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CHAPITRE DEUXIÈME

connaissances éminentes joignait une touchante bonté de cœur, qui, en donnant chaque soir des consultations gratuites aux pauvres, avait près de lui un sac d’argent pour payer les médicaments, et tenait ainsi, disait-il, son bureau d’humanité.

Dans les sciences naturelles, Genève se glorifie à juste titre de nommer : Abraham Tremblez, qui s’est signalé par ses observations sur les polypes; Deluc, dont notre Cuvier se plaisait à vanter les ingénieuses recherches; Saussure, qui, le premier, gravit

à la cime du mont Blanc ; Bourrit, son fidèle compagnon ; Bonnet, l’excellent philosophe, à qui nous devons, entre autres ouvrages à la fois agréables et sérieux, le charmant livre intitulé Contemplation de la Nature; les deux frères Pictet, fondateurs de la Bibliothèque universelle de Genève; les deux Huber, le patient, le sagace François Huber, qui, dans sa cécité, nous révéla quelques-uns des traits les plus curieux des mœurs des abeilles, et son fils, Pierre, qui étudia, avec la même intelligence, les fourmis; Tingry et Marcet, deux habiles chimistes, et enfin M. de Candolle. Parmi les hommes d’État, nous citerons Lefort, le confident, l’amiral de Pierre le Grand, et M. Necker. Parmi les publicistes et les jurisconsultes : Mallet-Dupan, l’un des collaborateurs du Mercure de France; Burlamaqui, Godefroy; Dumont, qui préparait, dit-on, le canevas des discours de Mirabeau; Rossi, qui se laissa conquérir par l’Université de Paris, et périt si cruellement dans la révolution de Rome. Dans les lettres, nous mentionnerons des noms que chacun connaît : Jean-Jacques Rousseau, madame Necker de Saussure, madame de Staël; Mallet, l’historien du Danemark; Sismondi; Vinet, le judicieux critique; Tœpfer, l’agréable conteur. Dans les arts : Jean Petitot, dont Charles 1er et Louis XIV se disputaient les émaux; Allaud, peintre en miniature; Ilornung et Diday.

A cette rapide énumération je ne puis omettre d’ajouter un noble nom auquel se joint une légende touchante; c’est le nom de Jean Allarmet, de Brogni, et la légende, la voici :

Jean Allarmet était le fils d’un pauvre paysan deBrogni, petit village situé entre Ànnecv et Genève. Dès son bas âge, il dut, comme tous les enfants des pauvres, commencer a gagner son pain par son travail, et, comme Sixte-Quint, le grand pape, comme Giotto, le précurseur de Raphaël, comme \ alentin Duval, qui devint bibliothécaire de l’empire d’Autriche, comme le poète écossais J. Hogg, qu’on a surnommé le berger d’Etrick, Jean gardait les bestiaux.

Un matin, des religieux, cheminant par la vallée où il accomplissait sa tâche journalière, s’arrêtèrent à causer avec lui, et, frappés de ses vives réponses et de son intelligente physionomie, l’engagèrent à les suivre à Genève, lui promettant de le faire étudier. L’enfant, qui leur avait dit combien il serait réjoui de pouvoir lire le beau missel qu’il avait vu un jour chez le curé de la paroisse, accepta avec joie leur proposition. Son père et sa mère, qui avaient bien de la peine à pourvoir à leur propre subsistance, le laissèrent partir, et Jean fut placé par ses protecteurs dans un couvent de Genève, et s’y fit bientôt remarquer par ses facultés. Un de ses maîtres qui l’avait pris en affection lui conseilla de se rendre à Avignon, où il trouverait de plus savants instituteurs qu’à Genève, et par là naturellement acquerrait une plus haute instruction. C’était vers le milieu du quatorzième siècle. Avignon était alors le siège de la papauté. Le studieux Jean désirait vivement suivre le conseil de son professeur; mais, de Genève à Avignon, il y a une longue distance, et, pour entreprendre ce trajet, le pauvre garçon n’avait pas même une bonne chaussure.

Un cordonnier, témoin par hasard de son embarras, lui apporta une paire de souliers. « Hélas! dit l’honnête Jean, je n’ai pas le moyen de vous les payer. — C’est bien ! c’est bien ! s’écria le cordonnier en riant; vous me les payerez quand vous serez cardinal. »

Une vingtaine d’années plus tard, le charitable artisan, vieilli,

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