CHAPITRE DEUXIÈME
Le lac Léman. — Ses principaux caractères. — Ses phénomènes. — Les lacs célèbres. — Les illustrations du lac de Genève. — Voltaire. — Visite de Gibbon à Ferney. — Le
château de Nvon. — Aubonne. — Tavernier. — Chillon. — Bonnivard. — Coppet.
Son ancienneté. — Bayle. — Hoguer. — M. Necker. — Madame de Staël. — Diodati, maison de campagne de Byron. — Souvenirs de Byron. — Lausanne. — Ses savants et ses lettrés. — Gibbon et sa conversion. — Une page de l’histoire de Lausanne. — La cathédrale et le zèle des Bernois. — Une récente révolution. — Rousseau et la Nouvelle Héloïse. — Hommes illustres de Genève. — Le cardinal de Brogni et sa légende. — Calvin. — Ses violences. — Ses cruautés. — Son imposture. — Caractère des Génevois. — Le Léman et le Saint-Bernard.
Le lac Léman a dix-huit lieues de longueur et trois de largeur. C’est le plus grand lac de la Suisse, et l’un des plus attrayants par la variété et l’étendue des tableaux qui l’entourent; son bassin s’arrondit en forme de croissant, entre le canton de Genève, le canton de Yaud, le Valais et les montagnes de la Savoie; son onde limpide reflète la verdure des bois et des vignes, les façades d’une quantité d’élégantes villas, les terrasses des jardins fleuris. Un voyageur anglais, M. Forbes, le compare au miroir azuré de l’Atlantique rayonnant autour des Antilles; Byron le compare à un beau rêve. Boufflers, traduisant en son style prétentieux une théorie géologique, dit en voyant la vallée du Léman : « Un jour, l’Océan visita cette vallée, en devint amoureux et lui laissa son portrait. »
Ce lac présente, en effet, l’image d’un océan par le mouvement
de ses eaux et par leur profondeur, qui, près de Meilleraie, est de douze cents pieds. Comme l’Océan, il est agité par des vents que les bateliers du pays désignent par des noms spéciaux : le Joran, la Bise noire , le Sèchard , le Bourguignon , le Vcndaire. Comme l’Océan, il est quelquefois traversé par des trombes gigantesques; il a ses heures d’orage terrible. Byron et Shelley faillirent un jour ‘ périr dans une de ces tempêtes que nul pêcheur n’ose affronter. Comme l’Océan, il ronge incessamment, sur certains points, ses bords, tandis que sur d’autres il est ensablé et refoulé par les dépôts de graviers et de limon que le Rhône charrie dans sa course impétueuse. Comme l’Océan enfin, ce lac a une espèce de flux et reflux. i\u printemps et en automne, ses flots se dirigent par un mouvement lent, mais continu, vers la côte, puis reviennent sur eux-mêmes. Un autre phénomène curieux du Léman est celui qu’on appelle les Seiches. Dans les jours orageux, ses eaux s’élèvent tout à coup, comme par une sorte de secousse souterraine, à un ou deux mètres de hauteur, puis s’affaissent graduellement, comme une marée; chaque année, en outre, elles grossissent régulièrement par la fonte des neiges, par la crue du Rhône. En été, leur niveau est ordinairement de deux mètres plus élevé qu’en hiver; et jamais il n’est emprisonné par les glaces, ce beau lac qu’on vient voir de si loin; sans cesse il est sillonné par les barques des marchands, par les nacelles des pêcheurs, par les agiles bateaux à vapeur; et celui qui ne se lasse pas de l’admirer quand tout reverdit et s’épanouit sur ses bords aimera encore à le contempler dans l’austère aspect de ses ceintures de collines et de ses remparts de rocs revêtus d’un manteau de neige.
Dans la circonférence du petit globe terrestre sur lequel s’agite la fourmilière humaine, il est des lieux privilégiés auxquels la nature donne une beauté riante ou solennelle, et que la Providence semble réserver à la plus vive action de l’homme.
Les rives de ce lac magnifique qu’on appelle la Méditerranée ont été le berceau de trois religions répandues dans l’univers en-