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CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

comtes de Kv bourg et des Rodolphe de Habsbourg. Ou eut dit deux tilles d’une même maison, partageant la même fortune et suivant l’une près de l’autre le même chemin. Mais quand les trois caillons primitifs de la confédération helvétique se soulevèrent contre la maison d’Autriche, Berne s’associa à cette révolte. Fribourg, au contraire, resta fidèle aux princes qu’elle considérait comme ses souverains légitimes. Les deux cités, créées par les deux Berthold de Zaehringen, s’armèrent alors l’une contre l’autre et se firent une guerre acharnée. La généreuse Fribourg ne renonça à sa vaillante résolution que lorsque Albert d’Autriche la délia luimême de ses serments, et 11e s’unit aux confédérés que pour repousser l’invasion de Charles le Téméraire. Après les batailles de Grandson et de Morat, où scs soldats se signalèrent par leur valeur, eu 1 4 8 i , le canton de Fribourg fut adjoint aux cantons confédérés par l’entremise de Nicolas de Fine.

Au seizième siècle, Berne s’agrandit par ses conquêtes, s’enrichit par ses pillages. Fribourg conserve humblement son petit domaine. Berne bâtit de hautes maisons, allonge ses arcades; Fribourg ne fait que quelques modestes constructions, de ci, de là, sur ses collines ou dans ses ravins. Berne s’est passionné pour le dogme du protestantisme et a entrepris de le propager par la persuasion ou par la violence dans le canton de Vaud, dans la vallée de Thun et de Frutigen; Fribourg qui, dans la guerre d’indépendance de la Suisse, a gardé sa fidélité à ses souverains, garde dans la tempête de la réformation sa fidélité à son Dieu. Elle défend son église, elle reste catholique. Berne est aujourd’hui la capitale d’un vaste canton et le chef-lieu de la diète; Fribourg est une petite ville de neuf mille âmes et la capitale d’un État, qui en renferme environ cent nulle. Et, eu définitive, Berne avec sa suprématie et sa fortune, Berne en dehors de ses plates-formes ouvertes sur les Alpes, a la physionomie morose d’un vieux spéculateur fatigué de son labeur, ou d’un pâle diplomate inquiet de ses dépêches; tandis que Fribourg, dans la modestie de sa coin

dition, a le riant aspect d’une honnête et pieuse et joviale jeune tille.

Les Bernois le savent bien, et depuis que celte ville a etc si rapprochée d'eux par le chemin de 1er, ils y viennent souvent se récréer. Le dimanche surtout, le chef de cuisine de l’hôtel Zaehringen est fort occupé, et les sommeliers allongent, autant que possible, les tables de la salle à manger. Ce jour-là, par le train de midi, on verra arriver une caravane de patriciens bernois, les uns désertant sournoisement le toit domestique; d’autres, plus braves ou plus libres, amenant avec eux leurs femmes et leurs enfants, tous fuyant le mortel ennui de leur dimanche pour respirer à leur aise, se promener en liberté, s’égayer sans crainte et faire un bon dîner dans la ville catholique.

ils ne sont pas malavisés, ces bons citoyens do Berne. L’hôtel Zaehringen est sans contredit l’un des meilleurs de la Suisse. Le dimanche à Fribourg est un jour justement aimé, jour de prières et de repos, véritable jour du Seigneur, qui donne la paix et la joie à ceux qui ont fidèlement rempli leur tache de la semaine. El cette ville de Fribourg! On peut bien venir de plus loin que Berne pour la voir, sans regretter le temps qu’on emploiera à ce trajet. Quelle situation pittoresque! quel singulier panorama! Une grande partie de la ville perchée sur les hauteurs de la presqu’île dont la Sai ine arrose la base; une autre descendant sur les flancs du coteau escarpé, jusque dans la vallée, jusqu’au bord de la rivière; des remparts où jadis retentissaient les cris de guerre; des couvents consacrés par une pensée de piété et de miséricorde; ici, les œuvres des municipalités modernes, les grandes places cl les larges rues; là, les vestiges d’un autre temps, les ruelles étroites et tortueuses, les carrefours obscurs, les escaliers par lesquels on descend du plateau de la ville haute aux derniers gradins de l’amphithéâtre de la ville basse; ici, les boutiques aux coquettes devantures, les larges habitations des riches, les façades blanches, les persiennes vertes ; là, les vieilles maisons aux murs

CIIAIMTKK DIX-SKI'TIÈM K.

noirs, les fenêtres étroites garnies de petites vitres ternes, les toits à pignon; de côté et d’autre, des cours spacieuses et des jardins, de petites maisonnettes solitaires suspendues, connue des cellules d’ermites, au bord d’un ravin; d’autres abritées comme des cottages sous un dôme de sapins ou d’arbres fruitiers; tous les contrastes de la vie industrieuse et de la vie rustique, toute une image en relief des divers Ages d’une cité, de son état ancien et de ses modifications nouvelles.

Que de bonnes heures j’ai passées sur la terrasse de l’hôtel Zaehringen à contempler un de ces tableaux de Fribourg! A côté de cette maison est le fameux pont en lil de fer, le plus grand et le plus hardi qui jusqu’à présent ait été construit en Europe. Par ses chaînes aériennes, il rejoint deux collines séparées l’une de l’autre par un espace de neuf cents pieds de largeur, par un préeipicede cent quatre-vingts piedsde profondeur. Quand je regarde cette audacieuse construction, il m’est agréable de penser que c’est un Français, M. Clialey, de Lyon, qui a eu le courage de l’entreprendre et le bonheur de l’achever si habilement, que pas un ouvrier n’y a péri .

La terrasse sur laquelle j’aime à m’asseoir s’élève sur un roc escarpée comme un balcon, au faite d’un mur perpendiculaire. De là, je vois en face de moi une colline couronnée de tours en ruine, < j 1 1 i ont eu leurs jours de combats et leurs joursde gloire au temps où Veit- Weber, le vaillant poète, le Tyrtécdes batailles helvétiques, saluait ce boulevard de la confédération.

« Chantons Fribourg, ville de l’Uecbtland, placée à la frontière des Alpes; elle deviendra la clef de la confédération.

cc Allégresse! Fribourg est plein de braves, de braves, fermes comme des lions. Livre-t-on l’assaut quelque part, aussitôt on y voit courir à l’œuvre les liers gars de Fribourg.

«Ah! solides sont tes murailles et soutenues par de bonnes tours; et Lu ne laisses pas chômer ton or, tu construis de nouveaux bastions, de nouveaux remparts, bourgogne ne le pourra nuire*.

VOYAGE EN S UISSE.

« Non, car si le duc vient, si le Bourguignon te bloque, tu feras jouer tes couleuvrines à travers ses épais bataillons. »

Près d’une de ces tours se déroule un autre pont aérien moins long que celui qui a été fait par M. Chalev, mais plus élevé et léger comme une balançoire. Le pied d’un enfant le fait osciller.

Entre les deux collines, rejointes l’une à l’autre par ses cordages en lil de fer, est le vert, l’agreste, le charmant petit vallon de Gotteron. Des paysans et des ouvriers l’habitent ; une route le traverse, un ruisseau y coule et y fait mouvoir les roues de divers établissements industriels. Dans la journée, ce petit vallon est très-animé par le travail. Le soir, on ne peut rien voir de plus calme. Les chevaux du laboureur sont rentrés à l’étable; l’ouvrier a fini sa journée; la scierie cesse de déchirer les troncs de sapins, et Je marteau du forgeron reste immobile sur l'enclume. Au son de l 'Angélus, la mère de famille réunit ses enfants, qui jouent et bourdonnent de côté et d’autre comme de jeunes hannetons, et, leur ayant fait faire leur prière, les conduit à leur lit. Les vieillards restent encore assis sur le seuil de leur porte, causant amicalement avec leurs voisins. Les jeunes gens se promènent en lumant leurs pipes, et il en est plus d’un qui voudrait bien prolonger indéfiniment la soirée près de la belle jeune tille à laquelle il murmure de tendres paroles. Peu à peu cependant chacun rentre au logis, les portes se ferment, les lumières s’éteignent successivement, toutes les maisons de la petite vallée s’endorment entre leurs collines, comme des nids d’oiseaux entre deux sillons. A quelques pas derrière moi, sur la terrasse d’où je regarde cette innocente scène champêtre, est la salle à manger, où les sommeliers s empressent de servir des voyageurs qui viennent d’arriver parla diligence d’Yverdon ou par le chemin de fer de Berne, et à mes pieds est cette petite colonie paisible d’agriculteurs et d’artisans, qui teronl le voyage de la vie sans sortir de l’étroite enceinte

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