CHAPITRE DEUXIÈME
féconds, de verts enclos, le lac à quelque distance, le Jura et les Alpes à l’horizon; au dedans, des rues tortueuses, escarpées;
I rois collines hérissées de maisons, et dans les profonds ravins qui se déroulent entre ces collines, d’autres lig nes irrégulières de maisons; ici, des habitations de paysans; là, d’élégantes boutiques et de splendides hôtels. Autrefois, pour se rendre d’un des quartiers à l’autre de cette singulière cité, il fallait descendre des pentes raidîtes et remonter d’autres pentes par des ruelles étroites; maintenant, ils sont réunis par un tunnel et par un pont magnifique.
Au-dessus de cet amas d’habitations s’élèvent l’ancien château avec sa vaste terrasse, et la cathédrale, qui couronne Lausanne comme une tiare. Cette cathédrale, dont la fondation remonte à Lan 1000, est l’un des plus beaux édifices de la Suisse, et jadis elle fut l’une des plus riches églises : les Bernois en savent quelque chose.
Pour affranchir le pays de Yaud de la domination du prince de Savoie, les bonnes gens de Berne le soumirent à leur autorité. Pour l’empêcher de faire un mauvais usage de ses richesses, ils confisquèrent une partie de sa seigneurie et lui imposèrent, chaque année, une lourde contribution; pour le rendre plus digne de leur généreuse protection, ils lui firent accepter, par un simulacre d’assemblée religieuse, parles prédications de Farci et par leurs ordres impérieux, le dogme de la réforme; pour le préserver de la périlleuse influence de ses traditions et de ses souvenirs, ils lui interdirent, sous des peines sévères, toute cérémonie catholique; par surcroît de précautions, ils lui enlevèrent paternellement la dotation de ses communautés religieuses, les domaines de ses monastères, les ornements de ses églises.
La cathédrale de Lausanne, qui scandalisait surtout par son opulence leur haute sagesse et nécessitait des mesures exemplaires, fut dépouillée de ses tableaux, de ses vases sacrés, de ses vêtements sacerdotaux; le tout fut transporté à Berne, et, la, vendu ou fondu, transformé en beaux écus, pour la plus grande gloire
de Dieu et la prospérité de la pieuse cité. De la ce mystérieux trésor de Berne (pii, d’année en année, pendant près de I rois siècles, s’accroît perpétuellement. Mais la rapace régente de l’humble canton de Yaud devait expier ses vols sacrilèges : eu 1708, elle fut envahie par l’armée de Brune, et, un jour, elle vit arriver dans ses murs le beau-frère de Rewbel, le fameux Rapinat, (pii, du premier coup, la condamna à payer une somme de douze millions !
De la vénérable cathédrale de Lausanne, il 11e reste à présent que les murs dénudés. Dans sa grande nef, où, jadis, autour du tabernacle et des reliquaires étincelaient les candélabres, les statues et les croix en argent massif, il ne reste plus que des pierres sépulcrales. Dans l’une de ces tombes est enseveli Amédée VIII, qui, d’abord, régna sur la Savoie, qui, ensuite, fut élu pape par le concile de Bàle et renonça successivement au diadème ducal et à la tiare pontificale pour vivre en paix dans son château de Ripaille. Deux couronnes pour un coin de terre sur les bords du lac de Genève! Quel philosophe! Dioclétien, Charles-Quint, Christine de Suède, 11’en avaient qu’une, et l’on dit même qu’ils se repentirent d’y avoir renoncé. Dans une autre tombe repose le corps du courageux major Duval, qui, en 1 725, tenta d’affranchir son pays de la domination des Bernois et fut, pour cet acte de patriotisme, condamné à périr sur l’échafaud; près de lui est le général Laharpe, le précepteur d’Alexandre, qui, dans le palais impérial de Pétersbourg, gardait fidèlement le souvenir de son canton de Vaud, et (pii tenta aussi de lui rendre la liberté. Quelques autres tombeaux, dispersés dans la vaste enceinte de cette église, attirent les regards far le nom nobiliaire qui y est inscrit ou par leur forme artistique. 11 en est un qui est consacré à la mémoire d’.une belle étrangère morte à Lausanne à la fleur de son âge :
Nelï eu i sua jiiù bella , e pii 1 jiorita .
Son mari voulut lui elever un monument (pii subsistât à jamais,