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CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Neuchâtel. — Ses différents maîtres. — Le prince Berthier. — La dernière révolution. — La famille Pourtalès. — De Pury. — Le territoire du canton. — L’industrie. — Le Locle. — La Chaux-de-Fonds. — La montre du Val-Travers. — Horlogerie. — Joseph Droz. — Hôtel Bellevue. — Souvenirs de la Suisse. — Granges. — Dazio Grande. — Glaris. — La guerre d’Amérique. — Les ouvriers. — Les montagnards. — Excursion autour de la Chaux-de-Fonds et du Locle. — Le Douhs, — La légende du batelier.

Des bateaux à vapeur sillonnent chaque jour dans toute son étendue le lac d’Yverdon et de Neuchâtel. Ce lac n’a point la grandeur de celui de Genève, ni l’éclat de celui de Zurich, ni la romantique beauté de celui de Lucerne; mais il est agréable à voir : des coteaux de vignes bordent scs contours; des jardins se reflètent dans ses eaux; de riches villages, d’élégantes habitations, décorent ses rives.

Neuchâtel, bâti à peu près à son extrémité septentrionale, est une des belles villes de la Suisse. Un ancien château d’un aspect imposant la domine. Une partie de ses édifices est construite sur un terrain aplani; une autre sur deux collines du Jura entre lesquelles roulent les flots du Seyon, qui va se jeter dans le lac.

Peu de villes ont eu autant de différents maîtres que celle-ci. D’abord elle appartint à l’empire de Rome, puis au royaume d’Arles, puis au royaume de Bourgogne et à l’empire d’Allemagne. En 1288, Rodolphe de Habsbourg la donna à Jean de Châlons, sei-

emeur d’Àrlav. Pendant un siècle et demi elle fut successivement

régie par divers seigneurs. En 1504, Jeanne de Châlons l’apporta en dot à son mari Louis d’Orléans-Longueville. Ce prince ayant irrité les Suisses, qui, à cette époque déjà, formaient une ligue redoutable, les gens de Berne, de Fribourg, de Soleure, s’emparèrent de son comté, et pendant dix-sept ans le gouvernèrent comme un pays conquis. En 1529, Louis d’Orléans étant mort, sa veuve obtint enfin la restitution de ses biens, mais à la condition d’accorder plusieurs privilèges au pays de Neuchâtel et de reconnaître ses traités d’alliance avec quelques-uns des cantons helvétiques. En 1707, à l’extinction de la maison d’Orléans-Longueville, on ne vit pas moins de quinze prétendants se disputer la possession du. petit État de Neuchâtel. Les deux principaux étaient le prince de Conti, soutenu par Louis XIY, et le roi de Prusse, appuyé par l’Angleterre et par les cantons suisses. Après de longues négociations, des querelles et même des menaces de guerre, tout finit par s’apaiser. Les magistrats et les conseillers de Neuchâtel, appelés à élire leur souverain, choisirent le roi de Prusse, parla raison, disaient-ils, que ce prince était assez puissant pour pouvoir, au besoin, les protéger, et trop éloigné pour pouvoir les opprimer. Quelques historiens racontent que cette ingénieuse pensée fut corroborée, dans l’esprit de plusieurs votants, par la puissance d’un don pécuniaire. Les libres et pures élections de gouvernement, qu’elles sont rares! Depuis les temps antiques, depuis les assemblées des républiques gtecques jusqu’aux tumultueuses réunions du peuple romain, jusqu’aux orageuses décisions des prétoriens, jusqu’aux diètes aristocratiques de Pologne, jusqu’aux désordonnés pronunciamentos de l’Amérique du Sud, jusqu’à tant d’autres oeuvres du suffrage populaire, en tout temps et en tout pays, l’élection est entachée de corruption. C’est triste à dire, mais cela est.

En 1807, Napoléon n’en appelait point à un scrutin du peuple pour accomplir un de ses projets. Par la force de son épée il Iran-

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