C HABITUE SEIZIEME
qui l’ont entreprise et qui en ontsubi toutes les fatigues etreconnu tous les périls, 11e peuvent y renoncer.
« J’ai connu, dit M. de Saussure, un jeune homme de Sixt, bien fait, d’une jolie figure, qui venait d’épouser une femme charmante, et qui me disait : « Mon grand-père est mort à la chasse, (x mon père également; je suis sûr que j’y mourrai aussi. Ce sac « que je porte sur mon dos, je l’appelle mon drap mortuaire, et « pourtant, si vous m’offriez de faire ma fortune, à la condition de « renoncer à la chasse aux chamois, je ne pourrais y consentir. » J’ai fait, ajoute M. de Saussure, quelques courses dans les Alpes avec cet homme; il était d’une adresse et d’une force étonnantes. Mais sa témérité était plus grande encore que sa force, et j’ai su que, deux ans après, le pied lui avait manqué au bord d’un précipice, où il avait subi la destinée à laquelle il s'était si bien attendu. »
Le souvenir de cette page du savant naturaliste me revenait à l’esprit tandis que, dans l’arrière-boutique du libraire, j’écoutais les naïfs récits du jeune Oberlandais. Puisse-t-il, ce vaillant chasseur, échapper aux dangers de ses audacieuses expéditions. Puisse-t-il, après avoir assez essayé son courage, déposer son fusil dans son chalet, et vivre tranquillement dans sa famille. C’est bien le moins que nous accordions un vœu du cœur à ceux qui nous donnent gratuitement quelque plaisir inattendu ou quelque enseignement nouveau, et je dois à ce chasseur des iVlpcs une des heures les plus agréables que j’aie passées dans la politique et diplomatique cité de Berne.