‹ Voyage en SuisseChapitre 3 sur 200 · I N T H 0 DU C T 1 ON · texte numérisé non relu

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lins et des scieries, puis, après avoir accompli cette tache laborieuse, s’en vont gaiement de côté et d’autre, ondulant, serpentant au gré de leurs caprices, arrosant les prés, s’endormant dans leurs lits de fleurs, puis descendant mollement leurs pentes, jusqu’à ce que, enfin, ils aillent s’unir au lac qui les absorbera dans son enceinte, ou au fleuve qui les entraînera vers l’Océan.

En gravissant les hautes montagnes de la Suisse, on passe par plusieurs zones de végétation, comme si l’on faisait un voyage à travers différents degrés de latitude. A voir ces montagnes dans leur sublime grandeur, dans leur immuable majesté, on dirait les reines de la terre, les filles des Tilans pétrifiées. Comme des reines, elles portent une couronne étincelante, et les nuages leur font une ceinture d’argent. Les glaces qui recouvrent leurs cimes sont, comme celles des régions polaires, des glaces éternelles. Sur leurs épaules s’étend une couche de neige pareille à un manteau d’hermine; mais sur leurs flancs se déroule à longs plis une robe diaprée des plus fraîches couleurs.

La nature a donné à la Suisse le caractère le plus grandiose, la beauté la plus imposante, le prestige le plus magique. L’homme l’a vivifiée par son labeur, et plus d’une fois illustrée par sa bravoure, ennoblie par ses vertus.

Les annales de la Suisse sont remarquables entre toutes celles des différents peuples de l’Europe. A certaines époques, elles nous apparaissant comme de merveilleuses épopées. En d’autres temps, elles nous offrent de doux tableaux de mœurs ou de sérieux enseignements. Deux profonds sentiments y échu-

INTRODUCTION

lent de siècle en siècle : l’amour de la patrie et l’amour de la

liberté, et ces deux sentiments ont été à diverses reprises glori-

fies par des prodiges de courage.

Après les Rhéticns, une male et aventureuse tribu de la forte race des Celtes, les Helvètes, s’arrêtèrent dans une de leurs migrations entre le lac de Constance et le lac Léman, et à peine étaient-ils établis sur ce sol hérissé de forêts, qu’ils s’enga-

gèrent dans une guerre audacieuse contre les dominateurs du monde. Une armée romaine s’avancait vers la Gaule. Un de leurs chefs, Diviko, marcha à la rencontre de cette armée, l’attaqua, la mit en déroute, et la fit passer sous les fourches caudines. Cinquante ans après, ce même Diviko, dont l’âge n’avait pas amorti l’ardeur, osait de nouveau braver, loin des remparts de ses montagnes, dans les plaines d’Autun, les fières légions qui avaient subjugué l’Europe, l’Asie, l’Afrique. Mais, celte fois, il se trouvait en face de César. 11 fut vaincu, et ceux de ses compagnons qui survécurent à une bataille où le sang coula à flots du matin au soir se retirèrent dans leurs vallées. César, qui savait si bien combattre, savait aussi profiter de ses victoires. Bientôt l'ïfelvélie est 'envahie et soumise à la domination de Rome.

Pendant un long espace de temps, 1 Helvétie subit le contrecoup de tous les bouleversements de l’Europe. Elle est successivement subjuguée par les Allemarmi, par les Huns, par les Goths, réunie à l’empire des Francs, puis au royaume de Bourgogne, et enfin à 1 empire d’Allemagne. Des mandataires de l’Autriche la gouvernent despotiquement ; des seigneurs construisent sur la cime de ses collines leurs manoirs féodaux.

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