CHAPITRE DI X-SEPTI KM E
seront les glaces, saccagèrent les meubles. En une seule matinée, ils eurent la gloire d’éventrer là dix-sept pianos. Dans ce magnifique édifice où les plus nobles familles catholiques de ^Europe se plaisaient à placer leurs enfants, on a établi une école cantonale. Les Fribourgeois regrettent la célèbre institution qui honorait et enrichissait leur cité. Mais la majorité de la diète helvétique est protestante. Ces protestants qui ont tant proclamé le principe de franchise religieuse, le droit de libre examen, qui ont tant condamné 1 idée de proscription, proscrivent impérieusement l'ordre des jésuites, et la minorité catholique est obligée de céder.
La cathédrale Saint-Nicolas fut construite environ un siècle après la fondation de Fribourg. La ville était petite encore, et elle faisait son église grande. La tour qui la surmonte ne fut achevée qu’à la fin du quinzième siècle. Les Fribourgeois la doivent à une touchante pensée de piété et de patriotisme.
Vers Lan 1 450, des patriciens de Berne qui essayaient de s'opposer aux exactions d’Albert d’Autriche, furent arrêtés par l’ordre de ce prince, transportés et enfermés à Fribourg en Brisgau. Là ils admiraient la superbe tour de la cathédrale qui s’élevait devant les murs de leur prison, et ils se disaient que si jamais ils rentraient dans leur cité natale, ils voudraient y bâtir une tour sem blable. Et lorsqu’ils furent affranchis de leur captivité, ils accomplirent leur vœu. Ils édifièrent cette tour qui est la plus haute de toutes celles qui existent en Suisse, la plus majestueuse par sa large base, la plus gracieuse par ses élégantes proportions, lies tourelles gothiques décorent ses quatre angles, des colonnettes légères comme les fuseaux d’une (lieuse s’élancent sur ses murs, des clochetons pareils à des bouquets de fleurs couronnent son faite. Son portail est un vaste tableau en pierres sculptées, un tableau qui comme les mystères qu’on jouait au moyen âge représente d’une façon naïve une des plus solennelles pensées du christianisme. On y voit les morts qui se lèvent au son de la trompette du jugement dernier, les anges qui pèsent dans la balance
les vices et les vertus de celui qui est appelé à rendre compte de sa vie devant le Dieu suprême, des petits diables qui d’une main perfide tâchent de jeter un faux poids dans le bassin des péchés; d’un côté, saint Pierre tenant entre ses mains les clefs d’une porte gothique qui est la porte du paradis; de l’autre, un des ouvriers de Satan, un être hideux dont la tête est dessinée sur le modèle d’une tête de porc, emporte sur son dos, dans une hotte de chiffonnier, un amas de damnés qu’il va jeter pêle-mêle dans un chaudron sous lequel d’autres diaboliques manœuvres attisent un feu ardent. Un peu plus loin, l’enfer est figuré par un dragon monstrueux dont la gueule entr’ouverte et armée de dents formidables attend avec impatience sa proie. Au-dessus de ce dragon, trône Satan dans son farouche orgueil; plus haut est la sereine, la divine image du Rédempteur, vers laquelle s’élèvent avec une pieuse espérance les regards des lidèles.
L’heureuse cathédrale de Fribourg, fidèle à son culte catholique, a conservé les trésors de scs donations catholiques : ses autels parés de fleurs, ses vitraux éclatants, scs stalles en chêne dessinées et façonnées par d’habiles artistes, sa chaire, son baptistère, deux chefs-d’œuvre de sculpture en pierre, deux bijoux brodés comme des dentelles, ciselés comme des pierres d’orfèvrerie, et ses orgues, ses fameuses orgues d’Àloys Moser. •
Nous les voûtes de cette église, j’ai entendu les harmonies, et j’ai cru voir se révéler les scènes les plus émouvantes du poème de la nature. Ce poème, j’en ai gardé le souvenir. Je voudrais essayer de le retracer.
C’est le malin. Debout sur la pointe des rocs, les pâtres s'appellent et se répondent d’une montagne à l’autre. On entend vibrer au loin, puis peu à peu s’affaiblir et mourir dans l’espace, les sons graves et mélancoliques de leurs alphorns. Dans la vallée, tout s’éveille au rayon d’un beau soleil d’été. Les oiseaux chantent, les chevaux hennissent, les enfants poussent des cris de joie; le laboureur attelle ses bœufs à son chariot; le faucheur aiguise sa