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CHAPITRE VINGTIÈME

Suisses et par la compagnie de Lyon, rejoint Neuchâtel à Pontarlier, et se relie à la grande ligne de Lyon à Paris. 11 ne me parait pas non plus destiné à donner de grands bénéfices à ses actionnaires. Je l’ai parcouru pour la première fois au mois de novembre. Le convoi se composait de quatre ou cinq wagons fort peu remplis, et plus de deux cents hommes étaient employés sur différents points à déblayer la neige qui déjà encombrait la voie. Mais, si les actions de ce chemin ne font pas grand bruit à la Bourse, en revanche ceux qui l’auront visité se plairont à en palier, car c’est assurément l’un des chemins les plus curieux et les plus pittoresques que l’on puisse voir. Des rives du lac de Neuchâtel jusqu’au pied de la sablière de Pontarlier, il se déroule en de longs circuits et s’aventure dans des passages qui semblent infranchissables. Tantôt il apparaît comme suspendu aux parois d’un rempart de rocs, et court follement au bord d’un abîme, tantôt il serpente sous les rameaux des arbres, au bord d’une riante vallée; tantôt il contourne les flancs des montagnes, coupe le lit des torrents, et s’engouffre dans des cavités profondes.

En sortant d’un de ces ténébreux tunnels, du haut d’une des crêtes escarpées sur lesquelles la bouillante locomotive s’élance comme un dragon de feu, tout à coup on aperçoit comme une fraîche et verte oasis, comme un doux et mystérieux asile, le Val- Travers, auquel les Confessions de Rousseau ont donné un renom littéraire. Ce fut là qu’en 1762, après la publication du Contrat social et de V Emile, il vint se réfugier, ce malheureux philosophe, « ce sauvage Rousseau, a dit Byron, ce sophiste, bourreau de luimême. »

The self-torturing sophist, wild Rousseau

11 nous a dit, dans sa vaniteuse autobiographie, quel plaisir il éprouva d’abord à vivre sous son paisible toit de Mothier; com-

1 Childe-Harold, chant 111.

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