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line de ces montagnes s’appelle le Creux-du-Vent. On dirait qu’un des vents d’Éole y est renfermé et s’y agite à certaines heures; car il y a là une crevasse d’environ mille pieds de profondeur qui, lorsque le temps doit changer, semble ébranlée par une rafale intérieure. A son ouverture s’élève une poussière blanche qui tournoie comme une trombe et flotte comme un nuage.

Une autre de ces montagnes s'appelle le Dos-de-l’Ane. Cet âne jurassien n’est pas facile à monter. Il a quatre mille trois cents pieds d’élévation au-dessus de la mer, et du côté de l’est il est à peu près inaccessible. Cependant on conduit, en été, des vaches dans ses pâturages et à sa sommité est un vaste chalet.

Entre le Creux-du-Vent et Neuchâtel est une autre grotte pleine de stalactites comme celle qu’on voit à l’extrémité de la vallée de Joux, près de la source de l’Orbe et que les gens du pays appellent la Cava di Faie. On dit que cette grotte, remplie à présent de débris de colonnes, de chapiteaux et de pendentifs, était jadis un splendide palais. Les fées du pays y demeuraient, de douces fées bienfaisantes. Le jour, elles allaient de côté et d’autre visiter la maison du laboureur ou le chalet du pâtre, consoler une âme en deuil, soulager un indigent. Le soir, elles rentraient dans leur demeure, interdite sévèrement au regard profane des humains. Un soir, un jeune berger eut la hardiesse de suivre ces chastes nymphes dans leur grotte de cristal, et l’impudence de les contempler à la lueur d’un flambeau, lorsqu’elles furent endormies. L’une d’elles, s’étant éveillée, poussa un cri sinistre. Toutes ses compagnes se levèrent aussitôt, et s’enfuirent comme des oiseaux éperdus. Depuis cette nuit fatale, jamais on ne les a revues. Les voûtes de leur palais s’écroulèrent, et le téméraire berger fut englouti sous leurs décombres.

Les légendes du peuple les plus simples en apparence ont quelquefois un sens profond. Celle-ci ne nous prévient-elle pas d’un danger auquel on s’expose par une trop vive curiosité? N’y a-l-il

pas dans les grandes œuvres de Dieu des mystères que l’homme

ne doit pas tenter d’approfondir, et dans les réalités mêmes de la vie journalière, n’est-il pas imprudent de vouloir examiner de trop près, scruter et analyser ce qui nous tient au cœur? Que de fois, par ce rigoureux examen, nous nous exposons à découvrir le mensonge sous les plus belles apparences de vérité, et à remplacer un heureux espoir par une amère déception! Le mystère est la sauvegarde de plus»d’une croyance. Tel était le respect des anciens pour certaines idées mystérieuses, qu’ils en faisaient une sorte de culte, et telle est la pensée philosophique que Schiller nous présente dans son poème intitulé : L'Image voilée de Sais.

Un jeune homme que la soif de la science entraînait à Sais, en Égypte, pour apprendre la sagesse secrète des prêtres, avait parcouru rapidement plusieurs degrés de savoir. Sou esprit inquiet le poussait toujours plus loin, et l’hiérophante pouvait à peine modérer l’ardeur de l’impatient disciple.

« Qu’ai-je donc, s’écriait-il, si je n’ai pas tout? La science soullre-t-elle le plus et le moins? La vérité est-elle comme la fortune, qui se distribue en parts inégales, et que l’on possède en grandes ou petites parcelles? La vérité n’est-elle pas une et indivisible? Prends un accord dans une harmonie; prends une couleur dans l’arc-en-ciel: ce qui te reste n’est rien, tant que tu ne réunis pas l’ensemble des sons et l’ensemble des nuances. »

Ils s’entretenaient ainsi dans une enceinte solitaire et silencieuse, où une image voilée et gigantesque frappa les regards du jeune homme. 11 la contempla stupéfait, et s’écria : « Qu’y a-t-il donc derrière ce voile? — La Vérité. — Quoi ! dit-il, c’est la Vérité seule que je cherche, et c’est elle que l’on me cache ! — Sou lève ce voile avec l’aide de la divinité, répond l’hiérophante. « .N ul u homme, a-t-elle dit, ne lesoulèvera sijene le seconde moi-même.» Et celui qui, d’une main profane et coupable, osera arracher ce voile sacré, ce voile interdit... — * Eh bien? — Celui-là verra la Vérité. — Etrange oracle ! Toi-même, tu ne l’as donc jamais soulevé? — - Moi? Oh! non, jamais, et je n’en ai pas été tenté. — Je ne te

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