‹ Voyage en SuisseChapitre 194 sur 200 · US · texte numérisé non relu

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ment il s’y sentit protégé par la bienveillance de lord Keith, gouverneur de Neuchâtel; comment il assistait au prêche du dimanche, avec le vêtement arménien (ju’il avait adopté dans une de ses bizarres fantaisies; comment il écrivit dans cette solitude du Jura ses Lettres de la Montagne , et comment, après avoir publié ce nouveau livre, il fut injurié, persécuté par cette même population champêtre qui d’abord l’observait avec étonnement peut-être, mais avec un certain respect.

Voltaire, en apprenant la fuite de Rousseau et le nom du lieu où il s’était retiré, composa, dans son implacable inimitié, ces vers acerbes :

Dans un vallon, tort bien nommé Travers,

S’élève un mont, vrai séjour des hivers;

Son front altier se perd dans les nuages,

Ses fondements sont au creux des enfers.

Au pied du mont sont des antres sauvages Du Dieu du jour ignorés à jamais.

C’est de Rousseau le digne et noir palais :

Là se tapit ce sombra énergumène,

Cet ennemi de la nature humaine;

Pétri d’orgueil et dévoré de fiel.

Il fuit le monde et craint de voir le ciel.

Que les apôtres des idées subversives se jalousent l’un l’autre et s’attaquent avec acharnement, c’est tout naturel; que les génies malfaisants des sociétés se dévorent entre eux comme des loups, nous ne pouvons que nous en réjouir; que le cynique auteur de la Pucelle lance un cri de réprobation contre l’auteur du Contrat social , ce n’est pas moi qui l’en blâmerai; mais, quand il parle du Val Travers comme il Ta fait, il prouve seulement une fois de plus combien son âme était dénuée d’un des plus nobles, des plus purs éléments de poésie, du sentiment de la nature.

Entre les hautes montagnes qui l’enlacent de tout côté, le Val- Travers apparaît comme un ruban diapré de différentes couleurs.

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