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CHAPITRE SEIZIÈME

castes, et de partager l'exercice du pouvoir avec ceux qu’elle traitait naguère comme ses humbles sujets.

Après cette violente commotion, après celle qui éclata encore en 1814, puis en 1830, à la suite d’une autre révolution de Paris, l’Etat de Berne a été entin pacifiquement constitué. Si cette ville fondée, il y a sept siècles, sur un terrain désert, ne possède plus tous les domaines qu’elle avait conquis dans les guerres civiles ou les guerres du religion, elle n’a cependant pas trop le droit de se plaindre de son sort. Elle est aujourd’hui le chef-lieu du plus grand canton de la Suisse, le siège de la diète, la résidence des diplomates étrangers, la Washington de la confédération helvétique. On y compte environ vingt-sept mille habitants. Le canton dont elle est la capitale en renferme quatre cent mille dont un huitième parle français et professe la religion catholique; le reste est allemand et appartient au protestantisme.

Cette ville de vingt-sept mille âmes a un observatoire, un jardin botanique, une galerie de tableaux où l’on a le plaisir de contempler plusieurs paysages de Didav et de Calame, un cabinet d’histoire naturelle, un gymnase, une école de préparation pour l’école polytechnique, une université, une bibliothèque qui renferme plus de cinquante mille volumes et quinze cents manuscrits dont M. Sinncr a fait le catalogue. Cette bibliothèque s’honore à juste litre d’avoir été pendant quelques années placée sous la direction de Haller, l’anatomiste, le botaniste, le médecin, le poète, l’un des hommes les plus notables du dix-huitième siècle. Né à Berne en 1708, d’une famille patricienne, il se consacra tout jeune à l’étude des sciences naturelles. Après divers voyages en Hollande, en France et en Angleterre, après avoir occupé pendant dix-sepl ans avec une haute distinction la chaire d’anatomie et de botanique à 1 ’ université de Gœttingue, il revint à Berne. Il y fut investi par le vœu de ses concitoyens des fonctions d’amtmann, et y moulait en 1 777.

Berne a souvent été citée comme une des belles villes de la

Suisse. Dernièrement, elle a été encore embellie par la construction du palais fédéral qui a coûté deux millions, et par la construction du Berner-Hof , l’un des plus vastes et des plus magnifiques hôtels que l’on puisse voir. Je 11e voudrais point la calomnier cette fière capitale de la Suisse. Mais avec ses hautes façades grises, ses rues à arcades, elle m’a toujours paru morne et sombre; ses arcades n’ont point la hauteur ni les élégantes proportions de nos arcades de Rivoli. Elles sont basses, irrégulières, évasées ou étroites. Il en est qui ressemblent à des ouvertures de grottes dans les rocs des maisons. Sous les voûtes qu’elles soutiennent, on est, il est vrai, à l’abri de la pluie et de la neige, mais on y voit peu le soleil, et on n’y respire guère le grand air. On s’y sent comprimé dans un passage assez étroit et resserré encore de chaque côté par des étalages de marchandises. Les arcades de la Grand’rue sont pourtant une des promenades favorites des Bernois, triste promenade, selon moi, et je pense aussi selon les belles dames qui exposent là leurs robes gonflées de crinoline à de rudes froissements.

Ce qui m’attire, ou plutôt ce qui me ravit à Berne, je l’ai dit, c’est la plate-forme du Munster. C’est là que je vais lire, rêver, passer de longues heures. Cependant il est un jour de la semaine où l’intérieur de la cité offre un aspect assez curieux. Bien entendu que je 11e parle pas du dimanche, ce taciturne, ce lourd, ce long, ce désolant dimanche protestant. Je parle du jour du marché. Plusieurs milliers de paysans des environs arrivent alors à Berne, campent avec leurs chevaux et leurs charrettes sur les places publiques, ou circulent gravement dans les rues, les hommes avec leur large chapeau et leur longue redingote des jours de fête, les femmes avec leur délicieux costume traditionnel, le corset noir et étroit, la chemise line et blanche, plissée sur la poitrine, le collier de velours, les chaînes d’argent entourant les deux bras, le nœud de rubans ou le léger bonnet posé coquettement sur le liant de la tête. Nos ingénieuses modistes de Paris ont

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