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C II ANTRE DEUXIEME

lier, le temple des arts, l'arène des plus grands combats et le théâtre de la civilisation moderne.

Autour du golfe du Mexique, l’Europe a implanté son premier étendard dans sa découverte du Nouveau Monde.

Autour du lac Supérieur, dans les profondeurs de l’Amérique du Nord, se sont rassemblées les principales tribus de la race indienne.

Autour du lac Mælar, ce charmant lac de Stockholm, subsistent les légendes mythiques, les chroniques chevaleresques et les plus brillantes pages de l’histoire de Suède.

Autour du lac Ladoga, s’élève dans sa jeune splendeur la capitale de Pierre le Grand.

Autour du lac de Genève, il y a en un perpétuel mouvement d’art, de science, de poésie, suscité ou entretenu par les (ils de cette terre féconde, par des proscrits qui trouvaient un refuge dans cette contrée libérale, par de nobles voyageurs qui se plaisaient à séjourner dans ce délicieux pays. Quiconque visite la vallée du Léman avec une pensée littéraire s’y arrêtera en plusieurs endroits, devant une habitation où subsiste le souvenir de quelque oeuvre importante et de quelque nom illustre.

A tout seigneur tout honneur. Commençons notre revue par Ferney.

Le domaine où Voltaire passa les vingt dernières années de sa vie dans la perpétuelle inquiétude de son orgueil appartient maintenant à un riche joaillier qui ne se soucie nullement d'occuper le monde de son importance, qui y jouit en paix des fruits de son honnête labeur. L’église, sur les portes de laquelle l’auteur du Dictionnaire philosophique faisait graver, dans l’impudence de sa vanité, cette insolente inscription : T)eo erexit Voltaire, est maintenant transformée en une maison de ferme, où de braves gens prient humblement le Dieu que le cynique philosophe outrageait en prétendant lui rendre hommage. La salle de spectacle, où il se complaisait à jouer lui-même un rôle dans ses compositions dra-

matiques, a été démolie. L’orme qu’il se glorifiait d’avoir planté de sa main, comme un simple paysan, a été, en 1824, brisé par la foudre. La chambre à coucher où, pendant tant d’années, un ingénieux concierge a vendu tant de lambeaux de rideaux et de vêtements, tant de cannes, tant de reliques inépuisables aux naïfs admirateurs du grand homme, est occupée à présent par une bonne mère de famille, qui, je l’espère, y est entourée de meilleures reliques.

Les gazettes de la fin du dix-huitième siècle sont remplies d’une foule d’anecdotes sur le séjour de Voltaire à Feruey; en voici une qui est peu connue et qui mérite d’être citée.

Pendant que le coryphée des encyclopédistes écrivait, dans sa retraite, ses galantes épîtres et ses sentences vénéneuses, Gibbon, qui habitait alors Lausanne, se permit un jour de censurer une des œuvres du maître. Là-dessus 'grande colère du philosophe, qui, en proclamant les principes de tolérance universelle, n’admettait, en ce qui le concernait personnellement, ni le blâme, ni la contradiction; il voulut infliger une punition à son impertinent critique, et l’on sait qu’il était assez habile dans ses

procédés de châtiments.

Un matin Gibbon reçoit par la poste une enveloppe timbrée de Ferney, et renfermant une caricature, sa propre caricature. Le célèbre historien anglais était laid et fort affligé de sa laideur. Voltaire le frappait à son endroit sensible.

Gibbon, pourtant, ayant surmonté l’impression désagréable qu’il a éprouvée en regardant son hideux portrait, se dit : Il faut que je voie si l’homme qui se raille ainsi de moi est un 'Adonis. Et le voilà qui se met en route, arrive à Ferney, (t se fait annoncer au maître du château; mais Voltaire refuse de le recevoir et s’enferme dans sa chambre.

« Je suis venu ici pour le voir, s’écrie d’un ton résolu Gibbon; je ne m’en irai pas que je ne l’aie vu! » Et il s’installe dans le salon.

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