CHAPITRE DIX-SEPTIEME
fut membre de l’Académie des inscriptions et bel les -lettres; Agassiz, le célèbre naturaliste; le pasteur Bitzius, qui, sous le pseudonyme de Jérémie Gotthelf, a composé des contes et des romans très-populaires; A. Daguet, un jeune et aimable professeur, qui joint au talent de l’écrivain l’esprit d’investigation et le zèle laborieux de l’érudit. On lui doit plusieurs notices très-intéressantes sur la littérature et les traditions de son pays, et une excellente histoire de la Suisse.
Il y a longtemps que le goût des lettres est répandu dans ce canton de Fribourg. Au quinzième siècle, ses patriciens faisaient déjà des vers français, témoin ce sénateur qui, étant enfermé par l’ordre du rapace Albert d’Autriche dans les cachots de la tour du Peuplier blanc, écrivait cette naïve complainte, premier bégayement,ditM. Daguet, de la langue d’oil dans la contrée tudescoromaine de Fribourg :
Ayez pidié deis pourrons presonniers.
Qui nuyct et jour ont servi léaument.
Le noble prince en fut mal informié !
Ah! pryons Dieu lequel est tôt puissant Que de la tor nos traise briefvement.
La loi- est froyde, a peu d’ébastemenl,
Le noble prince nos traise briefvement l'or lui servir tojors alègrement.
Les presonniers qui ont faict cette chanson, Pryont bien Dieu que leur fassiez raison Devant leur duc, seigneur de grand renom. Ayez pidié des pourrons presonniers.
La plus grande partie de la population du canton de Fribourg ne parle que notre langue; les habitants des villes la parlent en général très-correctement; le peuple l’a transformée en un patois, el a composé dans ce patois plus d’un conte burlesque et d une joviale chanson. En voici un exemple. C’est un ranz des vaches <1 ne chantent les patres du district de Gruyères :
Lé zarmailli doi Colombetté 1 Hé bon matin sé sàn lélia,
Ah ! ali ! ah ! ah !
Liauba ! Liauba! por aria.
Vinidé toté Bliantz et nairé Rodz et motailé Dzjouven et otro Dézo on tschama Jo îe vo z’ario Dezo on treinblia Jo ïe treintzo Liauba ! Liauba !
Ivan san vegniu ai hassé z’ivoue De ne sein lopi ke l’an pu passa,
Ah ! ah ! ah ! ah !
Poura Pierro, ke fain no iei.
, No fo alla tzi l’eineoura.
Kè volliai vo kié ïe lai diesso
A noutrou bravo l’eincoura?
hé fo ké no diess ouna messa
Por ké no pussein lai z’y passa.
L’é z’alla lierre à la pouerta
Et l’a d’ceinqui à l’eincoura.
Por ké vo no diessi na messa,
Porké no lai pussein passa.
' Les armaillers (les vachers) des Colombelles de bon malin se sont levés pour traire leurs vaches.
Venez toutes, blanches et noires, rouges el étoilées, jeunes et autres sous un chêne où je vous trais, sous un tremble où je tranche le lait.
Quand sont venus aux basses eaux aucunement n'ont pu passer.
Pauvre Pierre, que faisons-nous ici? 11 faut aller trouver le curé.
Que voulez-vous que je lui dise à notre brave curé.
Qu’il nous dise une messe pour que nous puissions passer.
Il est allé frapper à la porte et a dit au curé :
Il faut que vous nous disiez uner messe, pour que nous puissions passer.