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CHAPITRE DI X -SEPTIEME

Rcintorna l’cin, mon pourro Pierre,

Diri por vo n’ Ave Maria.

Prau bein, prau pri ïe vo solielle,

Ma vigni mé sovein Irova.

Picrro révein ai liasse z’ivoué El tôt de suite l’ein passa

Elle est bonne et honnête cette population du canton de Fribourg, très-accorte envers l’étranger, et très-hospitalière. Elle est belle et forte, et a l’humeur joyeuse de ses qualités morales et physiques : Mens sam in corpore sano.

Ces mêmes hommes que l’on voit entrer le dimanche si dévotement dans l’église; ces mêmes femmes qui restent agenouillées sur le pavé de la nef pendant toute la durée de la grand’messe, on les voit après l’office se réunir sous le toitd’une grange ou sous un vert poirier pour chanter et danser. En automne, après la moisson, chaque village a un violon on une clarinette qui appelle les jeunes gens à la valse, et les vieillards au riant spectacle des amusements de leur jeunesse. En été, filles et garçons forment le soirde grandes rondes et sauti lient à qui mieux mieux en chantant, dans leur dialecte rustique, des chansons traditionnelles qu’on appelle les Caraoulés. Quelquefois plusieurs villages organisent ensemble une fête fraternelle qu’on nomme les fêtes de voisinage. Riches et pauvres, .jeunes et vieux, tout le monde s’y associe. Elle commence par une grand’messe, ensuite un banquet, ensuite une danse bruyante. Dans ces amicales assemblées, chaque homme doit avoir sa compagne, qu’il gardera tout le jour, qu’il conduira gravement à l’église, et galamment à table et à la salle de bal. Mais il ne peut choisir lui-même celle qu’il désirerait selon son âge ou sa condition; c’est le sort qui la lui désigne, et je laisse à

1 Relourne-t’en, mon pauvre Pierre, je dirai pour vous un Ave Maria.

Je vous souhaite beaucoup de biens et de fromages, venez souvent nie visiter. Pierre retourna aux basses eaux et tout de suite ils ont pu passer.

penser tout ce que le sort produit de singulières disparates en cette circonstance, et quels rires quand on voit une vieille femme se suspendre, en vertu d’un billet de loterie, au bras d’un beau jeune homme, et quand un des patriciens de la localité doit promener tout le jour une pauvre ouvrière ou une servante ! Au fond de ce divertissement populaire qui remonte à une époque lointaine, n’y a-t-il pas l’élément d’une pensée sérieuse, la réminiscence du principe évangélique qui jadis réunissait les néophytes de tout âge et de tout rang aux mêmes agapes, en un même sentiment de confraternité.

Les austères protestants accusent les Fribourgcois de célébrer trop de fêtes ! Que de temps perdu! disent-ils dans leur superbe sagesse! Time is money (Le temps est de l’argent) a dit un de leurs maîtres, Franklin. Oh! le froid, le triste, le cruel axiome! Le temps éphémère de notre vie ne peut-il donc être mieux appliqué qu’à des calculs d’argent? Est-ce du temps perdu que celui que nous employons à récréer notre esprit, à dilater notre cœur, à multiplier et prolonger de gaies réunions, à jouir des dons de la terre et des dons du ciel? Non, non. Après ces heures de relâche, mise remet plus aisément au travail, et quand l’âme est rafraîchie, retrempée par une honnête joie, plus contente d’elle-même, elle est plus disposée à l’indulgence envers les autres, plus prompte à la charité. C’est là une des lois de la nature humaine, et, si je ne me trompe, une des tendres lois de Dieu.

Il est vrai que les Fribourgcois 11e fondent point de grandes maisons de commerce comme les gens de Genève, ni de vastes fabriques comme ceux de Zurich, ni de riches comptoirs comme ceux de Bâle. Mais ils cultivent très-bien leurs terres et élèvent dans leurs pâturages de superbes bestiaux. A ces occupations agricoles ils joignent diverses entreprises industrielles ; une quantité de brasseries, une verrerie fort estimée dans toute la Suisse, plusieurs ateliers d’horlogerie, des ouvrages en paille tressée, qui occupent un grand nombre de femmes, et des fruiteries. Le cercle de

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