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CHANT UE SEIZIÈME

comme des tours féeriques, comme des flèches de diamant! Je m’eu suis éloigné. T’y reviens après avoir erré en différents lieux, après les diverses émotions qu’on éprouve eu tout voyage, et elles sont là, ces superbes montagnes, impassibles et immuables dans leur grandeur suprême, dans leur éternelle majesté. Elles m’écrasent par leur aspect gigantesque, elles m’éblouissent par leur éclat; elles m’attirent et me subjuguent par leur charme indicible. Je les ai contemplées à toutes les différentes phases de la journée, et chaque fois que je les contemplais, elles m’inspiraient une nouvelle admiration. Le matin, quand le jour commence à poindre, à les voir se dégager, avec leur vêtement de neige, des vapeurs qui les enveloppent, on dirait une légion de vierges litaniques s’éveillant sur leur couche blanche aux premiers rayons de l’aube. A midi, elles scintillent au feu du jour, comme des murailles d’or et d’argent. Le soir, quand les coteaux qu 'elles dominent, les vallées qui les environnent, sont plongés dans l’ombre, elles reflètent encore les derniers rayons du soleil, elles apparaissent comme des coupoles d’or, comme des sanctuaires aériens, où brille une lumière sacrée, dans le silence de la terre, dans les ténèbres de la nuit.

Près de la terrasse, d’où l’on jouit de ce magique spectacle, s’élève la voûte imposante et la haute tour de la cathédrale. Il mérite bien aussi d’être vu, ce vénérable édifice gothique, construit par des architectes de Strasbourg, dans le style flamboyant du quinzième siècle. Les protestants se sont fait un pieux devoir de le dépouiller des tableaux, des autels, des candélabres et des divers ornements dont le catholicisme l’avait enrichi. Ils n’ont cependant pas touché à sa structure, qui est à la fois élégante et majestueuse; ils n’ont pas brisé les sculptures du portail, qui représentent le Jugement dernier. A l’intérieur, ils ont bien voulu aussi respecter un baptistère en pierre noire, taillé avec une rare habileté, des stalles en chêne, (pii sont des chefs-d’œuvre de ciselure, et les Vitraux du chœur. Un de ces vitraux nous montre Dieu, le Père,

répandant du haut du ciel la manne à pleines mains, et les femmes des Israélites la recevant dans leurs tabliers. Un autre nous offre un curieux exemple des naïves associations d’idées et de l’esprit de symbolisme du moyen âge. Au haut du vitrail on voit Moïse qui, de sa verge, frappe le rocher et en fait jaillir l’eau. Cette eau met en mouvement un moulin dans lequel un pape jette les quatre évangélistes. De là tombent des hosties, qu’un cardinal reçoit dans un calice et distribue à une assemblée de fidèles agenouillés autour de lui.

Dans la sacristie, on conserve encore les vêtements sacerdotaux enlevés par les Bernois à la cathédrale de Lausanne; les quatre tapisseries qui furent façonnées à Berne, au commencement du seizième siècle, en l’honneur de saint Vincent, dont elles retracent la légende, et les six tapisseries connues sous le nom de tapisseries de Bourgogne.

Partout, atout instant, l’invisible destinée, le Fatum, semble, dans les grandes ainsi que dans les petites choses, s’amuser de l’ambition et de la vanité humaine, connue un vent capricieux qui se joue des grains de sable, qu’il soulève dans un de ses tourbillons, ou des feuilles des arbres. Les tapisseries de Bourgogne sont un des exemples matériels de cette fantaisie du sort et de son amère ironie.

Au quinzième siècle, Philippe le Bon fondait à Arras une manufacture, où il cherchait à réunir les meilleurs ouvriers. Là furent tissées, dessinées, ces six grandes toiles où apparaît une quantité de personnages de grandeur naturelle, revêtus du costume flamand du moyen âge, et représentant, ici, la justice deTrajan, le triumvirat de César, de Pompée, de Crassus ; plus loin, le passage du Rubicon et la bataille de Pharsale, et enfin l’entrée triomphale de César dans les murs de Rome.

Charles le Téméraire emportait ces tapisseries dans ses nombreuses campagnes, pour en parer sa tente comme un sultan de l’Orient, et elles furent prises en 1476 par les confédérés suisses

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