CHAPITRE DEUXIÈME
peut dire pourquoi sa pensée cherche un refuge dans les gr solitaires1. »
Parfois cependant, de sa grotte solitaire il allait faire quelques visites à Genève ou à Coppet; il allait dîner avec madame de Staël et vantait les agréments de sa maison2.
Parfois il s’absorbait dans la contemplation du lac paisible, et il écrivait dans son poëme de Child-Harold :
« Je suis subjugué par la surface de cristal du Léman, par ce miroir où les étoiles et les montagnes se reflètent avec leur calme solennel3. »
Parfois il s’en allait, avec ses tristes pensées, loin du village, loin de la ville, loin de toute habitation humaine, dans une solitude profonde.
« Là où s’élevaient les montagnes, là étaient ses amis; là où roulait l’Océan, là était sa demeure; le désert, la forêt, la caverne, l’écume des écueils, s’associaient à son àmc et lui parlaient un langage plus clair pour lui que l’idiome de sa terre natale h »
Parfois encore, il passait de longues heures avec Shelley, dans le silence de la nuit, à s’entretenir avec lui des mystères de la doctrine humaine, des songes de son imagination.
C’est dans ses promenades sur le lac et dans cette calme retraite de Diodati qu’il composa son dramatique poëme du château de Chilien, et cette scène saisissante intitulée le Rêve (the Dream), où il a raconté son fatal mariage et son ode de Prométhée, et celte élégie touchante : « Si je pouvais remonter le fleuve de mes années jusqu’à la première source de mes sourires et de mes larmes, je ne voudrais point retracer le torrent des heures entre leurs rives dévastées et leurs fleurs flétries; je voudrais qu’il continuât,
1 Child-Harold, canto lit, 5° strophe.
- Madame de Staël lias made Copet as agréable as society and talent eon make ung place on eartli. — Lettre à Murray, septembre 1810.
3 Child-Harold, canto lll, 58e strophe.
1 Child-Harold) canto lll, 13e strophe.
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comme à présent, son cours, jusqu’à ce qu’il se perde dans les (lois sans nom ! »
C’est là aussi qu’il écrivit l’un de ses plus admirables poèmes, son troisième chant de Child-Harold, qui commence et qui finit par un accent d’amour et de douleur, adressé à sa lillc qu’il ne devait jamais revoir.
Nul homme n’a produit, sur les rives du Léman, des œuvres comparables à celles de Byron; nul poète n’a, comme lui, glorifié la beauté de ce lac, dans sa sérénité et dans ses tempêtes. Et maintenant, qui le croirait? la maison où il a vécu et qu’il a consacrée par son génie est à peu près oubliée : « Les Anglais eux-mêmes, me disait la concierge qui me la montrait, ne viennent plus la visiter. » Et cette maison Diodati, avec son jardin, ses arbres majestueux, ses magnifiques points de vue et son honneur poétique, est à louer pour quatre mille francs!
Quatre mille francs! le prix d’un de ces bâtons de perroquet qu’on appelle une maison de campagne, dans les environs de Paris.
Lausanne a aussi ses illustrations littéraires et scientifiques. Au seizième siècle, les Bernois, qui s’étaient emparés du pays de Vaud et des biens des monastères, eurent la bonté d’employer une parcelle des anciennes dotations religieuses à fonder, dans la capitale du canton, un établissement d’instruction, décoré du nom d’Académie. Des hommes distingués ont été professeurs à celte école : Conrad Gesner, qu’on a surnommé le Pline de l’Allemagne, fhéodore de Bèze, Henri Estienne, fils du célèbre Robert Estienne, y ont successivement enseigné le grec.
Quelque temps avant la révolution démocratique qui bouleversa toutes les institutions du pays de Vaud, M. Sainte-Beuve fit, à l’Académie de Lausanne, un cours de littérature brillant. Le recteur de cette Académie était alors M. Porchat, à qui nous devons plusieurs œuvres poétiques d’un goût délicat, et qui publie en ce moment une excellente traduction des œuvres de Gœthe.