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CHAPITRE DEUXIÈME

infirme, languissait dans son échoppe, lorsqu’il vit apparaître, dit la légende populaire, un domestique, revêtu d’un habit galonné, qui lui demanda si ce n’était pas lui qui, autrefois, avait fait présent d’une paire de souliers à un élève du couvent, « Oui, dit le vieillard, je m’en souviens : c’était un aimable enfant dont chacun vantait les qualités. — C’est maintenant, répliqua le domestique, monseigneur le cardinal. Je viens, par son ordre, vous chercher pour que vous viviez désormais tranquille dans sa maison. »

Après avoir achevé ses études à Avignon, le petit pâtre de Brogni, l’humble élève du couvent de Genève, était devenu le précepteur du neveu de Clément Vil, puis il avait été nommé évêque de Viviers, puis archevêque d’Arles, et enfin il était parvenu à la dignité de cardinal.

E11 1414, il se rendit au concile de Constance, et fut, trente lois de suite, appelé à le présider; il se montra plein de compassion pour le malheureux Jean lluss; il essaya, par la douceur, de le ramener dans le giron de l’Église catholique, puis enfin fut obligé de prononcer sa sentence.

On dit que, dans cette célèbre assemblée, il aurait pu être aisément investi de la tiare pontificale; il engagea ceux qui voulaient lui donner leurs suffrages à nommer le cardinal Colonna et le proclama lui-même pape, sous le nom de Martin V.

Quand toutes les œuvres du concile de Constance, auxquelles il avait pris une si grande part, furent achevées, Jean de Brogni, que le même pontife voulait emmener à Borne, demanda un congé de quelques semaines. Il voulait revoir le pays où il était né, où il avait grandi; il s’arrêta à Genève et s’y fit bénir par sa bienfaisance; il alla à Annecv et v fonda un établissement de charité pour les veuves et les orphelins; puis il se rendit a Brogni, s installa dans la cabane de son père, invita les vieillards du village et des environs à un grand dîner. La plupart de scs convives avaient été les compagnons de son enfance; ils 1 avaient vu, pauwe

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et chétif, conduisant son troupeau dans les pâturages; ils se souvenaient peut-être de l’avoir méprisé dans son indigence, et ils arrivaient tout confus en face de celui qui, d’une si basse condition, s’était élevé au premier rang des princes de l’Église. Mais le bon cardinal allait au-devant d’eux, leur tendait la main, s’informait de leur situation et donnait un généreux secours à ceux qui étaient dans le besoin.

En 1422, il fut transféré du diocèse d’Arles à celui de Genève; sou grand âge 11e lui permit point de prendre possession de ce siège épiscopal, qu’il avait sans doute désiré; il avait alors quatrevingts ans, et il mourut à Rome en 1420 ; mais il voulait avoir son dernier gîte dans la ville où il avait trouvé son premier refuge. Déjà, depuis plusieurs années, il avait fait préparer sa tombe dans une des chapelles de la cathédrale, non pas une tombe décorée des insignes de ses dignités ecclésiastiques, non; telle n’était point son idée.

De même que ce berger des traditions orientales, qui, par la faveur d’un roi de Perse, ayant été nommé grand vizir, conservait dans son palais ses vêtements de pâtre, sa houlette et sa panetière, le noble cardinal de Brogni conservait la mémoire de son origine, et sur les parois de son sépulcre il avait fait sculpter des chênes, des glands, des pourceaux.

La ville de Genève, qu’il avait édifiée par ses vertus et enrichie par ses généreuses dotations, lui rendit un autre hommage; elle lui érigea une statue.

l u jour vint où ce monument d’un juste sentiment de respect et de gratitude fut renversé, et la chapelle du vénérable Jean de Brogni profanée, dévastée.

Un jour, trois étrangers, trois Dauphinois, l’opiniâtre Saunier, le ruséFromont, le fougueux Farci, arrivèrent à Genève et commencèrent a y prêcher le dogme de la réforme, l’abolition du culte des saints, la proscription des reliques et des images, la haine de la papauté, le renversement du catholicisme; quelque temps

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