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CHAPITRE DIX - 11 li I TT KM K

« Au premier bruit de la mort d’Amédée et des soupçons qui s’élevaient contre Grandson, Gérard crut retrouver une nouvelle vie. 11 mesura profondément l’énormité du crime et les conséquences possibles de l’atteinte morale portée à son rival. 11 pressentit aussitôt la ruine d’Othon et goûta pour la première lois tout ce que la vengeance recèle de volupté. Mais la haute position et les alentours de son ennemi ne lui permettant pas d’entreprendre à découvert une lutte qui ne pouvait être égale, il s’appliqua à renfermer d’avance dans une enceinte sans issue. On vit alors sa haine, patiemment avide, recueillir, répandre et envenimer tout ce que la méchanceté et la sottise inventaient et débitaient sur Othon. Ces mille et mille accusations, portées de bouche en bouche, s’en allaient grandissant sans cesse. Elles devinrent bientôt si affirmatives, elles se répétaient de toutes parts avec tant d’assurance, elles se revêtaient, en un mot, d’un caractère si apparent d’authenticité, que, dans le pays de Yaud, bien peu restaient qui osassent douter encore de l’odieuse participation de Grandson au meurtre de son souverain.

« Gérard voyait tout cela, et, dans la persistance et l’astuce de ses combinaisons, éprouvait une joie diabolique. Quand, après l’arrestation de Pierre de Lompnès, le prince de Morée vint occuper de vive force le château d’Othon, Gérard crut assister enfin à l’exécution de la sentence qu’il se flattait d’avoir préparée, et nul ne saurait dire le sombre ravissement qui passa dans ses yeux quand, du haut des tours de Stavayé, il put voir le glaive de la justice errer sur les murs solitaires de son rival. Mais il eut bientôt à modérer ses transports. 11 ne tarda pas à apprendre que Grandson, examiné par les ducs, avait été renvoyé absous. A cette nouvelle inattendue, Gérard sentit son ancienne rage se réveiller plus ardente. Toutes les furies semblaient s’être réfugiées dans son cœur. L’acquittement d’Othon lui devint un second outrage et acheva de dévorer son repos. C'était l’unique pensée de ses veilles,

et cette même image abhorrée le poursuivait dans le rare et court

sommeil que lui permettait son mal. Consumé et hors d’état de se résister plus longtemps à lui-même, il résolut de tenter enfin le dernier parti offert à son ressentiment; c’était d’appeler son adversaire en combat singulier, en l’accusant de la mort d’Amédée Vil et de celle d’Ughes de Grandson, parent du même Olhon, laquelle n’avait été ni moins violente, ni moins mystérieuse. 11 11e se dissimulait point le péril auquel il s’exposait en cela, mais il se savait moins chargé d'ans et plus vigoureux qu’Othon; il avait l’affreuse conscience de la supériorité de sa haine et il espérait en elle pour vaincre. »

11 se présenta donc à Louis de Joinville, sire de Divonue, bailli du pays de Vaud, et lui adressa sa requête en ces ternies :

« Sire bailli, je Gérard de Stavayé, me clame en votre main, comme lieutenant, pour faire raison de mon très-cher et redouté seigneur monsieur de Savoye, de messire Olhon de Grandson : si vous requiers comment le veuillez assigner à un jour, selon raison et coutume du pays, et lui veuillez notifier, que, à celui jour, je lui maintiendrai et dirai, que, il, faulsement et maulvaisement, a été consentant de la mort de mon redouté seigneur monseigneur de Savoye, dernièrement mort, et aussi de messire Ughes de Grandson, son seigneur; et ce, je lui dis et dirai, et maintiendrai mon corps en contre le sien, à Modon, où raison se doit faire de toutes causes touchant les bannerets, par devant vous, comme bailli et commis pour faire raison et justice, me veuillez avoir agiter et terminer ladite clame par devant vous comme sire souverain desdites parties, et à qui plus appartient de cognoitre dudit cas, par toutes raisons, que à nul autre, considéré la grosseur de la matière qui est crime de lèze majesté. »

Le sire de Divonne, après avoir entendu Gérard, 11e lui fit d’autre réponse, sinon qu’il en référerait à (pii de droit. 11 transmit en effet la requête à Amédée VIII, mais elle souleva dans le conseil du prince les avis les plus opposés. Les uns pensaient que, dès l’instant qu’Othon, juridiquement examiné, avait pu n’encourir au-

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