CHAPITRE DIX-NEUVÏ ÈM E
trait plus véridique • « Les Neuchâtelois, dit-il, n’ont pas la gaieté et la naïveté des Vaudois ; ils sont plus calculateurs, plus réservés et plus sérieux. Ils n’ont pas la vivacité des Génevois; leur parler est lent et souvent peu aisé. Peuple limitrophe, ils parlent un dialecte qui se distingue des autres dialectes français par le grand nombre de mots allemands qu’il contient, et ils offrent à la fois des traits du caractère français et du caractère allemand. Ils sont prompts à s’échauffer, et ont plus de prétention à l’esprit que d’esprit. Mais ils possèdent quelque chose de cet humour allemand qui n’est pas tant une qualité de 1 ’ intelligence qu'une disposition générale de l’âme. Attachés à leurs anciennes institutions et à leurs anciennes mœurs, ils se laissent peu séduire par les idées passagères du moment et répugnent à tout progrès qui commence par anéantir ce qui existe. La religion est parmi eux en grand honneur; elle occupe une .place dans la plupart des actes publics de la vie; elle est assez puissante même dans la majeure partie du pays pour empêcher, par la simple action de l’opinion publique, toute manifestation ouverte d’incrédulité. L’instruction est très-répandue parmi les Neuchâtelois. Ils vont en diverses contrées exercer la profession de précepteurs ou de négociants. Mais ils veulent revenir terminer leurs jours dans leur patrie '. »
Plusieurs hommes distingués sont nés dans ce petit pays, entre autres : Dubois de Montpéreux, qui s’est illustré par son voyage au Caucase; de Chambrier, à qui nous devons une très-bonne histoire de Neuchâtel ; Léopold Robert, le peintre des Moissonneurs; Bréguet et Berthoud, les deux habiles horlogers.
Neuchâtel possède des écoles et des établissements de bienfaisance qu’on est surpris de trouver dans une petite ville de huit mille âmes. Elle a une douzaine d’écoles élémentaires, un collège, et un gymnase qui renferme une bibliothèque publique enrichie par plusieurs généreux citoyens. Le vaste batiment du
1 Précis d'ethnographie, de statistique. Neuchâtel, 1838.
gymnase renferme aussi un musée de peinture, qui possède des œuvres des principaux artistes suisses, entre autres de Calame, l’admirable paysagiste, et de Léopold Robert. Plusieurs Neuchâtelois, notamment M. J. C. Pourtalès et M. Pury, ont fait pour leur cité natale ce que n’a fait aucun de ses seigneurs.
La famille Pourtalès, anoblie par la Prusse en 1750, décorée d’une couronne de comte en 1815, s’est enrichie par le commerce, par des habitudes d’ordre et d’économie alliées à de généreux sentiments. J’en ai entendu citer un trait vraiment caractéristique par un des plus honorables négociants du canton de Neuchâtel, M. D... Tout jeune, M. D. était entré dans les bureaux de M. Pourtalès pour y faire son apprentissage. Un matin, après avoir essayé, taillé, essayé de nouveau et retaillé sa plume, il la jette sur le parquet avec impatience. Son patron, qui par hasard passait près de lui en ce moment, ramasse la plume, et, sans dire un mot, la dépose sur sa propre table. Un instant après entre un de ses amis, qui venait le prier de lui prêter quelques milliers d’écus pour un payement qu’il devait faire immédiatement. «Trèsvolontiers, » répond M. Pourtalès, qui aimait à rendre service, et, pour signer le reçu de la somme qu’il lui remettait, il présente à son ami la plume mutilée et rejetée par son jeune commis. L’opération finie, l’ami parti, il appelle M. D... et lui dit avec douceur : « Vous voyez, mon enfant, que cette plume qui vous semblait complètement usée pouvait encore être employée à obliger un honnête homme. »
Les Pourtalès ont considérablement coopéré à l’embellissement et à la prospérité de Neuchâtel. En 1808, M. J. C. Pourtalès a doté cette ville d’un vaste hôpital, où tous les malades sont reçus sans distinction de nationalité ou de religion. Il a même adjoint à cet établissement une chapelle catholique.
David Pury, cet autre généreux citoyen de Neuchâtel, était né dans une obscure et pauvre condition. Mais il avait les qualités de # jugement et d’esprit par lesquelles un homme ne peut manquer