444 quinze cents confédérés suisses s’élancèrent intrépidement contre une armée d’Armagnacs, d’Anglais et d’Autrichiens, commandés par le Dauphin de France, qui fut Louis Al. La bataille dura trois jours. Commencée sur les bords de la Dirse, elle se continua dans l’hôpital et les masures du hameau Saint-Jacques, où les valeureux Suisses, cernés de toutes parts, luttaient encore avec un courage désespéré, comme les Espagnols dans Saragosse. L’armée ennemie perdit dans cette lutte acharnée des milliers et des milliers de soldats. L’ardente légion helvétique fut anéantie, à l’exception de dix hommes, qui, au dernier moment, prirent la fuite, et furent traités comme des lâches dans les villages où ils cherchaient un refuge.

Le Dauphin, émerveillé de la bravoure de ces nouveaux Spartiates, signa un traité de paix avec les cantons qu’il avait eu 1 intention d’asservir à la domination de l’Autriche. De là datent les alliances de la Confédération helvétique avec la France, et les enrôlements des Suisses dans la garde de nos rois.

Ces lidèles soldats qui, au 10 août, défendirent si vaillamment

les Tuileries contre les hordes de jacobins appartenaient à la même race que ces quinze cents hommes qui, au mois d’août 1444, sacrifiaient leur vie pour arrêter l’invasion étrangère sur leur terre natale. La pyramide de Saint-Jacques, le lion de Lucerne, attestent les mêmes héroïsmes el doivent inspirer le même respect.

Qu’il me soit permis seulement de remarquer que les souvenirs de ces glorieux combats et quelques autres non moins mémorables exaltent parfois, un peu plus que la juste raison 11e le permet, l’imagination des Suisses. A la moindre contrariété qu’ils éprouvent, ils profèrent des cris belliqueux et semblent pouvoir à peine contenir l’ardeur qui les porte à prendre les armes. Dernièrement, quand nous les avons chagrinés en annexant la Savoie à la France, 011 eût dit qu’ils 11’aspiraient qu’à voir nos troupes entrer dans leur pays pour les écraser comme celles de l’Autriche et celles de Charles le Téméraire à Sempach, à Grandson, à Morat.

Sous le règne de Louis-Philippe, ils eurent aussi avec nous une difficulté politique qui les mit en révolte. Je me rappelle avoir passé alors une soirée avec un honnête citoyen de Bâle qui, après m’avoir remémoré quelques-unes des victoires de la Suisse, me disait en brandissant le tuyau de sa pipe, comme si ç’eût été un glaive formidable : « Monsieur, si la France 11e cède pas à nos justes représentations, nous marchons droit sur Paris. »

De la gare de Bâle, le chemin de fer traverse les prairies de l’agreste petit district de Liesthal, puis pénètre dans les forêts et les collines du canton d’Argovie. Ce pittoresque et fructueux canton renferme une population de cent cinquante mille âmes, dont la moitié environ est catholique. De là est sortie la famille de Habsbourg, qui, en 1275, s’assit sur l’impérial trône d’Allemagne, qui s’est perpétuée par le mariage de Marie-Thérèse avec le duc François de Lorraine, et règne encore sur l’Autriche.

Sur la cime du Wulpelsberg s’élèvent encore les épaisses mu-

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